26.05.2009

Retour à la paix au Cambodge

BD ENFANT.jpgAki Ra a été un enfant soldat pendant la guerre du Cambodge à la fin des années soixante-dix. Il vivra l’horreur du régime de Pol Pot et des combats fratricides pour ensuite déminer avec les forces de l’ONU les zones qu’il a lui-même piégées autour des temples d’Angkor Vat. Le dessinateur japonais Akira Fukuya a adapté la vie d’Aki Ra l’enfant soldat, son quasi-homonyme, en manga au réalisme très proche de la BD francophone. Dans ce second volume Aki Ra décrit avec force et émotion son retour à la paix, celle des plaies ouvertes et des larmes mais aussi de l’espoir retrouvé. Brillant. Akira Fukuya, Delcourt, volume 2

 

Un taxi pour Paris

 

En ce début de guerre de 14 la France a du plomb dans l’aile et l’armée allemande est aux portes de Paris. Mais il y a une brèche dans le dispositif ennemi qui pourrait permettre de reprendre l’avantage sur l’abominable « boche ». Un aviateur a réussi à en prendre des photos avant de se faire descendre. Reste plus qu’à aller les chercher mais il a été abattu dans les lignes adverses.

On retrouve dans ce tome 2 des Sentinelles, un commando de sac, de corde et d’acier dont le lieutenant Féraud est le chef. Féraud surnommé Taillefer a été transformé en soldat invincible à la puissance redoutable par un savant génial  mais un brin allumé. Sa famille le croit mort. Il est sans grandes illusions sur cette guerre qu’il croit perdue. Epaulé par son adjoint le colossal sergent Djibouti il prend la tête de la section et part à la recherche des précieuses photos. C’est cette course éperdue en septembre 1914 que raconte ce tome 2.

Dans La Marne, qui évoque bien sûr la fameuse bataille dont les taxis parisiens seront le fer de lance et auquel il adresse un clin d’oeil, Dorison a vraiment donné à sa série une assise incontestable. Le rythme est soutenu et les personnages ont une belle authenticité à laquelle on adhère plus facilement que dans le tome 1. Des soldats du commando avec leurs interrogations au jeune pilote abattu dont on pressent qu’il aura un rôle dans les futurs albums en passant par la plupart des seconds rôles, Dorison offre à Breccia, au dessin parfait pour ce style d’histoire une matière digne des grandes sagas. Plus nettement que dans le tome 1 qui pouvait parfois prêter à confusion, en s’appuyant sur une réalité historique qu’il connaît bien, Dorison brode sa trame, joue avec ses héros et nous embarque ni vu ni connu dans une belle aventure bourrée à la fois d’action, de science-fiction rétroactive et de réflexions intelligentes sur les horreurs de la guerre. Xavier Dorison, Enrique Breccia, Delcourt, Les Sentinelles, T2.

 

 Souffrance et abnégation

 

BD BOUCLE.jpg1910 : ils sont 110 au départ de ce huitième  Tour de France. Quarante seulement seront à l’arrivée des 4735 kilomètres parcourus par le peloton. Et pour la première fois dans son histoire le Tour va gravir les cols des Pyrénées. Un défi incroyable pour l’époque. En racontant étape par étape les péripéties de ce Tour mythique dans lequel vont s’affronter deux « géants », Faber le luxembourgeois et Lapize surnommé Tatane, sous l’œil d’un troisième larron, Garrigou alias le Dandy, Nicolas Debon fait ses débuts en BD. Avec brio et panache comme celui de ces forçats du vélo dont il nous raconte l’épopée faite de souffrance et d’abnégation.

On reste interloqués par les conditions dans lesquelles les coureurs en 1910 s’élançaient sur le Tour. Les vélos commencent à peine à bénéficier des innovations techniques dont les freins, la roue libre et, incroyable, la roue arrière que l’on retourne dans les montées pour démultiplier les pignons. Un seul vélo poinçonné servira à toute l’épreuve. Les contrôles sont draconiens malgré l’absence de signalisation et des routes abominables. Si les coureurs sont aidés ils payent des amendes. A eux de réparer en cas de crevaison.  Sans oublier que déjà fleurissent sur le Tour hormis l’alcool des produits dopants comme l’éther. Une vraie leçon d’Histoire et un grand coup de chapeau aux fous de la petite reine de 1910 dont la plupart seront tués en 1914. Cet album se dévore d’une traite. On en savoure toutes les étapes. Nicolas Debon, Dargaud, Le Tour des géants. 

11.11.2008

Putain de guerre : Tardi : « Des gamins de 20 ans la trouille au ventre »

Jacques Tardi est le créateur d'« Adèle Blanc-Sec » et a adapté en BD « Manchette et Léo Malet ». Il publie « Putain de guerre » (Casterman), chronique sans concession et très documentée de 14-18

BD PUTAIN.jpgPourquoi Tardi et la Grande Guerre sont-ils devenus indissociables ?

Curieusement, le premier scénario que j'ai proposé en 1972 à Goscinny parlait déjà de la guerre de 14. Il a refusé parce qu'à ses yeux on allait parler d'anciens combattants, de gens âgés. Une sorte de déformation accentuée par la période Vichy. Mais c'est mon enfance ponctuée par les récits sur la guerre de mon grand-père qui a été le déclic.

 

Aujourd'hui on peut parler autrement de ce conflit ?

Oui, car avec la mort du dernier survivant français centenaire, on est revenu à une image de combattants juvéniles pris au piège dans une boucherie sans nom. On peut désormais essayer, même si c'est difficile, de se mettre à la place d'un gamin de vingt ans la trouille au ventre.Un type souvent lucide comme mon héros, qui comprend vite qu'il est mal barré même si au départ il s'imagine que la guerre ne va durer que trois mois. C'était une armée de paysans déguisés en soldats.

 

BD PUTAIN 2.jpgAlors comment expliquer que ces millions d'hommes aient tenu quatre ans dans des souffrances atroces ?

Il y avait la notion de revanche inculquée depuis la défaite de 1870 par les instituteurs comme par l'Eglise, d'où le patriotisme qui a généré cet immense mouvement de foule. Et puis il y aura les copains du front, une solidarité authentique. Les motivations sont très différentes selon chacun. Enfin, ils sont allés au bout de l'horreur avec l'insensibilité que cela a produit. Il y a eu aussi en 1917 ce que l'on appelle les mutineries, qui étaient en fait le refus de remonter au front se faire tuer inutilement. Je me suis interrogé. Qu'est-ce que moi j'aurais fait à leur place ? J'ai beaucoup de compassion pour ces hommes.

Vous avez travaillé avec Jean-Pierre Verney, un historien.

Verney a une documentation très poussée sur le conflit. Il me donnait les dates clés, les grands événements de chaque année de guerre. Le défi a été de raconter en quinze pages par année de 1914 à 1919 l'essentiel, une histoire tout simplement. Et toujours à travers le regard d'un seul homme qui n'a pas toutes les données de ce dont il est le héros malgré lui. Il va subir comme ses camarades et n'être qu'un pion dans cette boucherie incroyable.

Futur probable

BD HOME.jpgIl y a de quoi avoir peur. En signant cette recherche éperdue d'un monde lointain sur lequel la vie est possible Oscar Herrero et Parrondo au dessin jouent la carte vérité. Une expédition de spationautes partie en mission de sauvetage découvre une planète similaire à la Terre sur laquelle il fait bon vivre et où en 2196 on pourrait s'installer. Sauf que les habitants du coin ne sont pas des conviviaux. La petite équipe aura à surmonter ses propres démons et à se battre contre des adversaires qui en fait les attendaient... De bons débuts nerveux et bien mis en dessin pat Parrondo pour une série très réaliste. Home T1, Soleil, 12,90 €.

Devoir de mémoire

BD ENFANTS.jpgOn ne peut qu'être ému, et révolté, par ces destins d'enfants juifs qui ont survécu à la déportation, aux camps de la mort. En racontant huit de ces destins dans un album bourré d'émotions préfacé par Simone Veil et Tomi Ungerer un collectif d'auteurs a fait acte de mémoire. On suit Alik, Abraham, Alisa, Fredzia, Sylvain, Tsofia, Rachel, Mireille qui par la volonté et le courage d'une poignée de femmes et d'hommes réussiront à échapper à la mort. Pas à l'horreur, celle d'être dénoncé, étiqueté, méprisé ou battu par des bourreaux souvent ordinaires. Bouleversant. Les Enfants sauvés, Delcourt, 14,95 €.