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16/04/2010

Une savoureuse balade avec Blain dans les coulisses du Quai

C'est un hasard, celui d'une rencontre entre un conseiller de cabinet ministériel et un auteur de BD. Le premier gardera l'anonymat sous le pseudonyme de Lanzac, le second c'est Christophe Blain à qui l'on doit Pirates et les trois tomes de Gus .

A priori, rien ne permettait d'envisager ce qui allait suivre après cette rencontre, la parution d'un album corrosif, époustouflant de réalisme, Quai d'Orsay (Dargaud) dans lequel on découvre la vie quotidienne d'un ministère aux coutumes, si ce n'est aux affaires, assez étranges.

BD QUAI.jpg« Ce n'était pas mon univers, un ministère, mais Lanzac m'a tellement fait rire en me racontant, en me mimant ce qu'il avait vécu que j'ai été séduit. Et puis nous sommes devenus amis et le projet a abouti. » Blain sourit en se souvenant de la mise en musique du fabuleux destin d'Arthur Vlaminck. Ce chargé du langage par le ministre des Affaires étrangères est le héros d'une fresque épique, colorée et surtout basée sur un témoignage en béton.

« Avec Lanzac, on a fait à deux le travail de scénariste. Ma crainte au départ était de ne pas arriver à retranscrire le côté affectif que je dois toujours avoir avec mes personnages. Imaginer des mecs en costard cravate que je fais vivre. Du Molière à l'état brut », confirme Blain. Son Quai d'Orsay a pour véritable premier rôle un ministre des Affaires étrangères dans lequel on aurait du mal à ne pas reconnaître Dominique de Villepin sans que pour autant on puisse parler d'un portrait fidèle.

Tornade intellectuelle et physique, le ministre va mettre à rude épreuve les nerfs de son conseiller en langage qui écrit ses discours mais aussi ceux de son cabinet. Blain croque une brochette savoureuse, du directeur à la secrétaire, aux conseillers divers, tout prêts à tuer père et mère pour briller et imposer leur vision. « Je les ai rencontrés mais incognito. J'ai voulu être très proche de la réalité même s'il fallait charger parfois le trait mais tout méritait d'être raconté. Le lecteur doit comprendre leurs émotions. C'est intéressant de constater que les rapports restent humains même au plus haut niveau de l'Etat. » Il y aura une suite à ce premier tome qui ira jusqu'au fameux discours de l'Onu sur la guerre en Irak, le moment de bravoure de Dominique de Villepin.

Blain a le trait qu'il fallait, nerveux, enlevé et qui fait mouche. Une balade au Quai à cent à l'heure, diaboliquement drôle et aussi émouvante.