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31/10/2008

Hara Kiri, la légende a sa bible

De 1960 à 1985, le journal mensuel Hara Kiri a séduit, horrifié, été interdit deux fois. Le recueil de ses meilleures unes qui vient de sortir rappelle un parcours de légende.

Cavanna, le professeur Choron, Delfeil de Ton, Fred, Reiser, Cabu, Wolinski, et les autres, ils ont tous fait partie de l'aventure Hara Kiri, "le journal bête et méchant", un programme en forme de synthèse. C'est un jeune chercheur, Stéphane Mazurier, qui se lance d'abord dans une thèse sur cette bible de la dérision : « Trop jeune, je ne suis pas un enfant de Hara Kiri. Je l'ai découvert peu à peu et j'ai de suite pensé qu'avec Cavanna, fondateur du titre avec Choron, ma thèse pouvait aussi déboucher sur un recueil d'images » « J'ai dit "Pourquoi pas" », enchaîne Cavanna qui, avec Delfeil de Ton, autre pionnier du titre, a rejoint Mazurier pour travailler sur l'album. « Ce bouquin manquait. Il nous permet de montrer le concept Hara Kiri, rien d'interdit », poursuit Delfeil de Ton. Et c'est vrai qu'en feuilletant les pages de ce gros pavé, on rigole certes, mais souvent jaune. Pas de limites à la Une ni dans les rubriques, la chasse est ouverte. On réinvente les romans-photos, la pub est détournée sans pour autant transformer le nom des marques.

BDHARA.jpgAlors, les réactions ne se font pas attendre et Hara Kiri devient la cible aussi bien du pouvoir en place que de la classe politique ou des bien-pensants de tout poil. « On en a vraiment bavé, vous savez. Il y avait ceux qui nous adulaient et ceux qui nous haïssaient. Souvenez-vous qu'on commence en 1960, en pleine guerre d'Algérie. On était méprisé ou ignoré. » Cavanna a toujours la même passion de convaincre, la foi chevillée au coeur : « Nous étions de vrais amateurs. Nous avons choisi le titre du journal parmi d'autres comme Cyrano, Don Quichotte, Arquebuse. Hara Kiri s'est imposé. Choron était un meneur d'hommes mais pas un gestionnaire. Moi, je m'occupais de tout le reste. » Les personnalités étaient fortes à Hara Kiri. « Certes, poursuit Delfeil de Ton, mais quand un chroniqueur avait deux pages, il faisait ce qu'il voulait. Sans censure. On est fier d'avoir permis à Gébé, Topor, Reiser bien sûr de s'épanouir en toute liberté » . Personne n'est épargné. On se souvient encore du titre Bal tragique à Colombey : un mort pour le décès de De Gaulle. Remous dans l'Hexagone mais ce ne sera pas le seul.

HARA1.JPGEst-ce qu'aujourd'hui, on pourrait aller aussi loin qu'Hara Kiri à l'époque ? « Pas sûr. Regardez les conséquences de la publication des caricatures de Mahomet. Provocation, humour par les photos, le dessin, les textes, on a inventé plein de choses. De Francis Blanche à Coluche, ils sont passés par Hara Kiri. On pensait avant tout à se marrer, pas au lecteur. De toute façon, c'est quand les journaux se sont mis à faire des études de lectorat qu'ils se sont mis à moins se vendre », ajoute en souriant Cavanna.

Hara Kiri arrivera à 250 000 exemplaires vendus chaque mois. « On était sur les genoux et financièrement, les procès perdus nous ont saignés. Mais avec une meilleure gestion, on aurait pu durer. Sur vingt-cinq ans de parution, nous avons été payés pendant trois ans seulement. Il fallait vraiment y croire, non ? » La légende a désormais sa bible.