Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

01/03/2014

Blast, la fin d'un opéra du désespoir signé Larcenet

Blast, Dargaud, LarcenetDernier opus. Manu Larcenet ferme le ban. Blast, le tome 4, vient apporter son lot de doutes, de tristesse et de violence au destin de Polza. On avait fini par s'en faire un compagnon de route de cet improbable énergumène. Point final et définitif.

Un interrogatoire, deux flics qui veulent savoir et même comprendre, c'est plus rare. Polza raconte sa vie, sa course éperdue, ses malheurs et ses rares bonheurs depuis. Sur des centaines de pages. Pas de temps mort. Il y a a trop à dire. Il fait froid quand Polza rencontre Roland, un vrai givré, mais qui le  charme. Et Carole, la seule qui voudra de lui, l'énorme qui se bourre de barres chocolatées. Roland reluque les femmes et a un passé que Polza ne découvrira qu'un peu tard. Encore que lui aussi il y aurait à redire sur le sien de passé. Carole avoue. Polza se dévoile, se met à poil et les flics touchent au but.

Une infinie tristesse, un gouffre de peur, Manu Larcenet a écrit un opéra du désespoir. Opéra parce que le drame est terrible, bouleversant, et pourtant l'amour est inscrit au livret. Opéra parce que les actes vont crescendo et que le dernier ne peut être autre, d'Othello à Madame Buttefly. Larcenet observe au microscope l'esprit de Polza. Un risque à prendre, celui d'un psy qui pourrait être embarqué par son patient. Mélange des traits et des couleurs, des dessins d'enfants, terribles, des ombres et des contre-jours, une précision chirurgicale. Manu Larcenet dissèque et le vrai Polza apparaît. Impossible de sortir intact d'une telle balade, un très grand moment de littérature.

Blast tome 4, Pourvu que les bouddhistes se trompent, Dargaud, 22,90 €

02/10/2012

Larcenet, un maître au talent pur

Larcenet, BlastC'est le grand oeuvre de Manu Larcenet. Avec Blast dont le tome 3 sort ces prochains jours on atteint la perfection tant on ne peut-être que touché, ému, bouleversé par l'écriture de Larcenet, son dessin, le destin de Polza Mancini dont on découvre une nouvelle tranche de vie. Et d'errance.

Mancini, le gros Mancini, est interrogé par deux flics. On sait que c'est vraisemblablement un meurtrier mais qu'elle a été sa vie, ses doutes, ses chagrins ? Avec La Tête la première, titre de ce tome 3, on apprend désormais qu'il a voulu s'éventrer, qu'il a été hospitalisé, qu'il a vécu dans des maisons innocupées. Qu'il a souffert l'innommable, qu'il a encore voulu mourir mais que Carole le sauvera par son amour. Et que tout finira mal ? Mélange habile de noir et blanc et de rares couleurs.

Mancini est une énigme que les deux flics aimerait bien résoudre. Mais seul Mancini détient sa propre clé. Et tout l'art de Larcenet est d'avoir su nous la faire désirer, nous embarquer témoins impuissants mais pris au piège de ce Blast qui nous soufflera définitivement dans le tome 4 qui sera le dernier? A voir. Blast, T3, La Tête la première, Dargaud, 22,90 €

14/12/2009

Le souffle du "Blast" de Larcenet est passé chez Sauramps à Montpellier

BD BLAST.jpgAprès "Le Retour à la Terre" ou "Le Combat ordinaire", Manu Larcenet a écrit "Blast". Il était samedi, à Montpellier Un bouquin énorme, dans tous les sens du terme, un pavé superbe, brillant, généreux, incontournable, Manu Larcenet a mis toute son âme et son talent dans Blast, son dernier album, une garde à vue en noir et blanc qui va se décliner en trois volumes. Et pour l'occasion, Manu Larcenet a été, samedi, l'invité d'une rencontre exceptionnelle organisée par Sauramps Polygone, à la médiathèque Federico-Fellini, et a dédicacé ensuite.

Mais qui est donc Polza Mancini que "cuisinent" deux flics ? Il est gros, très gros Polza et on l'interroge sur le sort d'une certaine Carole dont on ne saura pas plus pour l'instant mais à qui il a fait des misères graves. Pour le faire parler, il va falloir la manière. Pour cerner le personnage, les deux enquêteurs s'y prennent avec douceur et fermeté alternée. Quand Polza leur raconte son enfance, sa vie avec son père dont il aura à gérer les derniers instants, quand Polza leur décrit ce "blast" qui l'a soudainement frappé à la vue de son corps décharné tel le souffle coloré d'une bombe, ils savent que le fil qu'ils déroulent peut casser à tout moment. Et Larcenet le sait aussi, lui, qui est le quatrième personnage, l'auteur et témoin, de ce voyage au bout d'une vie anodine transformée en road-movie picaresque et angoissant avec pour destination finale l'Île de Pâques. Qui est le manipulateur ? Polza veut-il se raconter ou y est-il forcé par les deux flics ? Quel besoin a-t-il de mettre sur la table de la salle d'interrogatoire ses souvenirs, son absence de bonheur, lui, l'ancien critique gastronomique devenu clochard alcoolique qui se goinfre à en mourir de barres chocolatées ? Justification, explication, constat ? Et que va-t-on découvrir dans les albums à venir ?

Manu Larcenet a transformé sa façon de travailler. Plus de planches traditionnelles. Il les découpe case par case, travaillée une par une puis scannée et remontée sur écran. Des gris, des noirs à l'aquarelle, des couleurs ponctuelles quand le héros, Polza, a ses flashs. Manu Larcenet s'est investi totalement dans son Blast, a traduit ses propres angoisses, ses peurs, peut-être, dans le personnage du glouton Polza. Et la pire aussi, on s'en doute quand on connaît Manu Larcenet l'inquiet, le sentimental du Combat ordinaire, celle de savoir comment ses lecteurs allaient recevoir son travail. Il peut être rassuré. Blast est un chef-d'oeuvre à plus d'un titre. On y plonge avec lui en apnée, ébloui par son esthétisme, la poésie aussi du récit, du graphisme, sa tendresse et la puissance, bien sûr, inégalée de son souffle.