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31/01/2017

Gus T4, une épopée équestre avec Christophe Blain

Blain, DargaudIl est de retour le cow-boy au long nez. Il a mis huit ans avant de revenir sur son fidèle destrier, masqué comme un Zorro déglingué pour retrouver des trains à braquer. Gus a la forme. Christophe Blain aussi. La preuve avec ce tome 4 qu'il annonçait déjà en 2013 à ligneclaire au salon du Livre à Paris pour la sortie de son album disque, La Fille avec Barbara Carlotti. Gus n'est pas seul bien sûr, comme d'habitude. Avec lui Clem refait surface, rangé provisoirement des voitures. Gratt  se promène, cœur à prendre et un brin obsédé par la gent féminine. Il va y avoir des retrouvailles, des dérapages, une fillette qui tient de son père, un peintre fou, des clins d’œil à quelques stars cinématographiques du vieil Ouest qui font de la figuration dans cette épopée volcanique, feu d'artifice grandiose à coups de dynamite qui resplendit de la première à la dernière planche.

Lire tout l'article sur ligneclaire.info : Gus, T4 Happy Clem, Dargaud, 16,95 €

 

16/09/2012

Leclerc, des prix et de la BD

leclerc,blain,prix landernauLe Prix Landerneau BD clôture une année de Prix Littéraires que les Espaces Culturels E.Leclerc organisent à titre privé.

C’est le dessinateur et scénariste de bande dessinée Christophe Blain qui présidera le jury du Prix Landerneau BD dont le lauréat sera dévoilé le mercredi 24 octobre prochain. (Photo JLT, DR, Angoulême 2011)

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27/06/2012

Albums : les 20 indispensables de l'été par l'ACBD

BD STALINE2.jpgLe palmarés pour l'été 2012, voici le résultat des votes et les choix des chroniqueurs. Á partir de la liste de toutes les nouveautés bandes dessinées parues entre le 1er novembre 2011 et le 10 juin 2012 (2476 titres au total), les 68 membres actifs de l’ACBD ont choisi, chacun, 10 albums qui leur ont semblé incontournables. Ce sont les 20 titres que l’Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée met en avant pour cet été.  

BD PABLO.jpgLa sélection présentée par ordre alphabétique des titres retenus :
- « Alger la noire » par Jacques Ferrandez, éditions Casterman
- « Boule à zéro » tome 1 (« Petit cœur chômeur ») par Serge Ernst et Zidrou, éditions Bamboo
- « Chroniques de Jérusalem » par Guy Delisle, éditions Delcourt
- « David, les femmes et la mort » par Judith Vanistendael, éditions Lombard
- « Daytripper au jour le jour » par Gabriel Bá et Fábio Moon, éditions Urban Comics
BD MILADY.jpg- « De cape et de crocs » tome 10 (« De la Lune à la Terre ») par Jean-Luc Masbou et Alain Ayroles, éditions Delcourt
- « Les Derniers jours de Stefan Zweig » par Guillaume Sorel [d'après Laurent Seksik], éditions Casterman
- « La Douce » par François Schuiten, éditions Casterman
- « Gringos Locos » par Olivier Schwartz et Yann, éditions Dupuis

- « Kililana Song » tome 1 (« Première partie ») par Benjamin Flao, éditions Futuropolis

BD JERUSALEM.jpg

- « Martha Jane Cannary » tome 3 (« Les Dernières années 1877-1903 ») par Matthieu Blanchin et Christian Perrissin, éditions Futuropolis
- « Milady de Winter » tome 2 par Agnès Maupré [d'après Alexandre Dumas], éditions Ankama  
- « La Mort de Staline » tome 2 (« Funérailles ») par Thierry Robin et Fabien Nury, éditions Dargaud
- « Olympe de Gouges » par Catel et José-Louis Bocquet, éditions Casterman
- « Pablo » tome 1 (« Max Jacobs ») par Clément Oubrerie et Julie Birmant, éditions Dargaud 
- « Le Pont des arts » par Catherine Meurisse, éditions Sarbacane

BD QUAI.jpg

- « Quai d'Orsay : chroniques diplomatiques » tome 2 par Christophe Blain et Abel Lanzac, éditions Dargaud
- « Saison brune » par Philippe Squarzoni, éditions Delcourt
- « Thermæ Romæ » tome 1 et 2 par Mari Yamazaki, éditions Casterman-Sakka
- « Une métamorphose iranienne » par Mana Neyestani, éditions çà et là/Arte éditions

Cette liste pourra, éventuellement, permettre d'opérer un premier tri pour le Grand Prix de la Critique 2013 qui sera annoncé en décembre prochain.
Enfin pour le blog  Ligneclaire, parmi ces 20 titres, les 5 soulignés en gras sont ceux encore plus indispensables pour passer un été en pleine forme.

16/04/2010

Une savoureuse balade avec Blain dans les coulisses du Quai

C'est un hasard, celui d'une rencontre entre un conseiller de cabinet ministériel et un auteur de BD. Le premier gardera l'anonymat sous le pseudonyme de Lanzac, le second c'est Christophe Blain à qui l'on doit Pirates et les trois tomes de Gus .

A priori, rien ne permettait d'envisager ce qui allait suivre après cette rencontre, la parution d'un album corrosif, époustouflant de réalisme, Quai d'Orsay (Dargaud) dans lequel on découvre la vie quotidienne d'un ministère aux coutumes, si ce n'est aux affaires, assez étranges.

BD QUAI.jpg« Ce n'était pas mon univers, un ministère, mais Lanzac m'a tellement fait rire en me racontant, en me mimant ce qu'il avait vécu que j'ai été séduit. Et puis nous sommes devenus amis et le projet a abouti. » Blain sourit en se souvenant de la mise en musique du fabuleux destin d'Arthur Vlaminck. Ce chargé du langage par le ministre des Affaires étrangères est le héros d'une fresque épique, colorée et surtout basée sur un témoignage en béton.

« Avec Lanzac, on a fait à deux le travail de scénariste. Ma crainte au départ était de ne pas arriver à retranscrire le côté affectif que je dois toujours avoir avec mes personnages. Imaginer des mecs en costard cravate que je fais vivre. Du Molière à l'état brut », confirme Blain. Son Quai d'Orsay a pour véritable premier rôle un ministre des Affaires étrangères dans lequel on aurait du mal à ne pas reconnaître Dominique de Villepin sans que pour autant on puisse parler d'un portrait fidèle.

Tornade intellectuelle et physique, le ministre va mettre à rude épreuve les nerfs de son conseiller en langage qui écrit ses discours mais aussi ceux de son cabinet. Blain croque une brochette savoureuse, du directeur à la secrétaire, aux conseillers divers, tout prêts à tuer père et mère pour briller et imposer leur vision. « Je les ai rencontrés mais incognito. J'ai voulu être très proche de la réalité même s'il fallait charger parfois le trait mais tout méritait d'être raconté. Le lecteur doit comprendre leurs émotions. C'est intéressant de constater que les rapports restent humains même au plus haut niveau de l'Etat. » Il y aura une suite à ce premier tome qui ira jusqu'au fameux discours de l'Onu sur la guerre en Irak, le moment de bravoure de Dominique de Villepin.

Blain a le trait qu'il fallait, nerveux, enlevé et qui fait mouche. Une balade au Quai à cent à l'heure, diaboliquement drôle et aussi émouvante.

11/01/2009

Mon palmarès 2008 : les meilleurs

Cette sélection je l'ai faite à la demande de Frédéric Bosser, directeur de la rédaction du mensuel DBD qui sortira mi-janvier. Elle correspond à mes coups de coeur 2008 parmi un nombre d'albums sortis toujours en expansion. Le pire et le meilleur, Bravo, Blain, Baru, Servais, Giardino. Oui, je sais, je suis classique en diable. Mais il y aussi Colonel Moutarde, Bonhomme et plein d'autres. Dupuy et Berberian seront les présidents d'Angoulême 2009 dans quinze jours. On se prépare un beau palmarès à coup sûr. Pour l'heure, voici très résumée mon année 2008.

 

Meilleure série : Tramp,

une prise d'ogae volontaire


BD Fabrégues 06 002.jpgIls sont deux. Enfin trois. Aucun n’est excusable. Je suis devenu leur otage. Les deux premiers,  et Patrick Jusseaume (à gauche) et Jean-Charles Kraehn (à droite sur la photo au festival ed Fabrègues en 2006) sont des créateurs, des faiseurs de rêve, des raconteurs d’histoires, un scénariste et un dessinateur. Et puis il y a le troisième, Yann Calec, leur héros et le chef de la bande, un marin qui bourlingue sur les mers du globe au rythme que lui impose le duo précédent. A eux trois ils ont mis au monde une série, Tramp, une balade formidable au long court sur un liberty ship, ces transporteurs de troupe recyclés après la guerre. Et moi j’ai mordu, accroché au roulis du rafiot et des péripéties dramatiques qu’à chaque album ils m’imposent, geôliers souriants d’un otage qui accepte son sort.

De Rouen où a commencé la saga à la Pointe Noire où à Saigon où elle a trouvée aujourd’hui son très provisoire port d’attache, Tramp a accroché mon imaginaire, m’a embarqué à son bord depuis le premier album, un peu par hasard, je l’avoue. Une lecture automatique et le piège s’est refermé. Depuis j’en ai suivi les escales aux côtés de Calec, un type qui ne demande qu’à être tranquille, naviguer en paix, et qui en voit de toutes les couleurs. Un atypique qui manque de finir ses jours au bagne. Bien fait. Il aurait dû y rester. Un increvable Calec, un breton bien sûr. Ce n’est pas Marius, Calec. Ils n’ont que mer en commun tous les deux et peut-être un petit air de tombeur, le regard ravageur. Pas des marins pour rien.

BD Tramp.jpgHuit albums déjà et un neuvième qui va venir clôturer le troisième cycle en 2009. Il  a pour cadre cette Indochine ex-colonie française qui a depuis des lustres envahi mes passions et mes recherches. Mais plus encore ce sont toutes les facettes de l’âme de Calec qui me tiennent en haleine. Le secret de Tramp est cette alchimie indéfinissable qui permet à un scénariste et à un dessinateur de ciseler leur créature à la perfection, de la faire vivre, grandir, vieillir, lui bâtir un destin.

Le dessin de Jusseaume n’est pas étranger non plus à mon attachement pour Tramp. 1993 à 2008, une évolution, un travail de fond sur les formes, le trait, Patrick a donné cœur et âme à Calec. On le sent à chaque case. Otage je suis et resterai. Le syndrome de Stockholm a encore frappé.

 

Meilleur album francophone : Gus 3

Du nerf, de la cuisse, un sacré cru

BD GUS 3.jpgJamais déçu. La première fois que j’ai rencontré Christophe Blain on attendait à Angoulême la proclamation des prix. Le tome 1 d’Isaac le pirate tenait la distance. Pour tout dire j’espérais que ce serait lui l’heureux élu et comme j’avais bénéficié d’une indiscrétion j’en étais à peu près sûr. Blain m’avait bluffé par sa discrétion, sa finesse d’esprit tout au long de l’interview. Il était comme investi par son travail très loin de l’image que l’on m’avait donné de lui, interrogateur sur son art, soucieux du regard des autres, l’esprit projeté déjà vers d’autres cieux.

Complètement subjugué par Gus dès la sortie du premier tome j’avais rebondi sur l’occasion de le rencontrer à nouveau pour cette soudaine escapade dans un genre aussi classique après les pirates que le western. Et banco. Voilà que je retrouvais un Blain à l’identique, pointilleux et pétillant quand on évoquait nos références cinématographiques de Rio Bravo à La Rivière sans retour. Un moment rare avec ce Gus qui s’inscrivait dans une sorte de course cycliste de montagne. Blain pédalait en danseuse, gravissait la montée de  l’Alpe d’Huez sourire aux lèvres semblant nous dire : « Alors, après Isaac, vous n’y croyiez pas n’est-ce pas ? ». Un vrai bonheur ce Gus. Jamais déçu. Et arriva cette année le 3, Ernest, une sorte de journal de jeunesse du joueur de poker au long nez. J’ai déjà dit dans un numéro précédent tout le bien que je pensais de ce sacré Gus, de la maîtrise de Blain. De ses doutes aussi car, pudique en diable, il sait les laisser transpirer.

Gus alors ? On chevauche avec lui, on joue du Colt, on sourit aux filles, on se prend pour un cow-boy. Pertinence de l’histoire, humour et  intelligence, imagination, couleur, jamais déçu. Gus 3 a tout cela. Du nerf, de la cuisse, du bouquet et de la rondeur. Un cru comme il y en a peu, le meilleur de toutes les cuvées francophones de l’année.

 

Meilleur album étranger :

La nuit d'enfer ilustrée par Spiegelman

BD Nuit.gifUne musique que l’on entend au premier regard. Etonnant, non ? Les yeux qui remplacent les oreilles ou le contraire je ne sais. Aucune idée de qui était Joseph Moncure March, redoutable anonyme au moins pour moi, qu’une traduction et le choix d’Art Spiegelman  projetait d’un seul coup vers mes neurones qu’il ne quitterait plus. Au point de le relire trois fois.

La Nuit d’enfer est un texte qui vous marque, vous envahit et vous laisse sans voix. Rare. On saute sur les lignes, d’un mot à l’autre, le regard glissant vers les illustrations.

Boris Vian, pourquoi est-ce que je pense à Vian ? Par rapprochement sûrement avec J’irai cracher sur vos tombes, roman noir, désespéré et sexuellement violent que Vian a signé sous le nom de Vernon Sullivan en 1946. Ambiance jazz, Vian encore le musicien cardiaque, et Spiegelman qui habille de traits en noires et blanches le texte haché de March scandé par les sons plaintifs d’une trompette désespérée.

La mise en page se pare des habillages de Spiegelmann, se drape au creux des mots, des tournes et des signes, aérienne.

Vian encore et son roman jugé obscène comme le texte de March. Révolte pour les deux. Années folles ou ségrégation, au choix. Enfin il y a le livre, l’objet, couverture du couple enlacé qui n’échappera pas à son destin, dos toilé. On ne se refait pas. March, Spielgelman, un livre qui apporte un bonheur sans pareil.

 

Meilleure intégrale : Spirou 6

BD Spirou 6.jpgUn tournant, c’est celui que prend Franquin en signant  Le Prisonnier du Bouddha, album leader de l’intégrale 6 des aventures de Spirou et Fantasio, fleuron de l’année 2008. Rétrospectivement cette exfiltration d’un scientifique prisonnier des Chinois a une connotation politique qui a échappé aux regards de l’époque. Pour un peu on parlerait du Tibet, du Dalaï Lama, de Lhassa. Franquin avant Cosey.

Encore que les (très) jeunes lecteurs dont  je faisais partie à la fin des années cinquante se soient limités au seul plaisir de découvrir la dernière invention de Champignac, le G.A.G. Il fallait l’oser un nom pareil. Tournant aussi parce que Franquin signe un album pacifiste en pleine guerre froide peu de temps avant l’érection du mur de Berlin ou l’affaire des missiles de Cuba. Et puis il y a dans cet album et ensuite dans Tembo Tabou, Les Hommes Bulles et le superbe Petits formats toute l’équipe des copains :Jidéhem, Greg, Roba, qui vont épauler le maître.

Epoque bénie où les auteurs, véritables esclaves attachés à leurs planches à dessin, avaient l’angoisse de la publication hebdomadaire sous la houlette d’un rédacteur en chef intraitable. Le saint homme assurait ainsi notre joie le jeudi d’avoir un numéro tout neuf du journal de Spirou. Tiens pour un peu j’écraserai une larme de nostalgie et de reconnaissance pour honorer sa mémoire et celle de mon enfance disparue.