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08/04/2010

EXCLUSIF : Jacques Tardi et le fabuleux destin au cinématographe d'Adèle Blanc-Sec

La célèbre héroïne du dessinateur français passe de la BD à l'écran. Un feuilleton en plusieurs épisodes sur lequel l'auteur revient

BD TARDI.jpgOù l'on comprend que Tardi aime le cinéma mais ne se voyait pas dans la peau du réalisateur... Je suis un petit cinéphile avec une vraie passion pour Lang ou Wilder, John Ford. Et puis je ne me voyais pas adapter Adèle moi-même. A chacun son métier. Je suis un solitaire, je prime le dessin, incapable de diriger une équipe. Je ne suis d'ailleurs pas intervenu car je n'aurai pas aimé que les auteurs que moi j'ai adaptés viennent me reprendre. Je sais adapter mais dans un autre registre. Pour un Burma de Malet, un Pennac, je pars d'un texte, je dessine, je peaufine, je suis seul, c'est épatant et le processus est totalement différent. Pour le cinéma, au bout d'une heure et demie, le spectateur attend un dénouement, une fin.

 

Et où l'on revient, bien sûr, au feuilleton, un mode littéraire que Tardi affectionne et qu'il maîtrise à merveille... Moi je travaille sans filet. A la dernière image de mes albums, en particulier avec Adèle Blanc-Sec, j'ouvre une nouvelle porte. La suite au prochain numéro dans la veine des grands noms du feuilleton d'Arsène Lupin à Rouletabille, Fantomas.

 

On découvre aussi, abasourdi, qu'Adèle a échappé à d'autres destins animés et exotiques... Ce sont les Japonais, au départ, qui voulaient faire un dessin animé d'Adèle. Ils aimaient son côté parisien, les années 1910. Passons. Ensuite, ce sont les Américains de la Marvel et ça n'a pas collé du tout. Je suis même allé à New York voir les essais. La TV s'y est mise aussi avec des projets divers. On aurait dit une pièce de théâtre sans moyens. Et puis Luc Besson est arrivé il y a dix ans. A l'époque, Besson considérait que le numérique ne permettait pas encore des effets spéciaux assez costauds pour ce qu'il voulait faire avec Adèle. Il y a trois ans, il a donné le top-départ.

 

BD ADELE.jpgAdèle à l'écran pourra-t-elle supplanter sa soeur de papier ? Angoissante question... Louise Bourgoin est formidable. J'ai été très ému en la voyant. Tendu au départ, je pense qu'elle est vraiment Adèle avec sa gouaille, son humour. Au point que, dans le prochain album, le dernier de la série, j'envisage de donner à Adèle les traits de Louise. Le film de Besson repose sur un condensé de mes trois premiers albums. L'ambiance, les décors tout est parfaitement restitué. J'étais inquiet, c'est vrai, mais plus après avoir vu le film. La magie a opéré, Louise est Adèle. Besson a le savoir-faire, je suis content et favorable à une suite.

 

Alors, saura-t-on pour finir si Tardi reprend bientôt le chemin de sa table à dessin ? Au programme, un nouveau Nestor Burma, le tome 10 d'Adèle, le Bébé des Buttes Chaumont (Casterman), une adaptation de Manchette et, vous le savez, une histoire dont mon père sera le héros pendant la campagne de 1940.

Mais au fait vous allez voir le film ? Cela vous dérangerait de me téléphoner ensuite pour me dire ce que vous en pensez ? (Lire ci-dessous l'échange exclusif et en direct avec Jacques Tardi à la sortie du cinématographe)"Adèle Blanc-Sec" sort le 14 avril dans les salles

EN DIRECT : Besson a visé juste

Allô Jacques Tardi ? Résumons. Le film a la fougue de Besson et la force graphique de votre univers. En adaptant les Aventures d'Adèle Blanc-Sec, Besson a signé un mélange détonant et étonnant. Aventure, fantastique, grand spectacle à effets spéciaux bien ficelés, personnages et décors tout droit sortis des albums, un travail à la Besson, rigoureux et enthousiaste. On sent que Besson aime votre Adèle.

Le tout en respectant le côté narratif, le ton de ce feuilleton qui vous est cher et qui plaît tant à vos lecteurs. En prenant le risque de donner à Adèle une beauté qu'elle n'a pas vraiment sur le papier, Besson a tapé juste. On y croit à cette Adèle corsetée et ironique. Seconde astuce de Besson, c'est d'avoir cantonné les autres personnages dans leur aspect caricatural, dessiné. Mathieu Amalric, Gilles Lellouche sont méconnaissables mais si proches de la BD. La bande son d'Eric Serra est parfaite. Enfin Jacques, pour tout dire, il est difficile de bouder son plaisir avec cette aventure cinématographique d'Adèle Blanc-Sec chevauchant un ptérodactyle ou naviguant sur le Nil dans un sarcophage. Certains le feront sûrement, par snobisme ou jalousie. Ils auront tort.