26.06.2009

Liberté gitane

BD GITAN.jpgLes Saintes-Maries-de-la-Mer, haut lieu de la foi gitane, c'est le reportage que propose en dessins et en textes Kkrist Mirror. Avec beaucoup de tendresse et de force, l'auteur raconte en cases, en esquisses, en portraits, le destin du peuple gitan, ses épreuves comme le génocide tsigane pendant la guerre, ses joies avec le rassemblement, ses craintes. Son coup de crayon qui sait à merveille saisir attitudes, regards, doutes et indépendance. Les gens du voyage, comme on dit, ont la fougue de leur liberté saisie par Kkrist Mirror. Et c'est sûrement ce qu'on leur envie le plus. Gitans, Editions Emmanuel Proust, 19,90 €.

A la campagne

BD ORAGES.jpgC'est le dessin et les teintes, les aplats du dessin de Nicolas Poupon qui accrochent avant tout le regard. On plonge ensuite dans l'aventure de JP et Mike des fils de banlieue au destin tracé sans joie et avenir. La télé débite ses séries débiles à l'eau de rose et on retrouve un cadavre gênant dans la poubelle. Reste plus que la route pour les deux copains qui vont la prendre sous la houlette d'un vendeur ambulant barbu. Direction le Centre pour vendre des lunettes et plus si affinités. Il y a de l'espoir dans cette histoire sur fond de monde qui bat la breloque. Poupon signe un album superbe. Faire semblant les jours d'orage, Delcourt, 16,50 €.

14.06.2009

Desberg, de I.R.S. à All Watcher

BD IRIS.jpgRarement une série aura autant devancé l'actualité. Avec I.R.S. et son héros Larry agent du fisc américain, le scénariste Desberg a, en dix ans, touché tous les sujets financiers précurseurs de la crise économique qui nous agite aujourd'hui. « Dix albums depuis 1999, une situation financière mondiale chaotique, j'ai gardé la trame de fond pour le tome XI, "Le chemin de Gloria" qui sort (Le Lombard, 10,40 €). Mais les personnages secondaires, le passé du héros ressurgissent ».

Desberg a volontairement aussi noirci dans ce I.R.S. son scénario plus polar urbain qu'avant. « On gère les épisodes en dyptique avec le dessinateur Vrancken. I.R.S. est une série qui, finalement, pouvait se décliner. Qui plus en est dans le contexte actuel. ». D'où All Watcher, la nouvelle série qui débute ("Antonia" est le titre du premier tome, 6,95 €), dont le côté financier est accentué. On y retrouve Larry. « Quel chemin emprunte l'argent de nos jours ? Comment disparaît-il ? Jusqu'où peut aller la corruption ? Quelles crises peut supporter le système ? Il y a trop d'injustice » affirme Desberg. Avec All Watcher que dessine Quereix, l'univers de I.R.S. s'enrichit. « Je suis un fan de séries TV. I.R.S. reste la série principale, "All Watcher" s'appuie sur elle sans que Larry en reste le héros principal. De plus un dessinateur différent signera chacun des sept albums prévus ». Maître en scénario Desberg poursuit aussi avec Labiano le thriller Black Op. et a un projet avec Griffo sur la montée du nazisme. Desberg a d'autres idées en tête, lui le grand raconteur d'histoires, souvent visionnaire.

Vive Gil Jourdan

BD GIL.jpgC'est un privé typique des années cinquante, un pilier du journal de Spirou. Au dessin et au scénario, Tillieux concoctait des aventures savoureuses dont Gil Jourdan était le héros flanqué par Libellule, truand repenti, et l'inspecteur Crouton, au look de croque-mort. Avec des dialogues bourrés d'humour Tillieux a embarqué Jourdan dans un trafic de drogue, des meurtres machiavéliques. Une intégrale de Gil Jourdan c'est une redécouverte, un vrai plaisir que de lire Libellule s'évade ou La Voiture immergée. Beau gosse toujours bien habillé Jourdan a laissé beaucoup de regrets. Un dossier de 32 pages est inclus à l'intégrale."Gil Jourdan", Dupuis, 24 €.

Années 80

BD 80.jpgDes années mythiques ? Allez savoir. Toujours est-il que les années 80 ont inspiré une quinzaine d'auteurs qui se sont livrés à travers des histoires courtes. Bravo ouvre le bal de la dérision avec un Oncle Paul (star de Spirou) déprimé. Serge Clerc se laisse aller aux fantasmes. Denis trouve un trésor et pratique l'échangisme. Paringaux, Antico, Cattelain, Alfred revisitent les idées reçues. Quant à l'idéal socialiste, Janusz s'en offre une tranche. Abel et Bouzard concluent l'album en se moquant des ados qui sont aujourd'hui quadragénaires rangés. Désormais, qu'en reste-t-il de ces années ? "Summer of the 80's", Dargaud, 14,50 €.

 

26.05.2009

Retour à la paix au Cambodge

BD ENFANT.jpgAki Ra a été un enfant soldat pendant la guerre du Cambodge à la fin des années soixante-dix. Il vivra l’horreur du régime de Pol Pot et des combats fratricides pour ensuite déminer avec les forces de l’ONU les zones qu’il a lui-même piégées autour des temples d’Angkor Vat. Le dessinateur japonais Akira Fukuya a adapté la vie d’Aki Ra l’enfant soldat, son quasi-homonyme, en manga au réalisme très proche de la BD francophone. Dans ce second volume Aki Ra décrit avec force et émotion son retour à la paix, celle des plaies ouvertes et des larmes mais aussi de l’espoir retrouvé. Brillant. Akira Fukuya, Delcourt, volume 2

 

Un taxi pour Paris

 

En ce début de guerre de 14 la France a du plomb dans l’aile et l’armée allemande est aux portes de Paris. Mais il y a une brèche dans le dispositif ennemi qui pourrait permettre de reprendre l’avantage sur l’abominable « boche ». Un aviateur a réussi à en prendre des photos avant de se faire descendre. Reste plus qu’à aller les chercher mais il a été abattu dans les lignes adverses.

On retrouve dans ce tome 2 des Sentinelles, un commando de sac, de corde et d’acier dont le lieutenant Féraud est le chef. Féraud surnommé Taillefer a été transformé en soldat invincible à la puissance redoutable par un savant génial  mais un brin allumé. Sa famille le croit mort. Il est sans grandes illusions sur cette guerre qu’il croit perdue. Epaulé par son adjoint le colossal sergent Djibouti il prend la tête de la section et part à la recherche des précieuses photos. C’est cette course éperdue en septembre 1914 que raconte ce tome 2.

Dans La Marne, qui évoque bien sûr la fameuse bataille dont les taxis parisiens seront le fer de lance et auquel il adresse un clin d’oeil, Dorison a vraiment donné à sa série une assise incontestable. Le rythme est soutenu et les personnages ont une belle authenticité à laquelle on adhère plus facilement que dans le tome 1. Des soldats du commando avec leurs interrogations au jeune pilote abattu dont on pressent qu’il aura un rôle dans les futurs albums en passant par la plupart des seconds rôles, Dorison offre à Breccia, au dessin parfait pour ce style d’histoire une matière digne des grandes sagas. Plus nettement que dans le tome 1 qui pouvait parfois prêter à confusion, en s’appuyant sur une réalité historique qu’il connaît bien, Dorison brode sa trame, joue avec ses héros et nous embarque ni vu ni connu dans une belle aventure bourrée à la fois d’action, de science-fiction rétroactive et de réflexions intelligentes sur les horreurs de la guerre. Xavier Dorison, Enrique Breccia, Delcourt, Les Sentinelles, T2.

 

 Souffrance et abnégation

 

BD BOUCLE.jpg1910 : ils sont 110 au départ de ce huitième  Tour de France. Quarante seulement seront à l’arrivée des 4735 kilomètres parcourus par le peloton. Et pour la première fois dans son histoire le Tour va gravir les cols des Pyrénées. Un défi incroyable pour l’époque. En racontant étape par étape les péripéties de ce Tour mythique dans lequel vont s’affronter deux « géants », Faber le luxembourgeois et Lapize surnommé Tatane, sous l’œil d’un troisième larron, Garrigou alias le Dandy, Nicolas Debon fait ses débuts en BD. Avec brio et panache comme celui de ces forçats du vélo dont il nous raconte l’épopée faite de souffrance et d’abnégation.

On reste interloqués par les conditions dans lesquelles les coureurs en 1910 s’élançaient sur le Tour. Les vélos commencent à peine à bénéficier des innovations techniques dont les freins, la roue libre et, incroyable, la roue arrière que l’on retourne dans les montées pour démultiplier les pignons. Un seul vélo poinçonné servira à toute l’épreuve. Les contrôles sont draconiens malgré l’absence de signalisation et des routes abominables. Si les coureurs sont aidés ils payent des amendes. A eux de réparer en cas de crevaison.  Sans oublier que déjà fleurissent sur le Tour hormis l’alcool des produits dopants comme l’éther. Une vraie leçon d’Histoire et un grand coup de chapeau aux fous de la petite reine de 1910 dont la plupart seront tués en 1914. Cet album se dévore d’une traite. On en savoure toutes les étapes. Nicolas Debon, Dargaud, Le Tour des géants. 

12.05.2009

Spirou toujours à Bruxelles et ... Berlin

BD VERT.jpgDes reconversions en BD, il y en a. Suites, reprises, les réussites sont souvent à la hauteur des talents réunis du dessinateur et du scénariste. Spirou n'a pas échappé à cette règle. Après le succès d'Émile Bravo (Spirou journal d'un ingénu) ou les débuts à la veille de la guerre de 1939 des aventures du petit groom, Yann et Schwartz prennent le relais. Dans Le Groom vert-de-gris l'action se situe à la suite de l'épisode signé par Bravo. Bruxelles est occupée par l'armée allemande et Spirou est entré en résistance. Par prudence, il ne peut l'avouer à son vieil ami le journaliste Fantasio. Groom dans l'hôtel où siège la Gestapo, Spirou joue en apparence un double jeu sous les yeux amoureux d'une "souris grise" allemande.

Dans cet album parfaitement tourné, construit, documenté tout le talent de Yann explose. Il excelle dans le genre historico-comique avec gags et inventions saugrenues. Libération violente, règlements de comptes, collaboration, Spirou est aussi l'acteur et le témoin d'une période terrible. C'est la force et le courage de Yann comme celle de Bravo d'y avoir impliqué Spirou et Fantasio. Le dessin est parfait dans sa ligne claire. Un très bel album (Dupuis, 13,50 €).

On notera pour le plaisir la réédition de Berlin de Jason Lutes. Le premier tome met en place les personnages de ce roman graphique dans l'Allemagne des années trente. Espoirs rouges et peurs du futur noir, Berlin se lit et se retrouve comme un ami oublié (T1 La Cité des pierres, Delcourt, 20 €).

Émotion garantie

BD CHABOUTE.jpgFinalement les rééditions ont souvent du bon. Retrouver dans un format plus ramassé deux nouvelles de Chabouté est une joie. Les vacances mélancoliques et campagnardes d'un petit garçon sont empreintes de bonheurs simples et d'affection tranquille. Des grands-parents par substitution comme ensuite ce clochard barbu sur le banc d'un jardin que l'enfant aidera à retrouver sa dignité, Chabouté décrit avec tact et pudeur nos sentiments. Le petit garçon retrouvera aussi sa spontanéité d'enfant qui le porte à avouer à son père qu'il est fier de lui. Émouvant et si bien écrit. Quelques jours d'été, Un Îlot de bonheur, Vents d'Ouest, 13 €.

Jungle du travail

BD OPEN SPACE.jpgLa vie au quotidien dans une entreprise de pub c'est une jungle pour le petit stagiaire qui vient de signer son CDI. Le rêve a priori de l'emploi garanti sauf que Hubert devient "l'assistante" d'un manager, poste théoriquement féminin. Dans ce tome 2 d'Open Space, James continue en gags strips de nous tracer un portrait fort bien vu du monde de l'emploi. DRH désabusé ou cynique, patron jouissif et stressé, chefs de service sarcastiques, Hubert compte les points en se disant qu'il a quarante ans à tirer. On rit jaune souvent à cet état des lieux corrosif. Et la fiction nous ramène à la réalité. Open Space, T2, Dargaud, 10,50 €.

 Tous des lunettes

BD FLOU.jpgIl ne fait pas dans la dentelle, le camarade Clarke. Avec ses personnages à lunettes, il trace les contours plus ou moins flous d'un monde sans pitié. Clarke manie l'humour comme autant de grenades dégoupillées. Des gags qui font mouche, délectables et cruels. On rit avec la vie compliquée de son héros amnésique ou avec ses chirurgiens qui se trompent d'étage. Clarke sait aussi manier l'absurde, parfois pousser le bouchon assez loin. Il allie un dessin et un sens de l'écriture qui se complètent à merveille. C'est une bouffée d'oxygène, ses héros à lunettes, par les temps qui courent. Le Monde est flou", éditions Dupuis ; 11,50 €.

A la mine

BD VENT.jpgLe Nord de la France et ses mines à l'aube du XXe siècle. Le directeur de la mine face à la grogne de ses ouvriers engage des Tsiganes pour descendre au fond du puits. Mais une vieille malédiction va ranimer les tensions et les haines entre les deux communautés. Un jeune mineur va tomber amoureux de la belle Kheshalya dont les origines sont obscures. Le drame va se nouer à travers plusieurs destins qu'ont particulièrement fignolés Galandon et Cyril Bonin à qui l'on doit la série Fog. Il y a à la fois du Zola et du Dumas dans cette aventure sombre et désespérée. Quand souffle le vent", éditions Dargaud ; 14,50 €.

 

23.04.2009

Franquin, Peyo toujours pour le plaisir

Franquin est toujours parmi nous. En publiant en grand format les planches originales de Gaston ou de ses Spirou incontournables, Marsu Productions fait un gros plaisir aux fans du plus génial des auteurs. 

BD FRANQ.jpgLe Tome 6 de l'Intégrale Gaston est la première consacrée à une seule année de production. On est passé alors au gag en une planche et Gaston a définitivement pris sa place de star au sein du journal Spirou. En ajoutant à l'édition un cahier spécial de fac-similés, dessins, couvertures, on retrouve les débuts de Prunelle qui devient le souffre-douleur à part entière de Gaston. Adieu Fantasio qui retourne aux aventures de Spirou. 1967, Gaston a pris le pouvoir et le gardera (99 €). Autre incontournable de Franquin, la suite des intégrales Dupuis. Avec le numéro 7 c'est le Mythe Zorglub qui est à l'affiche. La zorglonde, Fantasio le crâne rasé, panique à Champignac, Pacôme doit se battre contre son ancien condisciple mégalomane, Zorglub qui restera l'inventeur de la pub sur la Lune. Du grand art. On les relit avec toujours plus de joie et de plaisir (18 €).

Autre plaisir, Peyo avec l'Intégrale 3 des aventures de Johan et Pirlouit. Les petits hommes bleus, les Schtroumpfs, font leurs débuts dans La Flûte à six Schtroumpfs. Le facétieux Pirlouit et l'écuyer courageux Johan vont voler au secours du jeune sire de Montrésor, défendre les défavorisés dans La Flèche Noire sans savoir que peu à peu Peyo leur préférera les Schtroumpfs. Mais quelle fougue dans le dessin (Dupuis, 18 €).

Tardi et New York

BD NYTARDI.jpgDébut des années 80, Tardi signe des histoires courtes qui ont pour cadre Manhattan sur des textes de Dominique Grange. Du noir, très noir avec pour toile de fond l'assassinat de John Lennon ou la guerre du Vietnam. Et puis cerise sur le gâteau, cet album intègre aussi la réédition de Tueur de cafards publié en 1984 écrit par Benjamin Legrand. Un personnage dessiné en rouge balade son destin de perdant parsemé de cadavres. Le dessin de Tardi est d'une force rare. New York est le décor noir et blanc d'une histoire de manipulations, ficelée de main de maître. On retrouve une ville violente et bouillonnante. New York Mi Amor, Casterman, 15 €.

Rupture

BD RUPT.jpgUn titre qui colle à cet univers dans lequel une tueuse à gage a des états d'âme. Un futur lointain, des privilégiés regardent mourir une population malade. Lisa la tueuse, cyborg redoutable, est aux ordres du conseil. Elle a perdu toute autonomie et ne peut même plus parler. Emile est aussi un tueur qui a la même cible que Lisa. Un grand désespoir dans ce premier album signé par Eduardo Risso au dessin. Du noir et blanc vif, somptueux, efficace pour traduire une histoire cinglante écrite par Carlos Trillo. Le monde qu'ils décrivent est effrayant et pourtant crédible. On prend fait et cause pour Lisa. Point de rupture, Delcourt, 14 €.

Hip-hop, parcours

BD SENTENCES.jpgPas banal le parcours de Percy Carey alias MF Grimm. Aujourd'hui cloué sur un fauteuil roulant car blessé dans une fusillade. Percy Carey est un rappeur new-yorkais. Une enfance plus que troublée, les gangs, la drogue, la prison et pourtant une terrible volonté d'autre chose, de musique et de créativité. Le hip-hop devient sa passion mais sa vie passée le rattrape. Violence et blessure, Carey se met aussi au dessin. L'album autobiographique qu'il signe se lit comme un roman et a de vraies qualités graphiques. On peut ne pas adhérer à la philosophie du personnage. On doit par contre en lire l'histoire. Sentences, Dargaud, 15,50 €.

Super héros tout neufs

BD UMBRELLA.jpgC'est la meilleure série 2008 aux USA. Des dizaines d'enfants naissent au moment même où un monstre venu de l'espace est mis KO par un super héros. Sept de ces enfants seront sauvés. A leur tour de devenir les sauveurs de notre planète. Certes nous sommes en plein comics américain, déphasés, fantastiques, drôles aussi. On va suivre leurs destins et leurs aventures en histoires courtes bien scandées. Le dessin de Gabriel Ba et le scénario de Gérard Way sont cohérents. Ambiances nocturnes presque féerique, personnages complexes et sentimentaux, un air nouveau souffle sur les comics. Umbrella Academy, Delcourt, 17, 50 €.

 

 

09.04.2009

Musique : Saxophone ou clairon ?

Deux héros musiciens, le premier a un chagrin d'amour. Alexis joue du jazz et est amoureux fou d'une jeune Anglaise, Mary. Elle le quitte sans un mot. Alexis n'a qu'une piste, une adresse à Dinard où Marie disait avoir une maison. Au volant ce son coupé 203, il part de Paris pour une balade ponctuée de rencontres improbables et toutes féminines.

BD SAXO.jpg"Saint-Germain puis rouler vers l'ouest" (Dargaud, 15,50 €) est signé par l'un des plus attachants et talentueux auteurs, Bruno Le Floc'h. A chaque album depuis Au bord du monde et ensuite Trois éclats blancs, Le Floc'h venu à la BD par le story-board a créé son style. Un dessin clair, aquarelle, paysage, est sa marque. Son saxophoniste, un petit air de Boris Vian, a du charme, de la tendresse, de la vie à revendre. On est conquis par ce voyage au bord de la mer que l'on partage avec plaisir.

Second personnage à la vocation musicienne, un clairon, celui de "Trompe la mort" (Dargaud, 14,50 €). A 85 ans, Marcel veut absolument retrouver l'instrument que l'armée française avait décidé de lui confier un beau jour de 1939. La suite, on va la découvrir aux basques de Marcel qui revit la débâcle de juin 1940, les copains, les chefs hargneux. Avec sa petite-fille qui tente d'adapter à la campagne française le principe du taxi-brousse africain.

Alexandre Clérisse a apporté avec humour mais aussi réalisme sa pierre au réquisitoire contre la guerre. Son clairon est un homme simple qui ne se reniera pas malgré les honneurs.

Accro aux fringues

BD MARIE.jpgLe shopping avant tout, Marie-Lune est une accro aux fringues. Avec, en prime, un père qui lui passe ses caprices. Pas vraiment la tête sur les épaules mais gentille dans le fond. Par contre, sa soeur Ka est une réaliste qui essaye de lui remettre les idées en place. Une vraie conscience la jumelle.

Mais arriver à faire comprendre à Marie-Lune que la vie ne se résume pas aux grandes marques est un sacerdoce. On assiste à ses aventures épiques en souriant. Yllya au dessin et Sylvia Douyé au scénario ont créé un personnage branché dans lequel pas mal d'ados vont se reconnaître. "Marie-Lune", Vents d'Ouest, 9,40 €.

Destins truqués

BD KEN.jpgIls sont trois. Amis d'enfance pour deux d'entre eux, liaison sentimentale pour la troisième, leurs destins et leurs vies ne sont pas aussi simples qu'il y paraît. En ouvrant un tryptique dont chaque album porte le nom d'un membre du trio Robledo et Toledano nous embarque dans une aventure musclée. Pierre est un étudiant qui boxe en secret. TJ, son meilleur ami, est un financier qui passe ses nuits à jouer au poker. Et Anne se dit institutrice mais est serveuse dans un café. On les découvre peu à peu. Ils se mentent et s'aiment. Au moins pour la forme car les apparences sont très trompeuses. "Ken Games" T1, Dargaud, 13,50 €.

Histoire d'hommes

BD CHANT.jpgUn père et un fils qui se retrouvent, une histoire qui aurait pu être simple sauf qu'elle a pour cadre le Groenland. Quand sa mère, avec qui il avait des liens forts meurt, Guilhem est perdu. Son père vit avec sa soeur et gère la ferme familiale près de Pau. Guilhem réussit à convaincre son père de venir au Groenland où il travaille. Choc des cultures mais connivence des hommes et des femmes habituées à vivre dans des régions difficiles, le montagnard béarnais se révèle. Un beau récit, riche, construit, émouvant que signent Laprun et Béhé au scénario, Erwann Surcouf au dessin. Sans fioritures. "Le Chant du pluvier", Delcourt, 19 €.

Jeunes femmes

BD DAPH.jpg

Elles sont deux trentenaires avec plein d'états d'âme, ceux des filles d'aujourd'hui. Daphnée et Iris sont prises au piège entre leur amitié, leur envie du prince charmant et leur carrière. Place au chat ou au poisson rouge. Pour le reste on fait comme on peut. Il faut aussi tempérer les ardeurs familiales et se croire parfois dans une série TV. Cela fait rêver. En découpant en tranches les péripéties au quotidien de Daphnée et Iris, Géraldine Ranouil et Véronique Grisseaux font dans le vécu. Pas possible autrement. Glen Chapron dessine leurs aventures drôles, touchantes, tristes aussi. La vraie vie. "Daphnée et Iris", KSTR, 15,50 €.

30.03.2009

Agrippine et Pico, duo d'enfer

Agri.jpgUn album de Claire Bretécher, quand il montre le bout de ses nouvelles planches, c'est comme un bon vin. On en boit un verre et tant que la bouteille n'est pas vide...

Agrippine est donc de retour après une absence acceptable. Claire Bretécher nous offre une Agrippine déconfite (Dargaud, 13, 50 €). Allons bon. La douce enfant, adolescente caractérielle, ce qui est un pléonasme, doit affronter à la fois le divorce de ses parents (elle est ravie) et la mort de sa grand-mère (elle flippe un max). Point de départ de la déconfiture, une paire de boots en tatou stressé (voir la définition dans l'album) que la vieille dame a soufflé à la gamine qui lui en veut à mort. Et des fois, Dieu, il écoute les jeunes. Pas un mot de plus. Bretécher monte en puissance, ouvre les vannes. Agripinne, son petit frère, l'aïeule, le tonton raté, la galerie est gratinée. On éclate de rire. Bretécher c'est à lire et à voir. Un album qui est une somme.

Pico.jpgIl y a aussi à saluer haut et fort dans la catégorie "nos enfants s'expriment" le deuxième tome de Pico Bogue, Situations critiques (Dargaud, 10,40 €). L'an dernier, les débuts des aventures de ce petit garçon déluré à la tignasse en bataille avait étonné et séduit. Beaucoup. Attention, Pico ce n'est pas Titeuf ou Nicolas. Pico, il a sa vie à lui, ses espérances, ses réflexions sur un monde sans pitié. Il est entier Pico et une fois encore, sous la houlette au dessin d'Alexis Dormal et de sa maman Dominique Roques au scénario, il nous fait rire et réfléchir. Un peu de philosophie enfantine dans un monde de brutes. Ça repose.

Colères saines

Coleres.jpgUne belle histoire d'hommes, rare en BD. Une histoire comme nous en racontait le cinéma ou les polars français des années soixante. Un petit truand s'est fait mettre sur le dos une sale affaire pour une liasse de papiers compromettants qu'on lui a demandé de voler. En cavale, un homme va l'aider, Trauven, ancien résistant et père d'une fille qu'il adore sans savoir lui dire. Et quand des malfaisants y touche, il voit rouge et remonte la piste. Cadavres en goguette, amitié fidèle, Mercier et Filippi signent un roman noir dont le héros à un air de Belmondo sur le tard. Beaux dialogues, atmosphère tendue, pas de happy-end. "Colères", KSTR, 15 €.

Soldat inconnu

Aventures.jpgUn cimetière, le monde n'est plus qu'un alignement de tombes sous la garde d'Ebenezer. On ne les compte plus les guerres mondiales. Un matin, le gardien solitaire voit débarquer un fringant revenant, le soldat inconnu, celui de l'Arc de Triomphe et il sent que le destin lui envoie peut-être un successeur. Le pas si brave soldat va faire le point sur son passé pas si glorieux et trouver, qui sait, la paix. Un comble. Manu Larcenet a écrit un conte fantastique pas si rigolo que ça. A méditer. Casenave dessine les aventures édifiantes du fossoyeur et de son dauphin. "Une Aventure rocambolesque du soldat inconnu : Crevaisons", Dargaud, 10, 40 €.

 

Charles Masson défend son "Droit au sol"

MASSON.jpgC'est un parcours atypique que celui de Charles Masson. Pour deux raisons. Un, il est médecin ORL et donc pas vraiment destiné à faire de la BD. Deux, dès son premier album, Soupe froide sorti en 2003, il avait séduit, montré un sacré talent et dérangé car témoin impartial de ces faits de vies insupportables que nous ignorons lâchement.

Charles Masson a provisoirement quitté La Réunion où il habite. Il était à Montpellier chez Azimuts, pour son dernier bouquin, Droit du sol (Casterman). L'auteur prend fait et cause. Le sujet est brûlant et ignoré. L'île de Mayotte, dans l'océan Indien, est française. On y trouve un nombre très important de clandestins venus d'Anjouan, des Comoriens pour qui Mayotte est la terre promise.

En racontant ce qu'il a vu, entendu, vécu, Masson trace un réquisitoire. Ses personnages - infirmière volontaire, médecin remplaçant, colons ou expatriés de tout poil, fonctionnaires, Comoriens - montrent toute l'ambiguïté du système. Ce sont des barques surchargées de clandestins qui se noient, les expulsions. Qui parle de Mayotte alors qu'un référendum pour un statut de département y a lieu ? Masson l'a fait avec un texte et un dessin en noir et blanc foisonnant, avec des destins parfois un peu nombreux mais toujours avec générosité.

22.03.2009

Le regard de l’autre

Récompensé cette année à Angoulême par  un Essentiel dans la catégorie Révélations pour Le Goût du chlore Bastien Vivès a de quoi être heureux. Et nous aussi. Du haut de ses 24 ans avec beaucoup de discrétion, de douceur et d’humour il s’impose sans bruit, en finesse avec un talent jeune et authentique. Dans mes yeux est son nouveau titre. Un format bouquin de 133 pages nous raconte une histoire d’amour dont chaque lecteur est l’acteur privilégié.

 

BD YEUX.jpgAu lieu de mettre en scène deux personnages, de les dessiner à plat, le lecteur n’étant que le témoin extérieur, Vivés nous propose d’être son propre regard face à cette jeune fille dont il tombe amoureux dans une bibliothèque. Vue directe, des yeux caméra, les siens, les nôtres, on court de page en case, sur fond de fusain ou pastel très coloré. Des petits chapitres scandent les étapes de cet amour éperdu aux formes rondes. Dans mes yeux est osé. Car la forme, le suivi un brin voyeur, des dialogues à sens unique - seule la belle en face de nous parle – aurait pu dérouter obligeant le lecteur à s’identifier sous contrainte. Au contraire.

 

On adopte dès la première page le mode d’emploi. La jolie rousse nous charme, seul visage détaillé et dessiné avec précision. Les seconds rôles n’ont droit qu’à des esquisses. Premier baiser, des lèvres qui se tendent vers nous, balade dans le métro, jalousie, tendresse, Vivès raconte ces moments qui font les belles histoires d’amour et laissent les plus beaux souvenirs. On ne saura jamais le nom de la jeune fille rousse qui a pris son cœur au fond ses yeux. Un travail sensible, fin et bien construit. Vivès confirme. « Dans mes yeux » / Bastien Vivès / KSTR 

Nouveautés : Cadavres exquis

 

On commence à régler les comptes dans cet avant dernier tome de Black Op. Floyd Whitman ex-agent de la CIA a été manipulé par l’agence. Dans les années soixante afin de déstabiliser l’Union Soviétique la CIA a aidé la mafia russe depuis largement implantée sur le sol américain. Trahi par son meilleur ami, Trent, devenu vice-président des Etats-Unis, Floyd monte ses ennemis les uns contre les autres pour sauver sa peau. Il en sait trop mais va se venger. Les cadavres commencent à s’accumuler. Un scénario nerveux, un dessin toujours aussi percutant de Labiano, Black Op ne déçoit pas. « Black OP, T 5 » / Desberg / Labiano / Dargaud

 

Retours en arrière

 

BD LEGATAIRE.jpgDans Le Légataire suite du  Décalogue, fil rouge de la série, on retrouve au tome 4 Merwan Khadder assassin islamiste repenti et son amie Aline hôtes involontaires du Vatican. Les rôles se précisent avec en toile de fond la fameuse sourate inconnue du Coran, hymne à la paix et à la tolérance. De quoi déranger. Services secrets de tout bord, Vatican compris, sont sur les dents. Et même le futur Pape (relire le tome IV du Décalogue).

 

On est toujours avec Giroud dans des histoires à tiroir avec retours en arrière dont il faut ne rien manquer dans chaque épisode sous peine de dérapage. Béhé assure dans un style plus enrichi que d’habitude. On a un peu de mal à s’approprier l’histoire.« Le Légataire, T4 Le Cardinal » / Frank Giroud / Joseph Béhé / Camille Meyer / Glénat

  

 L'habit ne fait pas le moine

 

Un jeune mathématicien de talent, une charmante brunette douce comme un cœur, un homme d’affaires brillant, les apparences sont souvent trompeuses avec les héros de ce premier tome de la nouvelle série Ken Games.

 

Pierre le « matheux » et TJ, le « trader », sont amis d’enfance. Tout en essayant de poursuivre ses études Pierre est devenu un boxeur redoutable qui a basé son art sur des formules de probabilités mathématiques. Il est en passe de devenir un champion. Mais personne autour de lui ne le sait. TJ a délaissé son bureau de financier pour jouer au poker. Il gagne. Beaucoup mais ne c’est pas fait pas un copain d’un patron de gang vindicatif et mauvais joueur. TJ ne s’est jamais confié à son meilleur ami, Pierre.

 

Troisième du lot, Anne la jolie brune, petite poupée modèle, serveuse dans un bar pour assurer ses fins de mois est la fiancée de TJ à qui elle a fait croire qu’elle est institutrice. Elle ment elle aussi et pour cause. Avec une montée en puissance savamment dosée, en dévoilant peu à peu les destins de ses personnages Robledo au scénario de  Ken Games signe un petit bijou très subtil. Le dessin réaliste et clair de Toledano donne un ton qui colle avec l’action. On se laisse prendre au piège de héros qui on tous un, voire plusieurs cadavres dans leur placard. Et ce n’est pas qu’une image. Au total trois albums sont prévus.« Ken Games, T 1 Pierre » /  Robledo / Tolano / Dargaud

08.03.2009

X-Aël, une drôle de dame à Montpellier

Deux jeunes femmes que rien vraiment ne prédestinait à la BD. Elles ont en commun un parcours atypique, d’avoir pour l’une décidé de vivre à Montpellier et de publier ensemble le premier tome d’une nouvelle série. Alexandra Deroi sous le pseudonyme de X-Aël dessine Anathème sur un scénario d’Isabelle Bauthian (E. Proust).

 

A 29 ans Alexandra est une égyptologue passionnée de linguistique :]« C’est sur internet que j’ai fait mes premières armes en graphisme. J’ai illustré ensuite des jeux de rôle et été coloriste. Mais je poursuis mes études en même temps à la fac de Montpellier qui est aussi réputée que Paris en égyptologie. Il y a quatre ans Isabelle m’a proposé ce scénario. J’ai plongé » ].

Isabelle Bauthian déjà remarqué avec un précédent album Effeuillées s’est reconvertie, elle, dans l’écriture. Docteur en biologie elle a laissé tomber les éprouvettes. Avec bonheur car leur histoire de démon et de malédiction qui se veut socio-fantastique fonctionne bien et sera une trilogie. « Nous sommes dans l’esprit de Zola, le déterminisme par les ancêtres. Gabrielle notre héroïne ensorcelée est positive. Elle va vouloir changer son destin ». Et pourtant Alexandra ne croit pas un instant au surnaturel.  «Je suis une inconditionnelle pourtant des films d’horreur ». Elle a travaillé sans contraintes. «J’ai eu toute liberté pour la mise en scène. On a même un autre projet avec Isabelle Bauthian. Mais chut ». Quand on lui demande à quoi elle rêve sa réponse est nette : à la nature et à un beau texte égyptien sur la sagesse. Pas à la BD.

 

Terres Lointaines

BD TERRES.jpgLa déclinaison d’une œuvre maîtresse, celle de Léo, créateur des Mondes d’Aldébaran. Léo en signe le scénario et Icar le dessin. On retrouve une planète lointaine et une famille qui choisit de s’y expatrier pour retrouver le mari et le père. Il ne sera pas au rendez-vous. Désormais la mère et ses deux enfants vont devoir se débrouiller dans un univers hostile ou au moins inhabituel. Une tradition dans l’univers de Léo. Les personnages sont attachants et les créatures de Léo bourrées d’imagination et d’humanité. Les monstres ne sont pas ceux qu’on croit. Le dessin est clair, soigné. Prometteur.  Terres Lointaines Episode 1, Dargaud, 10,40 E.

 

Amour perdu

BD IMPER.jpgRetrouver le duo Pellejero au dessin et Lapiere au scénario est une joie. Avec cette histoire d’amour perdu sur fond de révolution mexicaine 1923, de redécouverte de la fonction artistique on suit le destin du photographe américain Edward Weston. Amoureux fou de la belle Tina Modotti, Weston revit à sa mort tout ce qui les a rapprochés ou éloignés. Personnages authentiques ou historiques les auteurs croquent un monde en pleine évolution, vivant, assez similaire à celle que connaîtra la France dans les années trente. Le dessin de Pellejero est superbe. L’Impertinence d’un été, T1, Dupuis, 14,50 E.

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