09.05.2008
La série très noire de Casterman
C'est une association, celle de Payot / Rivages et de Casterman pour nous servir, bien serrés et noir à souhait, une collection de polars en images à raison d'une demi-douzaine de titres par an. Des polars encore ? Certes, mais avec ces albums signés par quelques-uns des plus grands noms de la littérature policière et crayons du moment, il y a de la rumba dans l'air, les malfaisants sont de retour. Chacun d'eux nous montre des talents cachés, inattendus et innovants dans un format ramassé et une pagination qui flirte avec les 120 pages (16,95 € le titre).
Quatre titres ouvrent ce bal des maudits. Dans le sordide campagnard, Pelot et Baru font forts avec Pauvre zhéros, une somme de méchanceté primaire et de connerie ordinaire. Un orphelinat où il ne fait pas bon vivre, un ancien d'Algérie taquin, un manouche sentimental, des chats voraces et une belle explosion finale, c'est sacrement bien tourné. On passe ensuite à une Nuit de fureur par Matz et Thompson au scénario, sur le dessin de Hyman. Un bled US des années quarante, une "balance" à trucider, un tueur aux airs de premier communiant et deux femmes qui ont du caractère, trop même. Le tout ne peut que mal finir et en couleur en plus. Bel exercice de style qui prend aux tripes. Pierre qui roule, de Donald Westlake et Lax, apporte une jolie touche d'humour, noir certes, mais qui détend. Une poignée de lascars finira par doubler l'escroc qui les emploie. Enfin Sur les quais, on ne présente plus. La version de Rodolphe et Van Linthout a le vrai parfum du cinéma des années cinquante. J
Parfum de thym
Autant rester noir et corsé avec ce Garrigue et son parfum de thym qui cache celui, moins agréable, des embrouilles mortelles d'une bande de copains dans un petit village du Sud. Martial, un gendarme à la retraite, se penche sur le passé de son ami Rémi avec lequel il montait des affaires pas nettes. Et il va vite découvrir que personne autour de lui n'a vraiment la conscience tranquille. Étude de milieu, polar, manipulations, suspense, tout y est dans ce premier tome. Corbeyran maîtrise une histoire subtile que Berlion, comme à son habitude, met en musique et cadre avec brio. Garrigue, éditions Dargaud, 13 €. Depralon en balade
Il a quitté sa retraite d'Uzès pour parcourir les Boutières près des monts d'Ardèche. Dessinateur, plasticien, Gérard Depralon est l'un de ces rares artistes qui ont la magie de l'émotion au bout des doigts. En accomplissant ce reportage dessiné, Depralon a rendu compte, témoigné à partir des centaines de photos prises par lui sur le vif dans ces petits villages qui parsèment les Boutières, au nord de Privas. C'est dans son atelier qu'il a ensuite, à partir des photos réalisées, créé un superbe album en noir et blanc qui se feuillette comme un merveilleux voyage au pays de l'authentique. On vit le pays qu'on voit, Fabrique du Pont d'Aleyrac.
Mai 68, une belle histoire
Véro a dix ans en Mai 68, un grand frère qui écoute du rock et a un portrait du Che dans sa chambre. Véro regarde Bonne nuit les petits et lit Mademoiselle Age Tendre. C'est elle qui est le guide et le témoin de cet album illustré signé par Yvan Pommaux et Pascale Bouchié, Véro en mai, paru à l'Ecole des Loisirs. On est littéralement plongé dans la vie quotidienne d'une famille française de l'époque. Tout colle dans le moindre détail. Un album souvenir pour les uns et découverte pour les autres.
Labiano était dérnièrement à mla Fnac de Montpellier. Avec le tome 4 de sa série Black Op (Dargaud), le Toulousain surfe sur un genre qui a le goût savoureux du thriller et de la politique-fiction. Sur un scénario de Desberg, Hugues Labiano a mis son dessin au service de son héros, Floyd Whitman, un agent qui s'est engagé dans la CIA après la mort de son père tué par les Soviétiques. Et pour se venger, le jeune Floyd va devenir l'un des plus actifs espions, dont la mission sera de déstabiliser l'Union Soviétique en aidant la mafia russe à noyauter le système.
En réussissant au-delà de toutes espérances, Floyd et son équipe vont en fait se retrouver avec un sacré problème sur les bras quand implose l'URSS. La mafia toute puissante va s'expatrier et devenir un ennemi redoutable sur le sol même des États-Unis. Dernier témoin des manigances de ses supérieurs, Floyd devient l'homme à abattre. Avec une maîtrise excellente du découpage et du cadrage, qui donne à sa BD un ton sûr et prenant, Labiano, dont on avait aimé dès ses débuts Matador ou, avec Dufaux, Dixie Road, sans oublier l'inquiétant Mister George, affirme avec Black Op sa capacité à traiter tous les genres. Il a, en prime, des ambitions d'auteur complet dont le Sahara pourrait être l'inspiration. Quand il aura terminé le tome six de Black Op.
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20.04.2008
Bravo à Bravo : Spirou a enfin un vrai passé
Quand à la fin des années trente un petit groom devient le héros d’un journal belge pour enfants personne ne se serait douté que soixante-dix ans plus tard Spirou, car c’est de lui qu’il s’agit, serait encore un personnage incontournable de cette BD qui a désormais pignon sur rue et s’offre le luxe d’avoir conquis le marché de l’art moderne.
Avec Spirou, Le Journal d’un ingénu (13 €) que signe Emile Bravo chez Dupuis au dessin et au scénario on sait enfin pourquoi Spirou est Spirou, pourquoi il est groom dans un hôtel, que son meilleur ami est Spip l’écureuil qui a une conscience, que Fantasio est un reporter en mal de scoop, que Spirou plait aux filles, les embrasse et qu’en prime il aime la liberté et la démocratie.
Avec un dessin dans la ligne de Rob-Vel premier dessinateur en 1937 de Spirou Emile Bravo (dont l’album Ma Maman est partie en Amérique est un vrai bonheur primé à Angoulême cette année) a avec talent, humour et beaucoup d’idées donné sa carte d’identité à Spirou dans une Belgique qui devient pour l’occasion en 1939 la plaque tournante des tractations qui vont aboutir au dépeçage de la Pologne et à la seconde guerre mondiale. Le tout avec des références tout à fait volontaires au vrai héros de l’époque un certain Tintin reporter qui des culottes de golf. Sans oublier des bases historiques évidentes qui n’alourdissent en rien le scénario bien au contraire.
L’action est bien menée par Bravo qui tout en respectant le côté nostalgique a su apporter sa propre vision de cet ingénu de rouge vétu et qui le restera ensuite avec Franquin, sommet jamais vraiment revisité hormis par Tarrin avec son récent Tombeau des Champignac.
Le pari pour Bravo était osé, voire difficile car on sort avec son album du simple cadre de la jeunesse du héros qui sera selon Fantasio le plus ridicule avec son costume rouge de tous les héros présents et à venir. Bravo a su séduire avec intelligence. Son découpage et son trait y sont aussi pour beaucoup. Pudique, souriant, émouvant, Bravo a désormais Spirou pour fils adoptif.
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19.04.2008
Calamity Jane, libre et insoumise
C’est une vraie légende de l’Ouest, de cette conquête qui vers les trois quarts du XIXe siècle restera à jamais dans la mémoire universelle, verra une nation devenir adulte, les Etats-Unis, et sera mise en vedette par le cinéma, la littérature et la BD. Histoire d’hommes, à la John Wayne ou à la Eastwood , à la Blueberry ou à la Cartland , à la Jerry Spring mais aussi de femmes.
Martha Jane Cannary était l’une d’entre-elles. Calamity Jane sera son surnom. On la connaît tous mais pas vraiment. En signant sa biographie sous la forme d’un premier album en noir et blanc qui retracent les années 1852 à 1869 Matthieu Blanchin au dessin et Christian Perrissin au scénario en dédicace dernièrement à Montpellier ont voulu aborder des thèmes autres et ne pas se limiter au seul portrait d’une femme d’exception, certes, mais qui contrairement à ce que l’on peut croire est un exemple parmi d’autres dans ce monde violent et sans pitié. « C’est vrai que Morris dans un Lucky Luke en avait fait un personnage de garçon manqué mais en découvrant les lettres que Martha Jana avait écrit à sa fille c’est la femme qui transparaît, un caractère fort mais qui a du se battre pour pouvoir survivre que ce soit dans une nature impitoyable que dans une société faite avant tout pour les hommes ». Christian Perrissin a pris fait et cause pour Martha. « J’ai écrit le chemin de fer de sa vie sans être en fait toujours sûr de tous les épisodes qu’elle raconte en enjolivant souvent ».
Au dessin Blanchin a réussit à cadrer l’environnement évidemment réaliste du décor sans tomber dans le piège de l’excès. Son dessin que l’on avait aimé dans Le Val des Anes allie finesse, légèreté et humour. Il s’est totalement plongé dans cette aventure qui devrait en finale comporter trois albums. « Calamity est ma priorité. Je travaille comme si l’album devait être pré publié. J’ai tenté la couleur mais finalement c’est l’encre de chine et le lavis qui l’ont emporté. Je suis moins à l’aise avec la couleur. Et il nous aura fallu près de six ans pour concrétiser ce projet » enchaîne Blanchin.
De petits boulots en place de cantinière ou de blanchisseuse Martha Jane coupera ses cheveux, s’habillera en homme et Winchester à la main mènera en selle les convois vers l’Ouest ou sera guide dans la Cavalerie. Elle qui pourtant adorait par-dessus tout les belles robes restera à jamais une fille de l’Ouest amoureuse du célèbre pistolero Wild Bill Hickok qui sera, on le pense, le père de sa seule fille. Hickok sera abattu par derrière dans un saloon. Marthy Jane mourra à 52 ans.
Avec ce roman graphique de sa vie on se rapproche grâce à Blanchin et Perrissin d’une femme authentique, libre, insoumise. Avec émotion et tendresse. (Martha Jane Cannary, les années 1852-1869, Futuropolis, 22 €)
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16.04.2008
Tarrin et son lémurien signent le journal de leur vie
Le lémurien, c'est donc le dessinateur Tarrin tel qu'il s'est imaginé et raconté en dessins sur son blog qui rameute un peu plus de 10 000 contacts par jour. Un beau score. D'où le passage au papier qui lui « permet de prendre mes distances avec un récit finalement autobiographique. Les personnages animaliers sont parfaits pour ça. Je voulais aussi que le quotidien, parfois dramatique, puisse faire sourire ».
Tarrin s'exprime en toute liberté. Le lémurien va donc vivre la galère de son déménagement à Montpellier. Et l'arrivée de son copain Cyril, un canard tout noir, qui n'accepte pas sa schizophrénie : « Il fallait que je trouve un personnage et une forme graphique qui puisse encore une fois coller et désamorcer la tension de certaines situations. L'exagération aussi permet de restituer avec plus de précision les traits de caractère et physiques. » Cyril est un peu la pièce maîtresse du carnet. On le suit dans ses rares moments de lucidité à travers ses tourments psychiques et la négation de sa maladie.
Des histoires courtes ou plus développées, une chronique sentimentale avec la jolie Lolita, qui lui collera un bleu au coeur, Fabrice Tarrin a vécu tout ce qu'il raconte dans ce journal. « Même ce qui paraît énorme est parfaitement authentique dans ses histoires. Le lémurien est le modérateur, un témoin souvent acteur et en rupture de plombs devant des situations délirantes. » Lewis Trondheim n'est pas étranger aussi à la mise en bulles des aventures du lémurien Tarrin : « Il m'a motivé afin que j'abandonne le côté trop parodique ou caricatural du dessin, voire des situations. Et je montre effectivement comment il m'a conseillé tout au long de l'élaboration du journal. » Après avoir signé dernièrement un Spirou, Fabrice Tarrin a donné vie à un lémurien qui lui ressemble beaucoup. Mélange d'inquiétude, de tendresse et d'humour, ce journal à deux mains et deux pattes a le drôle de pouvoir de faire rire tout en suscitant l'émotion. Bien vu.
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27.03.2008
Les aventures africaines de Blake et Mortimer
Dans le calme de son atelier parisien, André Juillard feuillette les planches de son nouvel album : « Je ne suis pas très à l'aise avec la science-fiction, mais j'adore les années cinquante, le côté british. Dessiner cet album a été très plaisant. » La SF revient en effet en force dans ces aventures africaines. « L'archéologie également dans un contexte de mondes perdus dans la droite ligne de Jacobs. Souvenez-vous de l'Atlantide, de La Marque Jaune. » Une évidence : ces aventures au Gondwana ont une saveur subtile, celle de la maturité. « Yves Sente a toujours voulu faire voyager Blake et Mortimer. Il a eu l'idée de mettre des petits drapeaux sur une mappemonde pour matérialiser leurs voyages. Et l'Afrique oubliée s'est imposée comme destination. » Du coup, Juillard s'est lancé dans des paysages de savanes avec éléphants, lions ou lycaons. « J'avais beaucoup aimé le film Hatari avec John Wayne. » Un clin d'oeil.
Mais l'Afrique n'est pas seule au rendez-vous. « On va retrouver dans cet album des personnages secondaires, parfois oubliés, créés soit par Jacobs lui-même ou par Ted Benoit. Cela a été agréable de les faire revivre. » Une piste de plus pour confirmer qu'il y a beaucoup de surprises dans ce tome qui suit de près le dernier album, Les Sarcophages du 6e continent, dans lequel des pistes avaient été ouvertes pour la suite.
Pas un mot de plus, by Jove, comme dirait Mortimer, car le suspense est seul maître à bord. Yves Sente a bien ficelé son scénario. « Il prévoit tout avec un découpage scrupuleux. Car si on oublie le moindre boulon, la mécanique se grippe », poursuit Juillard. On apprendra aussi que Mortimer écrit ses mémoires. Juillard se consacre pour l'heure à la suite des aventures de son autre personnage, Lana, sur un scénario de Christin : « Elle sera l'héroïne d'une histoire d'espionnage moins feutrée. Je ne peux pas sortir d'une histoire quand je la commence, ni travailler sur deux albums à la fois. Côté projets, j'en ai mais je prends mon temps. » Difficile de le lui reprocher quand on se penche sur le dessin de Juillard à la fois léché, précis et réaliste. En parallèle à la sortie du S anctuaire de Gondwana est également publié un spécial Dans les Coulisses qui rassemble ses travaux préparatoires. Sans oublier une exposition de ses originaux à la galerie Desbois à Paris et une exceptionnelle vente aux enchères le 29 mars chez Artcurial qui va rassembler des oeuvres d'Hergé (un projet de couverture de Tintin en Amérique estimé à 280 000 €), de Bilal, Druillet, Guarnido, Pratt, Mattotti. Et Juillard bien sûr.
Lémurien intime
Fabrice Tarrin n'a pas une vie de tout repos. Quand il décide de venir s'installer à Montpellier le dessinateur de Violine et du dernier Spirou ne se doute pas que cela allait lui inspirer un nouveau personnage, lui-même sous les traits d'un lémurien. L'adorable bestiole fera ses premiers pas sur son blog pour devenir enfin le héros d'un journal intime dans lequel Tarrin raconte sa vie mouvementée, sentimentale, amicale. En alignant une galerie de portraits animaliers parfaitement cernés, du recul et un humour que son trait rehausse Fabrice Tarrin nous offre un joli détour tendre et séduisant. Journal intime d'un lémurien, Shampoing Delcourt, 13,95 €. Eva se cherche
Elle est dans l'air du temps, Eva. Trentenaire sympa, un brin brouillon, à la dérive parfois, Eva a un gros coeur à prendre. Alors quand elle déprime côté boulot ou amour, Eva se laisse aller sous la couette ou achète des fringues.
Flanquée de sa copine Olivia et de son portable (vital), Eva déroule sa vie au fil des planches que signe Aude Picault avec beaucoup de lucidité, de réalisme et d'humour. On sent qu'il y a du vécu dans cette Eva, qu'Aude Picault s'est inspirée de ses copines. La solitude, elle n'en veut pas, Eva. Aude Picault a trouvé une Eva qui se cherche, on le souhaite, encore longtemps. Eva, Glénat, 10,90 €.
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17.03.2008
Biker fou
Auteur montpelliérain Fane a signé, il y a un an, avec Téhy, l'un des meilleurs romans graphiques de la saison, Petites Eclipses, saga estivale de couples en crise.
Avec la reprise de son héros Tunny Head, un biker fou et surréaliste dans la déraison, c'est une autre facette de son talent qui fait découvrir Fane en toute liberté conceptrice.
Tunny Head est sanguinaire, un brin abruti mais capable quand même de brefs éclairs de lucidité. Les cadavres jonchent sa route. Fane fait de Tunny une sorte de chevalier de l'apocalypse rigolo et philosophe cynique. Un agréable retour. "Tunny Head", Editions 12 Bis, 19 €
Piège à loup
Didier Tronchet nous offre une superbe histoire noire et tendre, une comédie dramatique à rebondissements, un polar social qui se découvre et se déguste avec délices.
Un gynécologue en mal d'aventures amoureuses s'associe à un brave type paumé avec un gros coeur et une Roumaine charmante qui va balader son petit monde pour la bonne cause. François, Jacky et Iléna se heurtent à une mafia de la prostitution. Et découvrent amour vrai et amitié.
Un beau suspense, un Tronchet en plein élan créatif, un humour acerbe, 120 pages de talent aux héros romantiques. "La Gueule du loup", Futuropolis, 19 €
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07.03.2008
Un joli lot de drôles de dames
La parité serait-elle en train de montrer le bout de ses cases en BD ? Les héroïnes sont en effet de plus en plus nombreuses au fil des nouveautés. Dernière en date Ely, qui dans la série Damoclès (Dupuis, 10,40 €) est à la tête d'une équipe de gardes du corps chargés de la protection rapprochée de personnalités. Les agents de Damoclès font dans le haut de gamme et n'ont pas droit à l'erreur. C'est à Londres dans un futur proche que Ely et son équipe vont avoir à protéger Saïd, le fils d'un magnat de l'armement qui sera enlevé si son père ne met pas un terme à ses trafics.
Callède au scénario et Henriet au dessin ont mis en place une héroïne certes de choc mais avec ses faiblesses et ses doutes. Efficacité dans le dessin et l'histoire, des personnages bien campés, Damoclès a le rythme des bons thrillers.
Avec le tome V d'Agence Hardy (Dargaud, 10,40 €) on retrouve Edith, détective privé à la fin des années cinquante. La dessinatrice Annie Goetzinger et son complice Pierre Christin au scénario ont envoyé Edith enquêter à Berlin qui sera bientôt coupé en deux par le fameux mur. Elle va y retrouver un agent américain qui lui fait les yeux doux. Belle ambiance et reconstitution parfaite des années de guerre froide pour Edith qui, elle aussi, doit éviter que le fils d'une personnalité soit enlevée.
Enfin, un coup de coeur pour la brune Poison Ivy (Dargaud, 10,40 €) et ses copines signées Berthet et Yann. Dans le tome V, Baraka à Bir Hakeim elles vont voler un convoi d'or pour Roosevelt. Bel humour historique pour ces drôles de dames qui vont affronter, pas moins, l'Afrika Korps de Rommel en plein désert, se moquer avec le sourire des Français. Une série qui est arrivée à maturité en particulier au nivau scénario avec plein de clins d'oeil entre autres cinématographiques. Un vrai plaisir et un Berthet toujours aussi agréable au dessin.
Dans le Delta
Des pirates sanguinaires, le fils un peu niais mais bon coeur d'un noble fort riche, une jeune indienne, Lina, esclave des boucaniers, voici les protagonistes de cette nouvelle série. Gabriel, l'héritier, sera libéré par Lina qui a des pouvoirs magiques et va lui apprendre à vivre.
Johan et Pirlouit, l'intégrale
On a oublié que Peyo avait inventé les Schtroumpfs comme personnages secondaires de sa série Johan et Pirlouit. Au tout début des années cinquante Peyo publie dans Spirou les premières planches de Johan, page du Roy, un jeune homme courageux qui va déjouer complots et trahisons. Johan sera rejoint bientôt par le nain Pirlouit, un joyeux luron qui apporte une touche d'humour à la série. Avec la réédition du premier volume des aventures de Johan et Pirlouit on a redécouvre toute une époque de la BD, celle d'un dessin superbe, vivant, touchant dont Peyo était l'un des maÎtres. Intégrale Johan et Pirlouit, T 1, Dupuis, 17 €.
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24.02.2008
Les débuts prometteurs du futur Holmes
Sherlock Mattiews, un jeune archéologue déluré, rentre d’urgence en Angleterre où sa mère vient de se suicider. Son frère Mycroft le rejoint dans le manoir familial. Sherlock va le convaincre à l’aide d’un faisceau de preuves irréfutables que leur mère a été en fait assassinée pendant l’absence de leur père, un riche industriel. Les deux frères vont remonter jusqu’au commanditaire du meurtre, un certain Moriarty. On se doute bien dès le départ que ce Sherlock sera un jour le Holmes de Baker Street sans encore son Docteur Watson. Ce sont ses origines et les raisons qui pousseront le maître de la déduction à devenir détective que nous dévoilent ce premier tome. Un bon suspense bien mis en place. Le dessin de Le Hir est fidèle à l’ambiance de l’histoire. Sherlock T1/ Didier Convard / Eric Adam/Le Hir / Glénat
Drôles de dames dans les sables
Et, coucou les revoilà les drôles de dames du Président Roosevelt. Elles ont toutes un don, un pouvoir qui va leur permettre, pendant la seconde guerre mondiale, d’aller accomplir des missions dangereuses mais vitales pour l’avenir du monde libre. On les avait quittées en Chine. Dans ce dernier volume, le troisième de la série, Baraka à Bir Hakeim (titre qui n’aurait pas déplu à Jean Bruce pour l’un de ses OSS 117), on les retrouve en 1942 avec la brune Poison Ivy à leur tête dans les sables du désert de Lybie.
Pour ceux qui ne savent pas, à Bir Hakeim celle année là, une poignée de soldats de la France Libre du Général de Gaulle ont bloqué l’avance des Allemands de Rommel et permis la prise de Tobrouk par les Anglais. Un tournant du conflit. Nos six pétroleuses ont, elles, un autre objectif, le pognon, le stock d’or que les Français Libres ont mis à gauche pour se payer du matériel. Et ils y vont carrément la femelle Troll, l’aveugle à l’ouie de radar ou l’iceberg ambulant sans oublier la brunette des bayous qui « roule des pelles » mortelles. Dans le plus pur style « Morfalous » ou « Un Taxi pour Tobrouk ». Des clins d’œil cinématographiques Yann et Berthet s’en offrent de beaux.
Des traîtres, des amourettes, de l’action et des filles superbes, ce tome 3 est excellent. Parodie, humour décalé, on sent que les auteurs ont atteint leur vitesse de croisière sans prétention. Berthet sait parfaitement bien doser son dessin en gardant réalisme et crédibilité, flirte joliment avec la caricature. Adhésion garantie. Les exploits de Poison Ivy, T3, Baraka à Bir Hakeim / Yann et Berthet / Dargaud, 10,40 E.
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21.02.2008
Balade à travers le monde de l'enfance
Un monde délicat que celui de l'enfance. Deux albums se sont emparés à des degrés divers de cet univers dont on garde toujours la nostalgie.
Le premier, Oh les Filles (Futuropolis. 15 €) est signé Emmanuel Lepage au dessin et Sophie Michel au scénario. On y suit le destin de trois petites filles, Chloé, Leïla et Agnès de leur naissance à la pré-adolescence. Tout pourrait les séparer. Leïla est maghrébine, Chloé ne sait pas qui est son père et Agnès est élevée par une nounou qui compense les carences affectives de ses parents très occupés par leurs boulots. De leur naissance qui campe le décor à leurs années de maternelle et de primaire on suit leurs caractères qui s'affirment. Leila fera face au racisme, Chloé voudra devenir une danseuse classique et Agnès sera la rebelle du trio. Rapports mère fille, tensions et joies simples de l'enfance, Lepage à qui l'on doit Muchacho et La Terre Sans Mal a trouvé avec le texte subtil de Sophie Michel, qui fait ses premiers pas en BD, un terrain où il excelle. Son dessin colle au sujet, enflamme ses personnages. Il y aura une suite à cette première partie.
Plus traditionnel Aventures sur l'Aber est signé par Adelson et illustré par Patrick Jusseaume (Gibus. 12,35 €). Ils sont quatre enfants dont une petite fille. Et dans cette Bretagne du bout du monde où ils vivent ils partent en expédition à la découverte des mystères de l'Île de l'ermite. Une balade en barque, un trésor introuvable et un ermite colérique, on retrouve avec plaisir toutes les joies vraies et simples de l'enfance sans fard ni cynisme.
Yazukas en guerre
Les clans de Yazukas de la maffia japonaise s'affrontent à Tokyo. Seul le Gaijin, Alex Otoishi, un détective métis est capable de sauver la paix en ménageant le fragile équilibre qui règne. Le Gaijin ne travaille que pour les Yazukas qui le respectent mais cette fois il doit protéger un policier témoin d'un meurtre qui peut faire basculer l'édifice. Deux auteurs italiens, Blengino et Pier Gallo sont aux commandes de cette nouvelle série particulièrement efficace. Un vrai thriller, nerveux et mené à cent à l'heure. Un excellent scénario et un dessin qui colle à l'action par son réalisme. Une guerre des gangs qui commence bien. Gaijin T1, Delcourt. 10,50 €
Invasion martienne
Un album atypique cette histoire d'invasion de notre douce Terre par des Martiens qui prennent l'apparence humaine. A la fin des années soixante scrupuleusement reconstituées un pilote canadien qui a été un héros de la guerre mondiale contre les Asiates devient le fer de lance de la résistance à l'envahisseur.
Une ambiance à la Jacobs qui rappelle aussi celle des meilleurs films de SF et polars des années 50, des décors prodigieux de réalisme, un dessin étonnant par sa vigueur et son indépendance, Grégoire Bouchard a signé 150 pages qui vont faire date. Une suite peut-être ? Vers les Mondes Lointains, Paquet. 19,50 €
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14.02.2008
Félicitations M. le Président
On commence par le dernier en date, Contes de fées à l'Élysée (Vents des Savanes). Jul, dessinateur de presse, a anticipé le mariage de Nicolas et Carla. Et il s'est même un peu trompé dans le décorum. Liste de mariage, les invités, Jul s'offre un petit voyage en Egypte et à Disneyland. Le tout avec férocité.
Dans France Terre d'asile (Le Lombard) c'est Maëster, auteur de l'inénarrable Soeur Marie-Thérèse qui caricature à tour de pinceaux. Ratissage très large mais Maëster avoue une petite faiblesse pour une vision napoléonienne du Président très présent dans l'album mais comme le dit Maëster « c'est pas ma faute s'il monopolise la politique en France ». On revient sur deux albums pas vraiment tristes. Bonne fête Nicolas (Vents des Savanes) rassemble les dessins signés Cabu, Jul, Wolinski ou Riss.
Y a du lourd et du décapant dans le lot. Idem pour Nico Shark (Delcourt) de Frantico. Une fable dont le héros, Nico, dirige une entreprise multinationale avec un directeur général qui ressemble beaucoup à un certain Fillon. Dernière parution en date, Sarkorama (Dargaud 8,50 €). Pétillon s'en donne à coeur joie avec ses dessins de presse qui ont pour la plupart Nicolas Sarkozy comme héros.
La garde meurt
Une découverte, celle de l'Américain, David Petersen, et de l'univers qu'il a bâti autour de la Garde qui protège le monde des souris. Un territoire en pleine anarchie peuplé de monstres où l'on se bat pour le pouvoir, la Garde doit déjouer complots et trahisons. Le dessin de Petersen est superbe, d'un réalisme élégant. Ses souris dont les trois gardes qui sont les héros de l'aventure, Kenzie, Saxon et Lieam s'imposent par leur charisme et leur graphisme.
On suit pas à pas l'épopée de cette Garde qui affrontera un traître en son sein et une armée qui risque de prendre leur forteresse. Incontournable. Légendes de la garde", Petersen, Gallimard, 18,50 €
Fascination
Pénélope Bagieu est une jeune femme qui en racontant sa vie fait oeuvre de bienfaisance. En jetant un regard sans concession sur elle-même, en se moquant de ses petits travers, en tenant son blog ou en égratignant copines et copains, Pénélope Bagieu fait rire et décontracte sacrément l'atmosphère. Dans son recueil de dessins qui sont autant de saynètes piquantes, tendres et drôles elle donne aussi une image juste d'une jeune femme d'aujourd'hui. Sur une ou deux pages Pénélope se livre et enrage avec la vie quotidienne pour décor et ses amours transis. Ma Vie est tout à fait fascinante, Pénélope Bagieu, Gawsewitch, 15 €
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