22.03.2009
Le regard de l’autre
Récompensé cette année à Angoulême par un Essentiel dans la catégorie Révélations pour Le Goût du chlore Bastien Vivès a de quoi être heureux. Et nous aussi. Du haut de ses 24 ans avec beaucoup de discrétion, de douceur et d’humour il s’impose sans bruit, en finesse avec un talent jeune et authentique. Dans mes yeux est son nouveau titre. Un format bouquin de 133 pages nous raconte une histoire d’amour dont chaque lecteur est l’acteur privilégié.
Au lieu de mettre en scène deux personnages, de les dessiner à plat, le lecteur n’étant que le témoin extérieur, Vivés nous propose d’être son propre regard face à cette jeune fille dont il tombe amoureux dans une bibliothèque. Vue directe, des yeux caméra, les siens, les nôtres, on court de page en case, sur fond de fusain ou pastel très coloré. Des petits chapitres scandent les étapes de cet amour éperdu aux formes rondes. Dans mes yeux est osé. Car la forme, le suivi un brin voyeur, des dialogues à sens unique - seule la belle en face de nous parle – aurait pu dérouter obligeant le lecteur à s’identifier sous contrainte. Au contraire.
On adopte dès la première page le mode d’emploi. La jolie rousse nous charme, seul visage détaillé et dessiné avec précision. Les seconds rôles n’ont droit qu’à des esquisses. Premier baiser, des lèvres qui se tendent vers nous, balade dans le métro, jalousie, tendresse, Vivès raconte ces moments qui font les belles histoires d’amour et laissent les plus beaux souvenirs. On ne saura jamais le nom de la jeune fille rousse qui a pris son cœur au fond ses yeux. Un travail sensible, fin et bien construit. Vivès confirme. « Dans mes yeux » / Bastien Vivès / KSTR
16:11 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe, Parutions BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.02.2009
Bilal avec Animal'z : un plaidoyer somptueux
Il y a deux ans, à la sortie de Quatre ? Enki Bilal avait déjà en tête un scénario avec pour thème l’écologie selon lui « le seul vrai combat qui reste à mener ». Il a su aller jusqu’au bout de son envie. En signant les 100 superbes pages d’Animal’z Bilal a fait pris avec force et talent la défense de la planète dont il nous disait déjà au début des années 2000 que « l’état dégradée de notre Terre était une épée de Damoclès qui se balance en permanence au dessus de nos têtes ». Bilal a aussi emprunté une nouvelle piste graphique, rompant volontairement avec ses précédents albums. Il ouvre un autre registre, une autre période qui durera selon son inspiration le temps de cette album ou plus.
C’est sur les flots bleus gris de la Méditerranée que s’ouvre le rideau de cette aventure. Elle a pour toile de fond une planète à l’agonie, la nôtre. Tempêtes, tsunamis, froid, un dérèglement climatique a dévasté la Terre. La nature en colère a fait payer le prix fort aux hommes, celui de la fin d’une civilisation basée sur le gaspillage et le pillage des ressources. L’eau potable est le bien le plus précieux que l’on ne trouve désormais que dans quelques rares havres de paix préservés mais difficilement accessibles. Pour tenter d’y parvenir il ne reste que la mer sur des bateaux en mauvais état vers un détroit, un passage, le D17.
C’est une poignée de survivants en route pour la terre promise qu’a rassemblé Bilal. Un périple sans retour possible pour Bacon, Lester Outside, Ana, Kim, son père Ferdinand Owles créateur des hybrides et sa mère Louise. Bacon est donc l’un de ces hybrides capable de se métamorphoser en dauphins tout en gardant leur conscience humaine. Un aller retour de l’homme à l’animal possible dans les deux sens. Un « animal’z » comme Kim que son père a pris comme cobaye, un bien curieux docteur ce Owles, savant fou ou génie précurseur.
Sur leur route maritime puis glacée, sur des icebergs qui fondent il y aura ces monstres que la rupture climatique a engendré. Ils ont perdu tout repères sociaux ou moraux, cannibales qui dévorent le voyageur égaré, une métaphore de l’ogre que peut devenir l’homme. Il y aura aussi un cavalier monté sur son cheval-zèbre, un pale rider à long manteau. Il manie la citation avec autant de précision que son revolver. Et une baleine, mammifère marin qui reconnaîtra en cette poignée d’humains de possibles interlocuteurs, des survivants qu’il faut épargner.
Avec un ton très pictural Bilal cadre simplement son action. On parlera peut-être de western écologique. Ce serait réducteur. Bilal scande son discours par des péripéties multiples où pointe l’humour. Quant au dessin il est tout simplement beau. Cases larges, nuances des gris, décors sobres et précis, expression des corps et humanité des visages, Bilal a écrit une œuvre prenante, émouvante, intelligente. Son message est clair. La nature reprend le dessus, joue avec les humains qui devront négocier s’ils ne veulent pas disparaître. A moins qu’il ne soit déjà trop tard. « Animal’z » /Enki Bilal/ Casterman
12:08 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bilal, casterman
11.01.2009
Mon palmarès 2008 : les meilleurs
Cette sélection je l'ai faite à la demande de Frédéric Bosser, directeur de la rédaction du mensuel DBD qui sortira mi-janvier. Elle correspond à mes coups de coeur 2008 parmi un nombre d'albums sortis toujours en expansion. Le pire et le meilleur, Bravo, Blain, Baru, Servais, Giardino. Oui, je sais, je suis classique en diable. Mais il y aussi Colonel Moutarde, Bonhomme et plein d'autres. Dupuy et Berberian seront les présidents d'Angoulême 2009 dans quinze jours. On se prépare un beau palmarès à coup sûr. Pour l'heure, voici très résumée mon année 2008.
Meilleure série : Tramp,
une prise d'ogae volontaire
Ils sont deux. Enfin trois. Aucun n’est excusable. Je suis devenu leur otage. Les deux premiers, et Patrick Jusseaume (à gauche) et Jean-Charles Kraehn (à droite sur la photo au festival ed Fabrègues en 2006) sont des créateurs, des faiseurs de rêve, des raconteurs d’histoires, un scénariste et un dessinateur. Et puis il y a le troisième, Yann Calec, leur héros et le chef de la bande, un marin qui bourlingue sur les mers du globe au rythme que lui impose le duo précédent. A eux trois ils ont mis au monde une série, Tramp, une balade formidable au long court sur un liberty ship, ces transporteurs de troupe recyclés après la guerre. Et moi j’ai mordu, accroché au roulis du rafiot et des péripéties dramatiques qu’à chaque album ils m’imposent, geôliers souriants d’un otage qui accepte son sort.
De Rouen où a commencé la saga à la Pointe Noire où à Saigon où elle a trouvée aujourd’hui son très provisoire port d’attache, Tramp a accroché mon imaginaire, m’a embarqué à son bord depuis le premier album, un peu par hasard, je l’avoue. Une lecture automatique et le piège s’est refermé. Depuis j’en ai suivi les escales aux côtés de Calec, un type qui ne demande qu’à être tranquille, naviguer en paix, et qui en voit de toutes les couleurs. Un atypique qui manque de finir ses jours au bagne. Bien fait. Il aurait dû y rester. Un increvable Calec, un breton bien sûr. Ce n’est pas Marius, Calec. Ils n’ont que mer en commun tous les deux et peut-être un petit air de tombeur, le regard ravageur. Pas des marins pour rien.
Huit albums déjà et un neuvième qui va venir clôturer le troisième cycle en 2009. Il a pour cadre cette Indochine ex-colonie française qui a depuis des lustres envahi mes passions et mes recherches. Mais plus encore ce sont toutes les facettes de l’âme de Calec qui me tiennent en haleine. Le secret de Tramp est cette alchimie indéfinissable qui permet à un scénariste et à un dessinateur de ciseler leur créature à la perfection, de la faire vivre, grandir, vieillir, lui bâtir un destin.
Le dessin de Jusseaume n’est pas étranger non plus à mon attachement pour Tramp. 1993 à 2008, une évolution, un travail de fond sur les formes, le trait, Patrick a donné cœur et âme à Calec. On le sent à chaque case. Otage je suis et resterai. Le syndrome de Stockholm a encore frappé.
Meilleur album francophone : Gus 3
Du nerf, de la cuisse, un sacré cru
Jamais déçu. La première fois que j’ai rencontré Christophe Blain on attendait à Angoulême la proclamation des prix. Le tome 1 d’Isaac le pirate tenait la distance. Pour tout dire j’espérais que ce serait lui l’heureux élu et comme j’avais bénéficié d’une indiscrétion j’en étais à peu près sûr. Blain m’avait bluffé par sa discrétion, sa finesse d’esprit tout au long de l’interview. Il était comme investi par son travail très loin de l’image que l’on m’avait donné de lui, interrogateur sur son art, soucieux du regard des autres, l’esprit projeté déjà vers d’autres cieux.
Complètement subjugué par Gus dès la sortie du premier tome j’avais rebondi sur l’occasion de le rencontrer à nouveau pour cette soudaine escapade dans un genre aussi classique après les pirates que le western. Et banco. Voilà que je retrouvais un Blain à l’identique, pointilleux et pétillant quand on évoquait nos références cinématographiques de Rio Bravo à La Rivière sans retour. Un moment rare avec ce Gus qui s’inscrivait dans une sorte de course cycliste de montagne. Blain pédalait en danseuse, gravissait la montée de l’Alpe d’Huez sourire aux lèvres semblant nous dire : « Alors, après Isaac, vous n’y croyiez pas n’est-ce pas ? ». Un vrai bonheur ce Gus. Jamais déçu. Et arriva cette année le 3, Ernest, une sorte de journal de jeunesse du joueur de poker au long nez. J’ai déjà dit dans un numéro précédent tout le bien que je pensais de ce sacré Gus, de la maîtrise de Blain. De ses doutes aussi car, pudique en diable, il sait les laisser transpirer.
Gus alors ? On chevauche avec lui, on joue du Colt, on sourit aux filles, on se prend pour un cow-boy. Pertinence de l’histoire, humour et intelligence, imagination, couleur, jamais déçu. Gus 3 a tout cela. Du nerf, de la cuisse, du bouquet et de la rondeur. Un cru comme il y en a peu, le meilleur de toutes les cuvées francophones de l’année.
Meilleur album étranger :
La nuit d'enfer ilustrée par Spiegelman
Une musique que l’on entend au premier regard. Etonnant, non ? Les yeux qui remplacent les oreilles ou le contraire je ne sais. Aucune idée de qui était Joseph Moncure March, redoutable anonyme au moins pour moi, qu’une traduction et le choix d’Art Spiegelman projetait d’un seul coup vers mes neurones qu’il ne quitterait plus. Au point de le relire trois fois.
La Nuit d’enfer est un texte qui vous marque, vous envahit et vous laisse sans voix. Rare. On saute sur les lignes, d’un mot à l’autre, le regard glissant vers les illustrations.
Boris Vian, pourquoi est-ce que je pense à Vian ? Par rapprochement sûrement avec J’irai cracher sur vos tombes, roman noir, désespéré et sexuellement violent que Vian a signé sous le nom de Vernon Sullivan en 1946. Ambiance jazz, Vian encore le musicien cardiaque, et Spiegelman qui habille de traits en noires et blanches le texte haché de March scandé par les sons plaintifs d’une trompette désespérée.
La mise en page se pare des habillages de Spiegelmann, se drape au creux des mots, des tournes et des signes, aérienne.
Vian encore et son roman jugé obscène comme le texte de March. Révolte pour les deux. Années folles ou ségrégation, au choix. Enfin il y a le livre, l’objet, couverture du couple enlacé qui n’échappera pas à son destin, dos toilé. On ne se refait pas. March, Spielgelman, un livre qui apporte un bonheur sans pareil.
Meilleure intégrale : Spirou 6
Un tournant, c’est celui que prend Franquin en signant Le Prisonnier du Bouddha, album leader de l’intégrale 6 des aventures de Spirou et Fantasio, fleuron de l’année 2008. Rétrospectivement cette exfiltration d’un scientifique prisonnier des Chinois a une connotation politique qui a échappé aux regards de l’époque. Pour un peu on parlerait du Tibet, du Dalaï Lama, de Lhassa. Franquin avant Cosey.
Encore que les (très) jeunes lecteurs dont je faisais partie à la fin des années cinquante se soient limités au seul plaisir de découvrir la dernière invention de Champignac, le G.A.G. Il fallait l’oser un nom pareil. Tournant aussi parce que Franquin signe un album pacifiste en pleine guerre froide peu de temps avant l’érection du mur de Berlin ou l’affaire des missiles de Cuba. Et puis il y a dans cet album et ensuite dans Tembo Tabou, Les Hommes Bulles et le superbe Petits formats toute l’équipe des copains :Jidéhem, Greg, Roba, qui vont épauler le maître.
Epoque bénie où les auteurs, véritables esclaves attachés à leurs planches à dessin, avaient l’angoisse de la publication hebdomadaire sous la houlette d’un rédacteur en chef intraitable. Le saint homme assurait ainsi notre joie le jeudi d’avoir un numéro tout neuf du journal de Spirou. Tiens pour un peu j’écraserai une larme de nostalgie et de reconnaissance pour honorer sa mémoire et celle de mon enfance disparue.
17:04 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : jusseaume, tramp, blain
05.12.2008
Les voyages asiatiques de Cosey et de Jonathan
L'actualité immédiate a rejoint Cosey. L'auteur mythique et rare de Jonathan a envoyé dans son dernier album, Elle ou dix mille lucioles, son héros bourlinguer en Birmanie, un pays d'Asie qui, comme aujourd'hui la Thaïlande, est agité de convulsions. Mais Cosey reste un habitué. Tibet, Chine, il se définit comme un dessinateur voyageur. « J'évoque les problèmes politiques malgré moi. Je n'en ai pas une vraie vision dans mes albums qui sont simplement, et depuis le début, une recherche de ce que je peux faire de mieux, une quête permanente. Jonathan est en partie l'homme que j'aurais aimé être, ce voyageur qui raconte une histoire, celle que j'aurais aimé lire. » Dans Elle (Le Lombard), Cosey a pris pour base ses deux voyages en Birmanie avec en arrière-plan la présence omniprésente d'un pouvoir totalitaire. « Je reste volontairement suggestif, pas démonstratif. Je veux que le lecteur participe. Mon héros, Jonathan, va être l'instrument d'un mouvement de résistance et la jeune femme qu'il rencontre à la fois un coup de coeur mais aussi celle qui explique toute l'histoire, qui va lui donner son sens. »
Toujours dans ce contexte asiatique dont le bouddhisme est la clé. « Les religions occidentales sont en manque. Le bouddhisme est plus facile d'accès tout en étant une véritable interrogation, plus qu'une foi », suggère Cosey. Cinq séjours au Tibet, le Vietnam, Cosey reste ébahi par le potentiel de l'Inde, autre pays touché de plein fouet ces derniers jours par le terrorisme. Reportage en BD ? Pas vraiment. L'oeuvre de Cosey n'est pas un témoignage. « L'album idéal c'est toujours le prochain. Avec "Elle", j'ai cette fois privilégié le texte et l'ambiguïté entre l'auteur, moi, et mon personnage, Jonathan, qui m'écrit. » Alchimie délicate mais réussie pour Cosey, dont Franquin et Pratt ont été les maîtres.
14:26 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cosey, lombard, jonathan
18.10.2008
La "Croisade" de Xavier
Sous la plume brillante de Jean Dufaux, le dessinateur Xavier, qui était de passage à Montpellier, s'est embarqué dans une aventure à la fois mouvementée et fantastique. En inventant sa propre Croisade, avec toutefois des chevaliers en armure ou la prise de Jérusalem devenue Hierus Halem, Dufaux a ajouté une touche surprenante de fantastique à sa série, dont le tome II, Le Qua'dj, vient de sortir au Lombard.
Bienvenue aux sortilèges, à une guerre sainte dans laquelle des puissances maléfiques vont tourmenter et décimer des humains. Le héros, Gauthier de Flandres, a préféré passer pour un lâche afin de mieux affronter ces démons qui l'entourent. Un mystérieux miroir est l'enjeu des drames que le premier épisode avait mis en place. Un miroir dans lequel, on va le découvrir, il n'est pas bon de se voir.
Cette fois, Philippe Xavier a carrément abondé sur le scénario de Dufaux. Son dessin a donné aux personnages, femmes ou monstres, vivants ou fantômes, un relief et une ampleur d'une redoutable efficacité. On aura toujours un petit faible pour ses deux héroïnes opposées dans l'amour comme dans la haine. Philippe Xavier a du souffle, sait charmer comme effrayer. Très efficace et talentueux.
18:57 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.09.2008
Nhieu et ses cow-boys zombies
Un contexte connu mais dans un univers d'héroic-fantasy cher bien sûr à la maison d'éditions Soleil, Nhieu lance sur les traces des monstres aux longues canines May, la chasseuse de vampires (dessin de droite). Mais quand les plus hautes sphères politiques du monde d'Ethyl s'en mêlent, tout se complique. Dès ses premières planches et tout au long des différents albums parus Nhieu a cadré son dessin et ses personnages. Avec lui aussi, on a compris que le manga avait joué un rôle dans ses influences sans pour autant restreindre son talent.
Avec sa deuxième série Post Morten Pacific, Nhieu reprend une partie des thèmes qui lui sont proches mais cette fois avec comme toile de fond un western délirant mais mine de rien parfaitement construit.
Du fantastique des cow-boys qui se transforment en morts vivants, un trésor de guerre que beaucoup aimeraient récupérer, un convoi braqué, Nhieu a mis sur la piste deux nouveaux héros, Frank Geist et son copain Jim Polter, un chaman exorciste à la détente facile. Nhieu a fait évoluer et a affirmé son dessin tout en gardant son originalité et une grande souplesse dans le trait. Le tome II, Guadalupe, est tout chaud sorti des presses.
Artica : Kovacevic impose son style
Il fait partie de cette vague de dessinateurs venus de l'Est. Et confirme que le style réaliste, il sait faire. Sur un scénario de Pecqueur, Kovacevic a donné vie à Dakota un ancien destructeur de satellites et d'icebergs. Il a découvert une fillette inanimée, prisonnière des glaces, qui bientôt montre d'étranges pouvoirs. Univers de glace, science-fiction, ses personnages s'imposent en force. Il mène l'action avec une connotation cinématographique appuyée. Kovacevic, qui vient rarement en France, est l'un des grands noms à ne pas rater de passage à Montpellier. Artica T2, Delcourt. Okhéania : Alice Picard envoûte
Avec Corbeyran scénariste aux mille talents, Alice Picard a mis en images un joli couple de jeunes héros. Jon et Jaspers, inséparables, vivent sur une planète dont la surface est de l'herbe, un tapis magique de feuilles sur lequel ils surfent comme sur de l'eau. Dans le tome II qui vient de sortir, Alice Picard a enfermé les deux adolescents dans les profondeurs de la planète Okhéania. Cette ancienne graphiste des studios Disney a su donner à son univers un ton et un dessin à la fois engagé et accrocheur. Ecologie, amitié, dépassement de soi... parfait. Okhéania, Dargaud. Nova : la planète interdite de Jaouen
Un monde sauvage, une cité portuaire et une population maintenue dans l'ignorance par une caste religieuse, Jaouen au desin sur un scénario de Blondel s'aventure sur le terrain difficile de la saga dans laquelle se mélangent les genres. Un futur ou un passé qui fait penser à La Planète des Singes, des puissances extra-terrestres, des héros décidés épris de liberté, le tout fonctionne et on en redemande. Le trait est clair, réaliste avec parfois des influences que l'on pourrait attribuer au style de Léo. Peu importe car on s'embarque sans hésiter pour Nova. Nova T2, Soleil. Passion Rugby : essai pour Fenech
Le Fabréguois a marqué son essai. Avec les aventures de Léo, un jeune garçon dont le rêve est de devenir un grand joueur de rugby Fenech a constitué une équipe de personnages tous plus sympas les uns que les autres autour du nouvel entraîneur de l'équipe de Grineval-sur-Lez. Beaucoup de fans du ballon ovale vont sourire et s'amuser aux faits d'armes de Léo. De l'enthousiasme, de l'amitié et du fair-play bien sûr, Léo que dessine Fenech est scénarisé par Nicoloff. Une BD rafraîchissante pour tous les publics, ce qui est un plus. Léo, passion rugby, Soleil.
18:36 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.05.2008
Mai 68 : sous les pavés les bulles d'un 40e anniversaire
L’occasion était trop belle. Un 40e anniversaire, encore plus celui de ce mois de mai de 1968 qui avait l’espace d’un printemps fait croire à une génération que rien ne serait plus pareil, cela se devait de générer à posteriori quelques bulles de plus dans l’univers en surproduction de la bande dessinée. Et même si on n’a pas croulé sous le nombre il y a dans le lot de ces spéciaux 68 une poignée de beaux albums qu’il aurait été dommage de passer sous silence.
A Tardi la première place car sa mise en images des chansons de Dominique Grange vaut tous les rétrospectives du monde. 1968-2008, N’effacez pas nos traces (Casterman) est l’association non seulement de deux cœurs généreux mais aussi de deux talents subtils. Dans un format qui rappelle celui de nos « vieux » disques 45 T Tardi capte les phrases de Grange qui chantaient Grève illimitée, Chacun de vous est concerné, reprenait Le Temps des cerises ou La Commune est en lutte, chante de nouveaux titres pour l’occasion. Il y avait de l’utopie dans la démarche et de la générosité, une certaine absence de réalisme qui avait le sourire des jolies filles. C’est l’un des vrais et rares legs de cette époque. Un CD audio est joint à l’album.
Un collectif ensuite est à signaler chez Soleil, Mai 68, Le Pavé de bande dessinée (19,68 €). Des auteurs de tous âges ont fait un panorama assez subtil et sincère de ce que 68 pouvait représenter pour eux aujourd’hui. Et on comprend que 68 c’est « avant » et très loin pour ceux qui n’avaient pas entre 16 et 30 ans à l’époque. Des frères Bramanti au montpelliérain Gaston, Chabouté, Rossi, Vatine, Lidwine ou Herenguel ils signent des planches, des histoires courtes sérieuse ou drôles, un peu tristes mais qui rendent justice à l’envie de liberté de l’époque. L’ensemble suit une logique chronologique des évènements.
Enfin Mai 68, Histoire d’un printemps (Berg International, 19,68 €) a été préfacé par Daniel Cohn-Bendit. Cette fois encore on suit sur un dessin très sobre bien cadré la chronologie. L’album de Alexandre Franc et Arnaud Bureau raconte avec clarté et objectivité les faits, fait parler les principaux témoins, présentent les controverses en donnant à l’ensemble une vraie dimension historique. Avec pour conclusion : Mai 68, une mutation et sûrement pas une révolution.
14:00 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mai 68, Dargaud, Soleil, Casterman, Pilote spécial
28.01.2008
Angoulême 2008 de A à Z
Angoulême consacre le duo Dupuy-Berberian
Une première dans l'histoire du Festival d'Angoulême. Le Grand Prix du Festival qui récompense un auteur pour l'ensemble de sa carrière a été attribué à Dupuy-Berberian, nom de plume d'un duo formé par Philippe Dupuy et Charles Berberian. Le jury composé par les anciens Grands Prix a innové avec intelligence et conviction en reconnaissant la force de cette forme atypique de création artistique.
Quand ils se décident au début des années quatre-vingt à associer leurs envies de BD et leurs talents, Dupuy et Berberian ne savent pas encore qu'ils vont créer une forme de collaboration exceptionnelle dans le domaine du 9e art qui, en prime, fonctionnera sans jamais se départir de son authenticité. Ils vont donc travailler à quatre mains aussi bien sur le scénario de leurs albums que sur le dessin sans qu'on n'arrive jamais vraiment à différencier la plume de l'un ou de l'autre. Après des débuts chez Fluide Glacial avec entre autres Le Journal d'Henriette qui ne renie pas le style d'Yves Chaland, Philippe Dupuy et Charles Berberian lanceront en 1990 celui qui allait devenir non seulement un héros de série mais aussi celui de toute une génération qui pouvait parfaitement s'y identifier. Au début aux Humanos puis chez Dupuis, Monsieur Jean, car c'est de lui que l'on parle, va donc vivre une vie mouvementée, débuts dans la vie professionnelle, amours et enfants, Félix le meilleur ami collant, la totale au fil de sept albums dont le dernier, Un certain équilibre est sorti en 2005. Le tome IV de Monsieur Jean, Vivons heureux sans en avoir l'air, recevra déjà en 1999 le prix du meilleur album à Angoulême.
Monsieur Jean vit au rythme de la propre vie de ses auteurs avec humour et tendresse ou coups durs. Leur dessin est clair, vif, ironique, éclairé. En parallèle à Monsieur Jean, Dupuy-Berberian ont signé des carnets de voyage, un superbe Trenet illustré et ont publié la semaine dernière (lire Midi Libre du jeudi 24 janvier et la note dans Ligneclaire) Un peu avant la fortune, un album en collaboration avec Jean-Claude Denis au scénario. Cette consécration méritée arrive à point nommé pour ces deux auteurs chaleureux.
Après Jose Muñoz, le duo assurera la présidence de l'édition 2009 du festival.
Photo ci-contre :Jose Muñoz entouré de Charles Berberian (à g.) et Philippe Dupuy. Photo AFP
Angoulême, capitale d'un empire en expansion
Le 35e Festival d'Angoulême ouvre ses portes jusqu'à dimanche sous la présidence du dessinateur argentin José Munoz.
Revenu en plein centre ville, après une brève mais difficile relégation en banlieue, le festival le plus incontournable de l'empire BD va surfer sur des chiffres de vente d'albums pour 2007 encore à la hausse. La BD représente aujourd'hui près de 7 % du marché de l'Edition.
On va donc se féliciter à Angoulême. 4 313 BD ont été publiées cette année, une progression de 4,4 % (1) et les éditeurs sont eux aussi de plus en plus nombreux. D'où une évidente bonne santé. La BD s'est offert en prime le luxe d'adapter de nombreux "classiques" de la littérature.
Alors qu'en est-il de cette surproduction, épouvantail dont on nous rabâche qu'elle sera la mort du 9e art ? Elle existe, obligeant les libraires spécialisés à des tours de passe-passe pour arriver à mettre en valeur ces albums qui s'empilent sur leurs étagères. Reste qu'au total cette industrie profite quand même à la plupart des acteurs du marché. On ne publie pas par plaisir. Marketing et productivité font désormais partie du monde des bulles. On optimise à fond. Et les gros tirages tirent derrière eux les plus faibles en leur permettant d'exister.
En tête des ventes la cavalerie lourde avec 400 000 exemplaires pour le premier tirage. On retrouve XIII de Van Hamme et Vance, Largo Winch, Van Hamme encore et Francq, Le Petit Spirou, Astérix et ses amis. Thorghal de Rosinski ou le dernier Bilal, Quatre ? arrivent juste derrière. Mais ne pas oublier les mangas qui représentent en 2007 près de 1 500 titres parmi les 4 313 publiés. Le manga a son public et tous les éditeurs francophones développent leurs propres collections.
Quelle seront, parmi la sélection, les albums primés samedi soir pour cette 35e édition ? Côté meilleur album il sera choisi parmi une sélection de 50 titres. Hétéroclite, de Tardi à Chis Ware, Isabelle Pralong, Joe Matt, Blain, David B. ou Pedrosa, cette sélection a vu large, comme si on avait voulu faire plaisir à tout le monde. Il y en a pour tous les goûts avec un brin d'élitisme. Sauf qu'une fois encore les poids lourds sont de la revue même si La Version Irlandaise, un XIII signé Giraud y figure. Côté prix du patrimoine on se réjouira de la présence d'une intégrale des Spirou de Franquin.
La BD va bien, merci. Le grand écran avec Persépolis la consacre aussi. Sfar va prendre la suite avec Le Chat du Rabbin. Attention quand même à ne pas attraper trop vite la grosse tête.
(1) Chiffres fournis par Gilles Rattier, ACBD.
Allez, on va le dire. Les deux albums dont je traite ci-dessous, Kiki de Montparnasse et Trois Ombres étaient mes favoris. J'avais raison. Ils ont été primés puisqu'ils sont dans les cinq indispensables ce qui n'est que justice. Je dirais même qu'après avoir rencontré la dessinatrice Catel et compris son investissement et sa passion pour son personnage (on le ressent tout au long du roman) j'aurais même voulu que Kiki soit en tête du palmarès.
Idem pour Trois Ombres de Pedrosa. Il dégage en rencontre une telle sincérité, une telle pudeur ... et tant de talent qu'il colle totalement à son bouquin. L'histoire est superbe, soutenue, douce et pudique. Un vrai bonheur. Enfin c'est vrai que Là où vont nos pères est une réussite mais côté coeur il y avait Kiki à l'ombre de Pedrosa.
Kiki, la muse de Man Ray, était une femme modèle
Elle s'appelait Alice Prin. Personne ne se souvient d'elle sous son vrai nom. Mais quand on parle de Kiki de Montparnasse, alors défilent le visage et le corps de l'égérie des surréalistes, de Man Ray à Cocteau, Picasso, Modigliani ou Fujita.
Une femme hors du commun, petite provinciale "montée" contrainte et forcée à Paris, Alice deviendra par hasard Kiki. Elle posera pour les plus grands, aurait pu être elle aussi une artiste reconnue mais elle brûlera sa vie en l'espace d'un éclair.
En choisissant d'en écrire sous forme de roman graphique la biographie, Catel et Bocquet ont signé un pur chef-d'oeuvre. « Nous avions avec Bocquet l'envie d'écrire ensemble. Le personnage de Kiki s'est imposé à nous à travers ses mémoires » complète Catel. « Dans les années trente un Américain qui venait à Paris allait voir la Tour Eiffel et Kiki à Montparnasse ».
Star people avant la lettre Kiki était une touche à tout « qui n'allait jamais au bout mais ne s'est jamais laissé faire ». La dessinatrice Catel a pour Kiki une tendresse qu'elle a su faire partager au fil des 400 pages de cette biographie chronologique (Casterman) qui a bien mérité de figurer ce au palmarès du festival.
« C'est un modèle de femme libre et émancipée et, à son époque, on ne le lui a pas pardonné. J'ai voulu être très juste dans la transcription de sa vie et cela nous a pris trois ans pour la réaliser avec des repérages, une documentation précise pour être totalement crédible » poursuit Catel. Kiki aurait pu faire carrière, actrice, peintre ou chanteuse comme Piaf. Elle restera une muse immortelle.
La pudeur et l'émotion de Pedrosa
Il a traité le thème le plus difficile, délicat qui soit, perdre son enfant. Avec Trois Ombres (Delcourt) Cyril Pedrosa fait vivre le drame d'amis proches dont le petit garçon a disparu brusquement. « Très touché j'ai écris peu à peu et c'est Lewis Trondheim que je ne connaissais pas vraiment à qui j'ai demandé d'être mon conseiller. Son regard a été implacable ». Pedrosa avec son aide a fait sauter des blocages et signé la quête d'un père qui refuse que son enfant puisse mourir. Il va l'enlever avec l'accord de sa mère pour tenter d'éviter l'inéluctable. Un conte qui évite l'écueil du pur réalisme mais juste et sincère, pudique, émouvant aux larmes.Il y a une pointe d'humour dans ces ombres qui sont aussi un hymne à la vie. Le burlesque comme dit Pedrosa « désamorce une situation qui ne doit pas violenter mon lecteur ». Père et fils vont vivre des aventures qui les mèneront de plus en plus loin jusqu'au bout. La force dérisoire du père ne pourra rien y faire. Au fil des 200 pages on vit aux côtés de ces personnages auxquels Pedrosa en noir et banc a donné un relief, une vie incroyable.
Pedrosa a voulu contre vents et marées écrire ce livre. Il a bien fait. Trois ombres quoiqu'il advienne ce soir à la proclamation du palmarès est incontournable.
15:00 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
08.06.2007
Coups de coeur
Chez les Mohawks
C'est un récit de voyage. En 1634, Van den Bogaert, avec deux amis, part explorer le nord des Etats-Unis au départ de la presqu'île de Manhattan. Leur but : avoir le monopole de la fourrure. C'est leur périple à travers des étendues sauvages et glacées que le dessinateur George O'Conor a mis en images avec un souffle et une précision superbe. On se laisse emmener vers les tribus indiennes traquer le castor ou négocier dans les longues huttes. Historiquement parfaites, dessinée avec réalisme, ces aventures authentiques qui déjà montrent la fin d'une civilisation se dévorent sans pause. "Voyage en pays Mohawk", Dargaud, 15 €
Condamné à mort
En adaptant le roman de Victor Hugo, Stanislas Gros qui en a assuré aussi bien scénario et dessin, fait une entrée remarquée. Pour son premier album, il prenait le risque non seulement de traiter un sujet difficile (les dernières heures d'un homme qui va être guillotiné) mais aussi un plaidoyer précoce contre la peine de mort. On suit donc cet homme de l'annonce du verdict à sa montée à l'échafaud. Gros sait mener en parallèle la description du quotidien et de façon décalée ses pensées ou décrire sa situation ambiguë face à ses gardiens. On ne peut qu'être saisi par cet accès au texte de Hugo."Le Dernier jour d'un condamné", Delcourt, 9,80€
17:59 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.05.2007
Coups de coeur
Sept psychopathes
Cassio et Rome
Les débuts d'une série qui associe Reculé et Desberg à travers le destin perturbé d'un jeune romain, Cassio, tombé sous les coups de quatre assassins. On est en 145 après le Christ et Cassio, flanqué de ses amis dont Livion le sénateur, sont de tous les mauvais coups. Jusqu'au jour où par dépit Cassio est assassiné. Quand de nos jours la belle archéologue Grazzi retrouve sa tombe elle a la preuve que Cassio a survécu et a pu semble-t-il punir ses meurtriers. Mais comment a-t-il fait ? Un mélange subtil de fantastique et d'intrigues diverses avec un très beau dessin de Reculé. Ce premier tome promet. Cassio, Le Lombard, 9,50 €.
14:04 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





