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15/04/2010

Ce cher Watson n'a pas tout dit

BD HOLMES.jpgOn croyait tout savoir sur Sherlock Holmes et le docteur Watson. Erreur fatale car désormais les fans vont avoir à faire face à une triste réalité. Holmes était-il bien ce modèle de vertu que vantait Watson ? Dans cet ultime défi adapté du roman de Dibdin de façon magistrale par Stromboni et Cotte, on découvre que Holmes était sur la piste de Jack l'Eventreur et sur celle de son ennemi Moriarty. Les destins atteignent des sommets d'horreur et de passion. On n'en dit pas plus. Il faut suivre ce feuilleton éblouissant qui a été aussi adapté récemment au cinéma avec Jude Law et Robert Downey Jr.  L'Ultime défi de Sherlock Holmes, Casterman, 18 €.

Un chat qui deviendra botté

BD CHAT.jpgUn gentil prince est malheureusement victime d'un sort affreux. Son visage prend la forme et l'aspect des animaux qu'il croise. Enfermé dans une tour, le prince au visage provisoire de chat se fait la malle et rejoint une troupe de comédiens dont il devient la vedette. Hausman et Rodrigue signent, avec brio, ce conte haut en couleur. Il y a évidemment un méchant traître qui se ferait bien la peau du prince chat. De la grâce dans le dessin, des pastels superbes, une belle construction et une pirouette en fin de course, le tout se déguste avec délices. La narration est fluide, le ton général envoûtant et subtil. Le Chat qui courait sur les toits, Le Lombard, 14,50 €.

 

Pour l'Empire avec Vivès et Merwan

BD EMPIRE.jpgA deux, à quatre mains, Merwan et Bastien Vivès entament une série. Une cohorte de légionnaires a pour mission d'aller reconnaître les limites lointaines d'un empire. « Ce tome I entre dans l'aventure. Avec Merwan l'école du dessin animé nous permet de travailler à deux », affirme Vivès. On est aux côtés de ces hommes qui vont se dépasser dans une épopée homérique. « Dans le tome II, ce sont les femmes qui prendront l'offensive. » Sélection des hommes pour un destin inconnu, pour l'Empire. Merwan et Vivès ont dessiné chacun la moitié de cet album abouti et prenant. Pour l'Empire, Tome 1, Dargaud, 10,95 €.

 

Voyage coloré à l'italienne

BD NAPLES.jpgUne balade dans les rues de Naples, c'est ce qu'ont fait quatre auteurs : Mathieu Sapin, Anne Simon, Alfred et (aussi) Bastien Vivès (lire ci-contre). Ils ont à leur manière raconté une histoire dont Naples est le décor mais surtout donné leur vision, leur ressenti face à une des plus tumultueuses villes italiennes. Un destin triste pour Alfred, plus fantastique pour Anne Simon en plusieurs épisodes, napoléonien pour Sapin, coloré et sans paroles pour Vivès. On est à leurs côtés, on les suit et on se laisse prendre au rythme de la balade, chacune dans leurs genres. Un beau cahier de croquis à la fin. Tranches napolitaines, Dargaud, 19 €.

Quand les filles s'y mettent avec talent et humour

BD FILLES1.jpgC'est à la fois la presse spécialisée féminine et ses qualités qui ont propulsé un joli nombre de filles sur le devant de la scène graphique et des blogs réunis. Le résultat est clair. Les albums, les recueils, les planches, les strips donnent vraiment la parole aux femmes, généralement trentenaires, actives et sans complexe. Dans La Vraie vie du docteur Aga (les lectrices de Elle savent de qui on parle) c'est une vraie satire de la journaliste branchée sur tous les coups dont s'est inspiré Soledad Bravi. Un cas ce docteur Aga qui marche à l'adrénaline, sait aussi être drôle et pas trop coincée. Et le comble c'est que c'est Alix Girod de l'Ain, la journaliste, qui a inspiré le personnage et qui signe les dialogues de cette BD sympa et acide (Casterman, 13,50 €). Les Madeleines de Mady sont aussi un regard lucide sur les filles. Madeleine Martin prend sur le vif nos quotidiens. Histoires d'enfance, de famille, de mecs, de virées entre copines. Son blog dessiné est à l'origine de cet album. On aime son rythme, son trait bien cadré. Un joli cadeau (Delcourt, 13,95 €). Avec Je peux t'appeler Jean-Pierre ? (Gawsewich, 15 €), Pauline Perrolet a scandé ses doutes en monologue ou face à l'homme. Et se désespère drôlement. Un collectif enfin, Un peu plus de légèreté dans un monde de filles (Gawsewitch, 12,90 €), avec une quarantaine d'illustratrices pour un panorama savoureux de tout ce qui peut arriver aux filles.  Un joli programme dans lequel elles montrent qu'elles savent rire d'elles et nous faire rire aussi.

 

08/04/2010

EXCLUSIF : Jacques Tardi et le fabuleux destin au cinématographe d'Adèle Blanc-Sec

La célèbre héroïne du dessinateur français passe de la BD à l'écran. Un feuilleton en plusieurs épisodes sur lequel l'auteur revient

BD TARDI.jpgOù l'on comprend que Tardi aime le cinéma mais ne se voyait pas dans la peau du réalisateur... Je suis un petit cinéphile avec une vraie passion pour Lang ou Wilder, John Ford. Et puis je ne me voyais pas adapter Adèle moi-même. A chacun son métier. Je suis un solitaire, je prime le dessin, incapable de diriger une équipe. Je ne suis d'ailleurs pas intervenu car je n'aurai pas aimé que les auteurs que moi j'ai adaptés viennent me reprendre. Je sais adapter mais dans un autre registre. Pour un Burma de Malet, un Pennac, je pars d'un texte, je dessine, je peaufine, je suis seul, c'est épatant et le processus est totalement différent. Pour le cinéma, au bout d'une heure et demie, le spectateur attend un dénouement, une fin.

 

Et où l'on revient, bien sûr, au feuilleton, un mode littéraire que Tardi affectionne et qu'il maîtrise à merveille... Moi je travaille sans filet. A la dernière image de mes albums, en particulier avec Adèle Blanc-Sec, j'ouvre une nouvelle porte. La suite au prochain numéro dans la veine des grands noms du feuilleton d'Arsène Lupin à Rouletabille, Fantomas.

 

On découvre aussi, abasourdi, qu'Adèle a échappé à d'autres destins animés et exotiques... Ce sont les Japonais, au départ, qui voulaient faire un dessin animé d'Adèle. Ils aimaient son côté parisien, les années 1910. Passons. Ensuite, ce sont les Américains de la Marvel et ça n'a pas collé du tout. Je suis même allé à New York voir les essais. La TV s'y est mise aussi avec des projets divers. On aurait dit une pièce de théâtre sans moyens. Et puis Luc Besson est arrivé il y a dix ans. A l'époque, Besson considérait que le numérique ne permettait pas encore des effets spéciaux assez costauds pour ce qu'il voulait faire avec Adèle. Il y a trois ans, il a donné le top-départ.

 

BD ADELE.jpgAdèle à l'écran pourra-t-elle supplanter sa soeur de papier ? Angoissante question... Louise Bourgoin est formidable. J'ai été très ému en la voyant. Tendu au départ, je pense qu'elle est vraiment Adèle avec sa gouaille, son humour. Au point que, dans le prochain album, le dernier de la série, j'envisage de donner à Adèle les traits de Louise. Le film de Besson repose sur un condensé de mes trois premiers albums. L'ambiance, les décors tout est parfaitement restitué. J'étais inquiet, c'est vrai, mais plus après avoir vu le film. La magie a opéré, Louise est Adèle. Besson a le savoir-faire, je suis content et favorable à une suite.

 

Alors, saura-t-on pour finir si Tardi reprend bientôt le chemin de sa table à dessin ? Au programme, un nouveau Nestor Burma, le tome 10 d'Adèle, le Bébé des Buttes Chaumont (Casterman), une adaptation de Manchette et, vous le savez, une histoire dont mon père sera le héros pendant la campagne de 1940.

Mais au fait vous allez voir le film ? Cela vous dérangerait de me téléphoner ensuite pour me dire ce que vous en pensez ? (Lire ci-dessous l'échange exclusif et en direct avec Jacques Tardi à la sortie du cinématographe)"Adèle Blanc-Sec" sort le 14 avril dans les salles

EN DIRECT : Besson a visé juste

Allô Jacques Tardi ? Résumons. Le film a la fougue de Besson et la force graphique de votre univers. En adaptant les Aventures d'Adèle Blanc-Sec, Besson a signé un mélange détonant et étonnant. Aventure, fantastique, grand spectacle à effets spéciaux bien ficelés, personnages et décors tout droit sortis des albums, un travail à la Besson, rigoureux et enthousiaste. On sent que Besson aime votre Adèle.

Le tout en respectant le côté narratif, le ton de ce feuilleton qui vous est cher et qui plaît tant à vos lecteurs. En prenant le risque de donner à Adèle une beauté qu'elle n'a pas vraiment sur le papier, Besson a tapé juste. On y croit à cette Adèle corsetée et ironique. Seconde astuce de Besson, c'est d'avoir cantonné les autres personnages dans leur aspect caricatural, dessiné. Mathieu Amalric, Gilles Lellouche sont méconnaissables mais si proches de la BD. La bande son d'Eric Serra est parfaite. Enfin Jacques, pour tout dire, il est difficile de bouder son plaisir avec cette aventure cinématographique d'Adèle Blanc-Sec chevauchant un ptérodactyle ou naviguant sur le Nil dans un sarcophage. Certains le feront sûrement, par snobisme ou jalousie. Ils auront tort.

 

Valérian s'arrête le vendredi 9 avril à Montpellier

BD VALERIAN1.jpgPierre Christin et Jean-Claude Mézières sont aujourd'hui vendredi 9 avril à Montpellier en dédicace à la librairie Azimuts. Avec eux, ils apportent le dernier album de leur série Valérian. Une vraie fin pour les aventures du couple le plus mythique de la BD, Valérian et Laureline, agents spatio-temporels, qui ont vu le jour au milieu des années soixante dans Pilote.

On a déjà un petit pincement au coeur à l'idée que l'album l'Ouvre Temps (Dargaud) est l'ultime opus en forme de rappel pour tous les personnages qui ont fait le succès de la série. Un final dans la grande tradition des opéras italiens qui permet si besoin était de constater la richesse de l'univers de Christin et Mézières. Et de laisser quand même une porte ouverte au cas où. « On savait que Valérian allait s'arrêter au moins sous la forme d'albums. A voir si graphiquement nous pourrons exploiter d'autres pistes », suggère Mézières.

Une certitude il n'y aura pas de déclinaisons à partir de personnages secondaires comme c'est souvent le cas aujourd'hui en BD. 22 albums en tout, Mézières et Christin accompagnent Laureline et Valérian pour un au revoir exceptionnel qui passe heureusement par Montpellier.

Le dessin de presse a son premier almanach

BD ALMA.jpgJean-Michel Renault est un auteur qui sait aussi être un éditeur inventif. Caricaturiste, spécialisé dans le dessin de presse, autrefois dans Pilote et il y a peu dans Midi Libre, il publie aujourd'hui un almanach qui va faire date.

Consacré à la production 2009 des dessins de presse, l'almanach présente, mois après mois, une galerie éditoriale illustrée de l'actualité. « J'étais revenu au dessin après un passage dans l'édition. En rencontrant des copains dessinateurs je me suis aperçu du manque d'un ouvrage de référence qui permette de montrer que les dessinateurs de presse existent ». Jean-Michel Renault a rassemblé les travaux de plus d'une centaine de ses confrères en collant à l'actualité. « J'ai voulu illustrer la pertinence, la variété des dessins, faire une vraie vitrine du dessin de presse, un métier à part entière », poursuit Renault.

Objectif atteint comme le faisait remarquer le dessinateur de Midi Libre, le Montpelliérain Man aux côtés de Renault : « J'ai sauté sur l'occasion de participer à cet almanach. Généralement c'est chacun pour soi. On sort notre propre bouquin mais l'idée de Renault de mélanger était très intéressante. L'almanach est un merveilleux lieu de découverte ».

Réalisé sous l'égide de la FECO (Fédération of cartoonists organisations) et de son président Alain Roche Nalair, l'Almanach du dessin de presse et de la caricature (*) offre des textes en français traduits en anglais. Un millier de dessins ont été sélectionnés par Renault, de Plantu à Gervais, Man bien sûr, Philippe Moine, Hub, Mulatier et tous les autres, français ou étrangers qui défendent par leurs dessins la liberté d'expression si souvent remise en cause aujourd'hui au nom du politiquement correct.

« J'ai retenu deux critères dans mes choix, la pertinence et la qualité du dessin. En plus, je voulais faire connaître des auteurs moins grand public ». Jean-Michel Renault s'est donc lancé corps et âme dans un projet qui aujourd'hui permet de se plonger avec curiosité dans cet almanach décoiffant, drôle et courageux. Une mise en page éclairée, des textes sobres et pertinents en appui des dessins, Jean-Michel Renault a donné au dessin de presse la reconnaissance qui lui était due.