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26/04/2010

Chantal de Spiegeleer ne signera pas le prochain Blake et Mortimer

BD CHANTAL.jpgC'était au dernier Salon du Livre à Paris. Chantal de Spiegeleer était présente pour dédicacer La Malédiction des trente deniers (Dargaud), le dernier Blake et Mortimer que son compagnon, René Strene avait largement dessiné et réalisé. Et puis Sterne a été victime d'une rupture d'anévrisme. Chantal avait accepté alors de reprendre son travail, elle dont le trait était assez proche de celui de Sterne, auteur de la série Adler au Lombard. " C'est ce qu'il aurait aimé que je fasse. Avant sa disparition je n'étais pas certaine de me remettre à la BD " avoue Chantale.  Yves Sente, l'un des sénaristes de Blake, l'autre étant Jean Van Hamme, lui propose la reprise. " J'ai fait un test sur Olrik. On aurait dit Jacques Chirac " se souvient en souriant Chantal.

Mais il faut du temps pour réaliser un Blake, décrypter le découpage. Et pourtant on sent toute la maîtrise de la ligne claire qu'a Chantal de Spiegeleer qui, elle même avait signé la série Madila, quatre albums regroupés récemment dans une intégrale. La qualité du travail sur Les Trente deniers est sans reproche, au contraire. Au point que Chantal est pressentie pour continuer à la suite de Sterne. "J'avais reçu entretemps une proposition de quatre albums, une série titrée Eclipse. J'ai déjà fait un album, le second est à faire avant que ne sorte le premier. C'est une série très proche du travail de René. Et donc finalement c'est Aubin Fléchon qui devrait réprendre le dessin de Blake. J'ai vécu une belle expérience. Le dessin en ligne claire est le plus difficile à réaliser " ajoute en conclusion Chantal. " Vous savez comment René en est arrivé au dessin de BD ? Il était prof de Français et d'Histoire. Il a fait un pari avec Schuiten de signer une histoire courte en huit planches. Adler est né de ce pari ". Une belle histoire et beaucoup de regrets avant tout pour l'homme attachant qu'était René Sterne.

23/04/2010

Des hommes dans la guerre d'Algérie : Ferrandez illustre

BD ALGERIE.jpgAprès un album jeunesse consacré à la guerre 14-18 illustré par Tardi, c'est à la guerre d'Algérie qu'est consacré le second tome de la collection. Sur un synopsis d'Isabelle Bournier, directrice des affaires culturelles du Mémorial de Caen, les dessins de Jacques Ferrandez étayent Des Hommes dans la Guerre d'Algérie (Casterman, 16,75 €). Jacques Ferrandez est l'auteur de la série BD Les Carnets d'Orient qui retrace l'histoire des deux siècles, de la colonisation à l'Indépendance, de la présence française en Algérie. Dans ses planches ont été choisis les dessins qui avec des photos d'époque ou d'objets représentatifs composent l'iconographie de l'ouvrage.

BD HOMMES.jpg« Tous les sujets ont été abordés sans exclusive, que ce soit la torture ou les luttes internes au sein du FLN. » Ferrandez a approuvé le choix des dessins qui ponctuent les pages de cet album à l'italienne destiné aux plus jeunes mais que peuvent aussi s'approprier les adultes. « Je n'ai pas eu besoin de faire des dessins inédits », ajoute Ferrandez. Isabelle Bournier avoue qu'elle « n'était pas personnellement concernée par la période. J'ai abordé le sujet avec mes enfants. Je voulais que l'illustration leur montre le chemin de l'écrit ». Objectif atteint. Des Hommes dans la guerre d'Algérie fera date par sa lucidité, son décryptage historique et son objectivité.

22/04/2010

A Nîmes, un salon sous le signe de Largo Winch

BD SALONN.jpgLes 24 et 25 avril, Nîmes accueille le 9e le salon européen de la bande dessinée Le week-end va donc être placé sous le signe des bulles aux Jardins de la Fontaine où seront réunis dessinateurs et scénaristes en dédicace. Et si c'est Philippe Francq, dessinateur de Largo Winch, qui est président et signataire de l'affiche cette année, on aura plaisir à retrouver aussi une belle palette de talents dans la cité gardoise.

Dans le désordre les régionaux comme Adamov, Ptiluc, Job, Lacaf, Grenson, vont côtoyer Tarquin, Arleston, Ange ou Varanda et avec eux leurs héros, L'Impératrice rouge, Lanfeust et tout l'univers de Troy, Niklos Koda, Petit Pierrot, Tibill le Lilling, Yakari.

Parmi les autres auteurs, on aura un premier coup de coeur pour Romain Hugault, devenu en quelques albums, Le Grand Duc ou Au-delà des nuages, le maître en matière de BD aéronautique. Des avions de légendes associés à des histoires de guerre et de pilotes forment l'univers superbe de Hugault.

Ensuite, on retiendra Laura Zucchieri pour Les Epées de verre, une excellente histoire qui mêle action, fantastique et fantaisie. Un trait fin, réaliste que l'on avait pu découvrir au dernier festival à Odysséum Montpellier. Même attirance pour Pieri Théo avec son Trône d'Argile qui, lui, avait fait ses débuts au festival de BD de Sainte-Énimie en Lozère. Sa BD médiévale est superbe, le dessin parfait et sans fausses notes.

Thomas Cadène, Nîmois de souche, sera aussi de la fête. Il vient de lancer sur le net une BD à suivre au quotidien et sort en même temps un album, Sex Tape, très bien ficelé. Enfin, pour le plaisir, on peut citer Hélène Bruller avec Prince Charmant, Buche avec son Franky Snow, Crisse et Atalante, Fourquemin avec La Légende de Changeling, Christelle Pecout avec Sorcières. Côté animation et expositions, Philippe Francq présentera une sélection de planches originales de Largo Winch. Il ira également le vendredi 23 avril rencontrer des détenus à la maison d'arrêt de Nîmes.

 

BD en Bulles, association organisatrice, remettra ses prix du meilleur album ou du meilleur nouveau talent. Le salon des enfants réunira des ateliers animés par les dessinateurs et les coloristes.

Manu Larcenet éclatant de poésie

BD GENS.jpgUn bouquin énorme, des portraits d'une page, tous illustrés. Manu Larcenet, peu de gens le savent, est un grand philosophe, fils naturel de Pierre Dac, Raymond Devos, Alphonse Allais, ou Guitry. Manu Larcenet écrit avec émotion et volonté, humour et tendresse ses pages ciselées qui viennent épauler des dessins qui, seuls, n'auraient pu parfois se défendre.Ou se comprdendre.

 Association des mots et du trait, chaque portrait est à savourer, déguster. Larcenet jongle avec les mots, les malaxe et nous les propose en douceur. Son recueil au dos toilé doit devenir le livre de chevet de tout honnête homme. "Peu de gens savent", Les Rêveurs, 28 €.

Jules Verne a aussi été enfant

BD VERNE.jpgEt si Jules Verne avait su, dès l'enfance, que son futur serait celui d'un grand écrivain marqué à jamais par le fantastique ? Deux auteurs espagnols, Jorge Gracia et Pedro Rodriguez, nous embarquent dans une série dont le jeune Jules Verne est le héros. A 10 ans, le petit Jules va découvrir, avec sa cousine et son frère, de bien curieuses pierres magiques, sur une île de la Seine, que garde un fantôme sympathique. Jules va accomplir un rituel avec les pierres qui risque de changer sa vie à jamais et lui fera même entrevoir son futur. Un dessin agréable, dans le ton de cette histoire étonnante et novatrice. "Les Aventures du jeune Jules Verne", Glénat, 9, 40 €.

 

21/04/2010

Jean-Claude Denis nous embarque avec bonheur pour Matha

C'est toujours un plaisir que de découvrir un nouvel album de Jean-Claude Denis. Avec douceur, tendresse et poésie il sait nous parler de la vie, de la notre ou de la sienne, de ses héros qui nous ressemblent tant. Cette fois avec Tous à Matha (Futuropolis, 16 E) Denis nous fait suivre le destin amoureux d'Antoine, seize ans en 1967, qui part en camping à Oléron pour suivre celle qu'il croit aimer.

BD MATHA.jpgIl y a les copains, la mob, la guitare dans les dunes et le groupe avec lequel Antoine fait du rock, cette musique de sauvages pour ses parents. Antoine découvre la liberté alors qu'elle lui est interdite en cette veille de 1968. Mais ce n'est pas un révolutionnaire Antoine, c'est un adolescent comme un autre qui s'ouvre à la vie. Denis est merveilleux, chaleureux comme son copain Baru. Peut-être parce que c'est une génaration qui a eu une belle jeunesse, celle des enfants de l'après-guerre.

Nostalgie mais pas seulement, Denis dessine, trace ses portraits avec brio. On avait adoré Quelques mois à l'Amélie et son couple improbable. Nouvelles du monde invisible avait été un autre sommet. Tous à Matha s'inscrit dans la lignée euphorisante de l'oeuvre de Denis.

16/04/2010

Une savoureuse balade avec Blain dans les coulisses du Quai

C'est un hasard, celui d'une rencontre entre un conseiller de cabinet ministériel et un auteur de BD. Le premier gardera l'anonymat sous le pseudonyme de Lanzac, le second c'est Christophe Blain à qui l'on doit Pirates et les trois tomes de Gus .

A priori, rien ne permettait d'envisager ce qui allait suivre après cette rencontre, la parution d'un album corrosif, époustouflant de réalisme, Quai d'Orsay (Dargaud) dans lequel on découvre la vie quotidienne d'un ministère aux coutumes, si ce n'est aux affaires, assez étranges.

BD QUAI.jpg« Ce n'était pas mon univers, un ministère, mais Lanzac m'a tellement fait rire en me racontant, en me mimant ce qu'il avait vécu que j'ai été séduit. Et puis nous sommes devenus amis et le projet a abouti. » Blain sourit en se souvenant de la mise en musique du fabuleux destin d'Arthur Vlaminck. Ce chargé du langage par le ministre des Affaires étrangères est le héros d'une fresque épique, colorée et surtout basée sur un témoignage en béton.

« Avec Lanzac, on a fait à deux le travail de scénariste. Ma crainte au départ était de ne pas arriver à retranscrire le côté affectif que je dois toujours avoir avec mes personnages. Imaginer des mecs en costard cravate que je fais vivre. Du Molière à l'état brut », confirme Blain. Son Quai d'Orsay a pour véritable premier rôle un ministre des Affaires étrangères dans lequel on aurait du mal à ne pas reconnaître Dominique de Villepin sans que pour autant on puisse parler d'un portrait fidèle.

Tornade intellectuelle et physique, le ministre va mettre à rude épreuve les nerfs de son conseiller en langage qui écrit ses discours mais aussi ceux de son cabinet. Blain croque une brochette savoureuse, du directeur à la secrétaire, aux conseillers divers, tout prêts à tuer père et mère pour briller et imposer leur vision. « Je les ai rencontrés mais incognito. J'ai voulu être très proche de la réalité même s'il fallait charger parfois le trait mais tout méritait d'être raconté. Le lecteur doit comprendre leurs émotions. C'est intéressant de constater que les rapports restent humains même au plus haut niveau de l'Etat. » Il y aura une suite à ce premier tome qui ira jusqu'au fameux discours de l'Onu sur la guerre en Irak, le moment de bravoure de Dominique de Villepin.

Blain a le trait qu'il fallait, nerveux, enlevé et qui fait mouche. Une balade au Quai à cent à l'heure, diaboliquement drôle et aussi émouvante.

15/04/2010

Ce cher Watson n'a pas tout dit

BD HOLMES.jpgOn croyait tout savoir sur Sherlock Holmes et le docteur Watson. Erreur fatale car désormais les fans vont avoir à faire face à une triste réalité. Holmes était-il bien ce modèle de vertu que vantait Watson ? Dans cet ultime défi adapté du roman de Dibdin de façon magistrale par Stromboni et Cotte, on découvre que Holmes était sur la piste de Jack l'Eventreur et sur celle de son ennemi Moriarty. Les destins atteignent des sommets d'horreur et de passion. On n'en dit pas plus. Il faut suivre ce feuilleton éblouissant qui a été aussi adapté récemment au cinéma avec Jude Law et Robert Downey Jr.  L'Ultime défi de Sherlock Holmes, Casterman, 18 €.

Un chat qui deviendra botté

BD CHAT.jpgUn gentil prince est malheureusement victime d'un sort affreux. Son visage prend la forme et l'aspect des animaux qu'il croise. Enfermé dans une tour, le prince au visage provisoire de chat se fait la malle et rejoint une troupe de comédiens dont il devient la vedette. Hausman et Rodrigue signent, avec brio, ce conte haut en couleur. Il y a évidemment un méchant traître qui se ferait bien la peau du prince chat. De la grâce dans le dessin, des pastels superbes, une belle construction et une pirouette en fin de course, le tout se déguste avec délices. La narration est fluide, le ton général envoûtant et subtil. Le Chat qui courait sur les toits, Le Lombard, 14,50 €.

 

Pour l'Empire avec Vivès et Merwan

BD EMPIRE.jpgA deux, à quatre mains, Merwan et Bastien Vivès entament une série. Une cohorte de légionnaires a pour mission d'aller reconnaître les limites lointaines d'un empire. « Ce tome I entre dans l'aventure. Avec Merwan l'école du dessin animé nous permet de travailler à deux », affirme Vivès. On est aux côtés de ces hommes qui vont se dépasser dans une épopée homérique. « Dans le tome II, ce sont les femmes qui prendront l'offensive. » Sélection des hommes pour un destin inconnu, pour l'Empire. Merwan et Vivès ont dessiné chacun la moitié de cet album abouti et prenant. Pour l'Empire, Tome 1, Dargaud, 10,95 €.

 

Voyage coloré à l'italienne

BD NAPLES.jpgUne balade dans les rues de Naples, c'est ce qu'ont fait quatre auteurs : Mathieu Sapin, Anne Simon, Alfred et (aussi) Bastien Vivès (lire ci-contre). Ils ont à leur manière raconté une histoire dont Naples est le décor mais surtout donné leur vision, leur ressenti face à une des plus tumultueuses villes italiennes. Un destin triste pour Alfred, plus fantastique pour Anne Simon en plusieurs épisodes, napoléonien pour Sapin, coloré et sans paroles pour Vivès. On est à leurs côtés, on les suit et on se laisse prendre au rythme de la balade, chacune dans leurs genres. Un beau cahier de croquis à la fin. Tranches napolitaines, Dargaud, 19 €.

Quand les filles s'y mettent avec talent et humour

BD FILLES1.jpgC'est à la fois la presse spécialisée féminine et ses qualités qui ont propulsé un joli nombre de filles sur le devant de la scène graphique et des blogs réunis. Le résultat est clair. Les albums, les recueils, les planches, les strips donnent vraiment la parole aux femmes, généralement trentenaires, actives et sans complexe. Dans La Vraie vie du docteur Aga (les lectrices de Elle savent de qui on parle) c'est une vraie satire de la journaliste branchée sur tous les coups dont s'est inspiré Soledad Bravi. Un cas ce docteur Aga qui marche à l'adrénaline, sait aussi être drôle et pas trop coincée. Et le comble c'est que c'est Alix Girod de l'Ain, la journaliste, qui a inspiré le personnage et qui signe les dialogues de cette BD sympa et acide (Casterman, 13,50 €). Les Madeleines de Mady sont aussi un regard lucide sur les filles. Madeleine Martin prend sur le vif nos quotidiens. Histoires d'enfance, de famille, de mecs, de virées entre copines. Son blog dessiné est à l'origine de cet album. On aime son rythme, son trait bien cadré. Un joli cadeau (Delcourt, 13,95 €). Avec Je peux t'appeler Jean-Pierre ? (Gawsewich, 15 €), Pauline Perrolet a scandé ses doutes en monologue ou face à l'homme. Et se désespère drôlement. Un collectif enfin, Un peu plus de légèreté dans un monde de filles (Gawsewitch, 12,90 €), avec une quarantaine d'illustratrices pour un panorama savoureux de tout ce qui peut arriver aux filles.  Un joli programme dans lequel elles montrent qu'elles savent rire d'elles et nous faire rire aussi.

 

08/04/2010

EXCLUSIF : Jacques Tardi et le fabuleux destin au cinématographe d'Adèle Blanc-Sec

La célèbre héroïne du dessinateur français passe de la BD à l'écran. Un feuilleton en plusieurs épisodes sur lequel l'auteur revient

BD TARDI.jpgOù l'on comprend que Tardi aime le cinéma mais ne se voyait pas dans la peau du réalisateur... Je suis un petit cinéphile avec une vraie passion pour Lang ou Wilder, John Ford. Et puis je ne me voyais pas adapter Adèle moi-même. A chacun son métier. Je suis un solitaire, je prime le dessin, incapable de diriger une équipe. Je ne suis d'ailleurs pas intervenu car je n'aurai pas aimé que les auteurs que moi j'ai adaptés viennent me reprendre. Je sais adapter mais dans un autre registre. Pour un Burma de Malet, un Pennac, je pars d'un texte, je dessine, je peaufine, je suis seul, c'est épatant et le processus est totalement différent. Pour le cinéma, au bout d'une heure et demie, le spectateur attend un dénouement, une fin.

 

Et où l'on revient, bien sûr, au feuilleton, un mode littéraire que Tardi affectionne et qu'il maîtrise à merveille... Moi je travaille sans filet. A la dernière image de mes albums, en particulier avec Adèle Blanc-Sec, j'ouvre une nouvelle porte. La suite au prochain numéro dans la veine des grands noms du feuilleton d'Arsène Lupin à Rouletabille, Fantomas.

 

On découvre aussi, abasourdi, qu'Adèle a échappé à d'autres destins animés et exotiques... Ce sont les Japonais, au départ, qui voulaient faire un dessin animé d'Adèle. Ils aimaient son côté parisien, les années 1910. Passons. Ensuite, ce sont les Américains de la Marvel et ça n'a pas collé du tout. Je suis même allé à New York voir les essais. La TV s'y est mise aussi avec des projets divers. On aurait dit une pièce de théâtre sans moyens. Et puis Luc Besson est arrivé il y a dix ans. A l'époque, Besson considérait que le numérique ne permettait pas encore des effets spéciaux assez costauds pour ce qu'il voulait faire avec Adèle. Il y a trois ans, il a donné le top-départ.

 

BD ADELE.jpgAdèle à l'écran pourra-t-elle supplanter sa soeur de papier ? Angoissante question... Louise Bourgoin est formidable. J'ai été très ému en la voyant. Tendu au départ, je pense qu'elle est vraiment Adèle avec sa gouaille, son humour. Au point que, dans le prochain album, le dernier de la série, j'envisage de donner à Adèle les traits de Louise. Le film de Besson repose sur un condensé de mes trois premiers albums. L'ambiance, les décors tout est parfaitement restitué. J'étais inquiet, c'est vrai, mais plus après avoir vu le film. La magie a opéré, Louise est Adèle. Besson a le savoir-faire, je suis content et favorable à une suite.

 

Alors, saura-t-on pour finir si Tardi reprend bientôt le chemin de sa table à dessin ? Au programme, un nouveau Nestor Burma, le tome 10 d'Adèle, le Bébé des Buttes Chaumont (Casterman), une adaptation de Manchette et, vous le savez, une histoire dont mon père sera le héros pendant la campagne de 1940.

Mais au fait vous allez voir le film ? Cela vous dérangerait de me téléphoner ensuite pour me dire ce que vous en pensez ? (Lire ci-dessous l'échange exclusif et en direct avec Jacques Tardi à la sortie du cinématographe)"Adèle Blanc-Sec" sort le 14 avril dans les salles

EN DIRECT : Besson a visé juste

Allô Jacques Tardi ? Résumons. Le film a la fougue de Besson et la force graphique de votre univers. En adaptant les Aventures d'Adèle Blanc-Sec, Besson a signé un mélange détonant et étonnant. Aventure, fantastique, grand spectacle à effets spéciaux bien ficelés, personnages et décors tout droit sortis des albums, un travail à la Besson, rigoureux et enthousiaste. On sent que Besson aime votre Adèle.

Le tout en respectant le côté narratif, le ton de ce feuilleton qui vous est cher et qui plaît tant à vos lecteurs. En prenant le risque de donner à Adèle une beauté qu'elle n'a pas vraiment sur le papier, Besson a tapé juste. On y croit à cette Adèle corsetée et ironique. Seconde astuce de Besson, c'est d'avoir cantonné les autres personnages dans leur aspect caricatural, dessiné. Mathieu Amalric, Gilles Lellouche sont méconnaissables mais si proches de la BD. La bande son d'Eric Serra est parfaite. Enfin Jacques, pour tout dire, il est difficile de bouder son plaisir avec cette aventure cinématographique d'Adèle Blanc-Sec chevauchant un ptérodactyle ou naviguant sur le Nil dans un sarcophage. Certains le feront sûrement, par snobisme ou jalousie. Ils auront tort.