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18/02/2010

Le Montespan de Teulé dessiné par Bertrand

BD MONTESPAN.jpgJean Teulé a le talent de choisir des héros souvent inconnus mais hors du commun. Avant Mangez-le si vous voulez, son dernier titre, il avait raconté le parcours exceptionnel du marquis de Montespan, mari de la célèbre maîtresse de Louis XIV. En virtuose, Teulé signait un roman superbe, généreux, qui s'est vendu à 500 000 exemplaires.

Jean Teulé a aussi eu une vie d'auteur BD. Il a tiré un trait sur ce temps-là et a préféré confier son bébé pour son adaptation. Le Montespan (Delcourt, 20 €) a vu le jour en BD grâce à Philippe Bertrand dessinateur, ami de trente ans de Teulé qui « s'est complètement approprié l'histoire et je ne suis pas intervenu sur le scénario, le choix de coupes ». Et Teulé, rencontré au dernier festival d'Angoulême, de compléter : « Il a apporté une touche d'élégance, de douceur à ce drame de l'amour. » Mais qui était Montespan ? « C'est par hasard que j'ai découvert la vie du marquis de Montespan totalement méprisé à son époque et oublié. Un noble qui refusait l'honneur suprême - et la richesse qui allait avec - d'accepter avec le sourire que sa femme soit la favorite de Louis XIV. C'était incroyable à la cour. » Car Montespan non seulement rejette l'idée que sa femme règne à Versailles mais en prime va peindre son carrosse en noir et le flanquer de cornes de cerf. Cocu certes mais avec panache. Et par-dessus tout Montespan aimera jusqu'à sa mort avec passion sa marquise qui trempera tout de même dans l'affaire des poisons mais sera une grande amie des Arts et des Lettres.

BD MONTES.jpg« Un cas unique le Montespan. Il n'a jamais craqué et pourtant le roi a mis le paquet. Je n'ai rien inventé et Bertrand a eu le talent de donner à tous les personnages un relief saisissant, émouvant ou cruel. » Philippe Bertrand après avoir adapté Beigbeder et Benacquista a séduit son ami Teulé. « C'est la première fois qu'en parlant d'une BD je peux dire que c'est un chef-d'oeuvre », ajoute Teulé, très sérieux. Et c'est vrai que l'on plonge avec facilité déconcertante et joie à la suite du Marquis qui élèvera un crétin de fils et perdra sa pauvre fillette désespérée de ne pas revoir sa maman.

A coup sûr Le Montespan mériterait aussi un film comme l'autre roman de Teulé, Je, François Villon que France 2 va réaliser. Et que Luigi Crittone dessinera pour une BD en trois tomes. Quant à Teulé, désarmant touche-à-tout génial, il continue à se laisser porter par les futures aventures de ses héros qui auront toujours une trame de fond historique pour décor.

Une vie de Liberté

BD LIBERT.jpgIls travaillent à quatre mains et sont des orfèvres. Warnauts et Raives offrent le portrait d'une vie. « Une amie au Congo a fait un tracé assez similaire », confiait Warnauts à Angoulême. Une jeune noire s'amourache à Kinshasa du manager d'un groupe rock. Enceinte, elle va aux USA aidée par un musicien, Mike. « L'émotion donne du corps à nos personnages. » Liberté naît à New York. On suit son parcours et celui de sa mère. Guerre du Vietnam, Blacks Panthers, 2001, la volonté de réussir des deux femmes est absolue suivie par un ami ambassadeur. Le dessin est comme toujours à la hauteur de l'histoire, superbe et enlevé. Liberty, Casterman, 12,90 €.

Inspecteur Darwin

BD DARWIN.jpgOn connaît Darwin et sa théorie sur les origines de l'homme. On ne savait pas que ce bon Darwin avait pu être un enquêteur qui va avoir à résoudre un terrible mystère. Dans la vieille Angleterre de la fin du XIXe siècle, un monstre découpe en lambeaux animaux et humains. Darwin accepte d'aider la police comme spécialiste naturaliste. Sylvain Runberg a concocté une très bonne histoire, gore à souhait, qui rebondit sans cesse dans ce premier tome pour donner une simple partie de la réponse au lecteur angoissé. Ocana au dessin a un trait réaliste et fort qui colle parfaitement à ce thriller. Les Carnets de Darwin, Lombard, 13,50 €.

 

Kas, Legrain : de beaux polars au Lombard

BD HALLOW.jpgLes séries se suivent au Lombard avec toujours le même souci de qualité. Au dernier festival d'Angoulême, c'était l'occasion de retrouver Kas dont le tome sept clôture la superbe série Halloween Blues avec Mythic au scénario. « Je n'ai jamais voulu savoir la fin et les lecteurs ont été surpris. » Les héros de Kas : un flic et sa femme assassinée devenue un fantôme qui se réincarne une fois par an. Le tout dans une Amérique des années cinquante superbement reconstituée par Kas. On sait enfin qui a tué la belle rousse, actrice célèbre qui a tout abandonné pour son mari policier. Pour Kas « il n'y a rien de définitif. J'ai un projet de deux albums qui se passent à la Belle Epoque mais après, pourquoi pas une évolution des personnages de Halloween. »

BD SISCO.jpgOn a pu aussi découvrir Legrain dessinateur de Sisco, polar choc, dont le premier album vient de sortir. « C'est l'histoire d'un service d'Etat qui doit tout faire pour protéger la présidence. Et on a voulu avec le scénariste Benec, dont ce sont les premiers pas, montrer qu'après tout, la France pouvait aussi être le cadre d'une fiction efficace, à l'américaine » ajoute Legrain. Car Sisco, garde du corps et membre de la sécurité de l'Élysée, emploie les grands moyens et "efface" un témoin gênant pour le président, sur ordres et sans états d'âme. Sauf que quelqu'un l'a vu et veut tout raconter à la presse. « On est dans Dexter ou The Shield, poursuit Legrain. Difficile d'éprouver de la sympathie pour Sisco. Il faut une pointe d'humour décalé et un bon équilibre entre tous les ingrédients. » Sisco, un polar au dosage parfait.

Rencontres

BD TOI.jpgIls ont la cote, ces sites de rencontres sur le net. Les réseaux sociaux ont le vent en poupe. Dal au scénario et Janin au dessin les passent au tamis de leur humour dans un album très drôle qui reconstitue le parcours parfois hétéroclite de ceux et celles qui cherchent l'âme soeur. Les messages se croisent mais le lecteur, lui, voit les protagonistes et la réalité de leur quotidien. Ecrans ou tête à tête, pseudonymes ambigus, déconvenues, les planches jouent dans le bon registre sans le moindre dérapage. Tous concernés par l'environnement souvent déprimant du web, on sent que la solitude est souvent la cause de ce relationnel médiatique. Toi + moi.org, Dupuis, 9,95 €.

Conte à deux voix

BD PEAU.jpgC'est l'un des contes les plus fantastiques de Charles Perrault. En adaptant Peau d'Ane Edmond Beaudoin, auteur entre autres du superbe L'Arleri, livre une vision fidèle mais très personnelle. Un papa raconte de nos jours à une petite fille l'histoire du prince dont la femme meurt et dont la fille va devoir l'épouser pour assurer la descendance. Mais elle exige une robe couleur du temps, puis de lune et de soleil, enfin, une robe dans la peau de l'âne aux pouvoirs magiques. Le mélange entre les péripéties du conte et les réactions de la petite fille qui écoute l'histoire est une idée brillante que Beaudoin éclaire de son dessin chaleureux. Peau d'âne, Gallimard, 13,90 €.

 

11/02/2010

L'éveil de la Chine passe par les dédicaces d'Azimuts à Montpellier

BD SHANGHAI.jpgIls sont chinois et auteurs de BD et seront en dédicaces, samedi 13 février, à Montpellier. De quoi revoir l'idée parfois toute faite selon laquelle le 9e Art est exclusivement franco-belge avec, certes, une petite participation de l'Italie et de l'Espagne, le tout saupoudré de comics américains. Le manga japonais ou coréen continue, bien sûr, son invasion pacifique de nos librairies et représente, en France, un tiers des parutions de l'année pour les éditeurs. Mais de la BD chinoise, grand format, en album, au dessin construit et de créateur, c'est une nouveauté que va faire découvrir, samedi, la librairie Azimuts avec deux dédicaces d'auteurs venus de l'Empire du milieu.

Premier invité, Chaiko, qui, chez Paquet, signe scénario et dessin de La Fille de Shanghai. La construction est classique mais les cases sont très aérées, les couleurs pastel et claires. On découvre comment une jeune femme, Min, pour des raisons professionnelles se retrouve en France. Choc des cultures dans un Paris dont elle rêvait, un fiancé resté en Chine dont elle se détache peu à peu, Min va aussi avoir le coup de foudre pour un Français dans cet album remarquablement dessiné, sobre et attachant, très pictural.

BD PANTIN.jpgDeuxième invité de cette dédicace, Nie Jun pour Zobo et les fleurs de la vie, toujours aux éditions Paquet, qui ont consacré une collection à la BD chinoise. Un tout autre registre que ces aventures poétiques d'un petit pantin qui va devenir vivant parce qu'une lycéenne, Ryoko, glisse dans son coeur une branche de cerisier. Professeur de BD à l'université de Pékin, Nie Jun signe, cette fois encore, une oeuvre très séduisante. Dans chaque album, le petit pantin vivra une nouvelle aventure dans laquelle une fleur lui redonne vie. Mais quel avenir sentimental pour Zobo le pantin et la douce Ryoko ? Beaucoup de délicatesse dans le trait et d'originalité dans le sujet traité comme un conte.

À ne pas oublier, le dernier rendez-vous avec la BD chinoise mais la semaine prochaine, jeudi 18 février, chez Azimuts. L'invité sera Benjamin, qui, comme son nom ne l'évoque pas, est un dessinateur chinois de manga. Une star dans le genre dont le dessin réaliste, beaucoup plus policé que celui des auteurs japonais, plus sensuel, s'est imposé par sa force et sa beauté. Dédicaces samedi 13 et jeudi 18 février, librairie Azimuts, rue Saint-Guilhem, à 15 h 30.

Vampirella

BD VAMPIRELLA.jpgLes vampires ont la cote. Au cinéma ou en BD. Pascal Croci ne cède pourtant pas à la mode en faisant le portrait de Elisabeth Bathory qui, en Hongrie au XVIe siècle, a défrayé la chronique. Avec ce trait si subtil, parfois angoissant, poétique surtout, Croci, sur des dialogues de Françoise Sylvie Pauly, raconte le journal de Jonathan Harker, qui a pu prendre connaissance des écrits de la comtesse Bathory. Il découvrira que, Barbe Bleue en jupons, la comtesse avait tué des dizaines de jeunes femmes à la recherche de l'éternelle jeunesse. Une femme terrifiante. Elisabeth a bien existé et Croci la réveille. "Elisabeth Bathory", Emmanuel Proust, 19, 90 €.

Qui est Sprott ?

BD SPROTT.jpgQui était vraiment George Sprott ? Faux présentateur vedette d'une émission languissante dans le Grand Nord à la télévision canadienne, Sprott a eu une vie bien remplie depuis sa naissance en 1894. Et c'est le dessinateur Seth qui se charge de nous la raconter dans un superbe livre album grand format. Publiée à l'origine dans le magazine du New York Times, la vie de Sprott est une chronique dure et pas si drôle d'un homme qui ressemble beaucoup à ceux qui lisent ses aventures au quotidien. Le dessin de Seth est clair et on ressent la nostalgie de l'auteur pour les années cinquante. A découvrir. "George Sprott", Delcourt, 35 €.

 

05/02/2010

David B. livre son "Journal d'Italie" sensible et original

BD ITALIE.jpgIl est né à Nîmes par hasard comme il le dit lui-même. Dessinateur, scénariste de bande dessinée, David B. est un promeneur de l'imaginaire. En signant son Journal d'Italie (Delcourt) dont les pages dévoilent émotions et sensations, rêves et fantasmes, poésie et fantastique, il invite à l'accompagner de Trieste à Bologne.

Et c'est un voyage dont on ne peut revenir que sous le charme d'un garçon qui, en référence aux balades italiennes des auteurs du XVIIIe ou du XIXe siècles, cisèle ses textes, laisse son imagination s'emballer. « Je suis un amoureux de la culture italienne, de son cinéma, celui de Fellini ou Visconti, de sa littérature. La vie est différente en Italie. C'est peut-être lié à sa structure géographique, non ? » David B. sourit et enchaîne sur « ces histoires basées sur des notes très courtes ou des dessins qui me permettent d'avancer, de raconter. Je ne peux pas à chaque fois écrire un scénario. Je perdrais vraiment trop de temps ».

Le royaume des chats existe bien à Trieste, David B. l'a vu et le montre. Passionné de livres en particulier sur les gangsters, c'est Lucky Luciano qui s'impose à lui dans un bouquin trouvé dans une librairie de quartier. Il ne reste plus à David B. qu'à se laisser aller à une digression, à une improvisation : « Je ne voulais pas tenir un journal au jour le jour mais dire ce qui suscite mes réactions, mon imaginaire, montrer ce qui s'est passé dans ma tête. » On l'accompagne à Venise loin des clichés habituels. « Ma spontanéité est parfois apparente. En fait, je réfléchis beaucoup. J'aime les images qui ont un sens. » Et l'auteur de L'Ascension du Haul Mal, du Capitaine Ecarlate ou de l'écrasant Lecture des Ruines jongle avec le noir et blanc, souligne son trait, ponctue les angles par des pointes colorées. On est envoûté, lecteur accompagnateur d'un David B. magicien parfois ironique, toujours tendre.

Ce rêveur incorrigible sait avoir les pieds sur terre comme dans sa fresque de l'Italie fasciste des Chemins noirs. Ses voyages continueront vers l'Asie, la Chine et le Japon. Avec l'espace d'une étape en 200 pages pour un album qui traitera des rapports entre pays musulmans et Etats-Unis. En 1815 qui se souvient que les USA ont bombardé Tripoli en Libye pour protéger ses bateaux contre les pirates ? David B. va nous en raconter l'histoire.

Virtuel ou réel

BD DEDIC.jpgDe Montpellier, Igor Dedic est passé à Angoulême où il habite. Avec sa nouvelle série, c'est au fantastique qu'il s'ouvre mais avec humour et dessin flamboyant. Il raconte la confrontation d'un monde virtuel à celui plus noir qui s'abrite sous la terre après d'effroyables cataclysmes. « J'avais ce scénario en attente. Le ton est léger, l'action prédomine dans un monde à la Matrix. » Dedic signe « une comédie fantastique en deux albums. Polak le héros est dans un univers de parc d'attractions et va se libérer pour combattre le tyran qui l'y a mis ». Une aventure riche et mouvementée, à la Dedic. Genuine City T1, Vents d'Ouest ; 13 €.

Lutte majeure

BD LUTTE.jpgC'est une découverte, un album qui accroche, interpelle. En racontant la stupidité dérisoire d'un concert que Staline veut organiser dans un Léningrad assiégé par l'armée allemande, Céka et Boris sont écrasants de spontanéité. Sous forme de fiction animalière, ils mettent en place leurs personnages, ces musiciens de l'orchestre symphonique de Léningrad, tous en train de mourir de faim et qui pourtant vont jouer avec brio une symphonie de Chostakovitch. Unis par la force de leur foi en la musique, ils vont servir un dictateur mais surtout leur envie de liberté. Superbe. Lutte Majeure, KSTR Casterman ; 15 €.

 

01/02/2010

Baru enfin Grand Prix d'Angoulême

Un  vrai moment de bonheur que cette annonce de l'attribution à Baru du Grand Prix d'Angoulême. Talent, gentillesse, conviction, émotion, Baru a tout cela en lui mais aussi dans son oeuvre. Enfin dira t-on également car le prix lui avait échappé de peu l'an dernier. Mieux vaut tard que jamais et n'en parlons plus. On sait désormais que Angoulême aura en 2011 un superbe président. En espérant que les rumeurs sur l'avenir d'Angoulême se calment et que les politiques si frainds de faire de la figuration et de se montrer en ces périodes électorales aient bien pris la mesure du danger que pourrait courir une manifestation artistique unique en son genre. J-L.T

BD BARU.jpgBD Blutch laisse sa place à Baru, Grand Prix 2010 et futur président du prochain festival d'Angoulême Il avait manqué le podium d'une voix l'an dernier. En désignant, dimanche, en présence de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, Hervé Baru Grand Prix de la ville d'Angoulême 2010, les ex-titulaires du titre (ils forment le jury) ont non seulement récompensé un talent rare mais aussi mis un terme à ce que l'on aurait pu qualifier d'injustice tant sa nomination s'imposait.

Depuis ses débuts dans Pilote en 1982, Baru, né en 1947, n'a jamais cessé de nous prendre aux tripes, de nous émouvoir avec ses personnages et ses ambiances, sa passion de la vie, son dessin si gourmand au trait noir sur lequel la couleur sait aussi faire la fête. De son premier prix à Angoulême, en 1985, à celui du meilleur album, en 1996, avec l'Autoroute du soleil,", balade de copains en vadrouille vers le Sud, Baru avait accumulé les vrais bijoux. Dans , l'Enragé, il racontait le destin d'un boxeur qui ne voulait pas perdre son âme et, dans Pauvres Zhéros, son dernier album, il rassemblait sur fond très sombre un beau ramassis de vainqueurs qui faisait dans la dissimulation de cadavres.

Et ce n'est pas un hasard si, au détour de rencontres toujours chaleureuses dans les bulles du festival, Baru nous dévoilait le sujet de son prochain album, un hommage au cinéma de Lautner, celui des Tontons flingueurs et autres Barbouzes dont l'esprit et l'humour de Baru sont proches. Homme de coeur, Baru va à coup sûr être un président 2011 engagé dans une BD très ouverte et sans a priori. Comme le disait le dessinateur montpelliérain Guy Delisle : « Baru est le lien parfait entre auteurs anciens et modernes ».

Alors, ce festival est-il un sans-faute ? C'est vrai que cette édition 2010, après des inquiétudes sur son financement par la municipalité, a été bien ficelée. Une participation avec les 200 000 visiteurs franchis, des auteurs toujours plus nombreux, des éditeurs à peu près contents de leurs résultats et pas trop inquiets pour l'avenir, la BD a toujours le vent en poupe. Même si on peut discuter du palmarès (lire ci-dessous).

Meilleur album : "Pascal Brutal", la surprise

BD BRUTAL.jpgC'est un prix surprise que celui du meilleur album 2010 attribué au tome 3 (en plus) de la série de Riad Sattouf, Pascal Brutal (Fluide Glacial). Non que les aventures dans un futur proche ultra-libéral de ce héros en baskets et à gourmette en argent, un brin obsédé sexuel, ne vaille pas le détour mais on a un peu l'impression qu'il aura fallu satisfaire une fois encore la tendance nouvelle BD. Riad Sattouf a, cependant, un talent fou et s'est essayé, il y a peu au cinéma, une tendance très générationnelle. Son Pascal Brutal est atypique mais peut dérouter si ce n'est séduire.

On peut en dire autant pour le prix du Jury à Dungeon Quest de Joe Daly édité par l'Association. Bizarrement, le prix Regard sur le Monde a été, lui, attribué au superbe album de David Prudhomme Rébétiko (Futuroolis) qui, par contre, aurait mérité largement d'avoir le prix du meilleur album. De quoi finir par ne plus s'y retrouver et croire qu'il y a des années où on se demande quelle est la logique qui préside à ce palmarès d'Angoulême. Sur la cinquantaine d'albums en lice, d'autres choix étaient possibles, plus proches du public.

Le prix de la meilleure série est allé effectivement à un titre qui a fait ses preuves, les aventures du détective privé à Solex, Jérôme K. Jérôme Bloche, le tome 21 d'Alain Dodier chez Dupuis. Le prix de la Révélation récompense Rosalie Blum tome 3, curieux aussi que l'on puisse découvrir un auteur au bout de trois albums comme pour Sattouf. Bravo, par contre, à ce prix Intergénérations (appellation assez curieuse) qui met en vedette le duo Bonhomme au dessin et De Bonneval au scénario pour l'Esprit perdu (Dupuis). Rabaté, Fred Bernard, le duo Nury et Vallée, Larcenet avec Blast aurait eu leur place sans problèmes dans le palmarès. Heureusement que Baru a obtenu le Grand Prix de la Ville (lire ci-dessus) car sinon on aurait pu avoir finalement de vrais regrets.

Angoulême, un festival où l'on se montre mais qui sait toujours aussi bien défendre la BD

BD ANGAFFI.jpgAffluence record. Les prix du festival seront connus dimanche. Ni la neige, ni la pluie n'ont découragé la foule des grands jours qui arpentait les rues d'Angoulême ou se pressait face aux dizaines d'auteurs en dédicace sur les stands des éditeurs. Même combat pour les politiques qui ont fait le déplacement à l'image de Ségolène Royal bien sûr, présidente de la Région, mais aussi de Jack Lang, Dominique Bussereau ou Martin Hirsch, qui s'est offert hier matin une visite express de l'exposition consacrée à Léonard, personnage de Turk et De Groot guides d'un jour. Aujourd'hui c'est au tour de Frédéric Mitterrand de venir passer la journée à Angoulême. Il sera à la remise des prix où sera annoncé le nom du Grand Prix de la Ville 2010, futur président de la prochaine édition.

Politique encore. La vedette depuis deux jours c'est le journaliste Denis Robert relaxé dans l'affaire Clearstream. Il était prévenu pour recel d'abus de confiance et recel de vol pour avoir détenu les listings de la compagnie luxembourgeoise. La BD dont il est l'un des scénaristes, L'Affaire des affaires (Dargaud) reprend en effet par le menu l'affaire Clearstream. Robert s'avouait persuadé que l'on n'avait vécu encore qu'un épisode d'un feuilleton loin d'être fini avec en particulier l'appel du parquet contre Dominique de Villepin. A noter que la BD de Denis Robert est nominée.

Mais c'est à la BD plus généraliste qu'il faut revenir. Cette édition est d'une authentique richesse, variée en talent, en titres et en émotions. Pour le palmarès de ce soir, on aura des favoris comme L'Homme bonsaï de Fred Bernard (Delcourt). « C'est un pauvre type qui a un arbre qui pousse peu à peu sur la tête et qui devient très puissant. J'ai voulu montrer la solitude du pouvoir absolu, la folie », souligne Bernard qui a signé une histoire à la fois tendre, celle d'un amour éperdu, et terrible, celle de la souffrance que ressent son héros.

Avec la série Il était une fois en France (Glénat), c'est aussi une question de puissance et de survie dont il est question. Remarquablement reconstitué et en partie romancé par Nury et Vallée, le destin de Jo Joanovici, de la collaboration à la Libération, reste un cas d'école méconnu. « Un type vraiment paradoxal qui trafiquera avec les nazis et s'achètera un certificat de bonne conduite dans la Résistance », synthétise le scénariste. L'outsider pour le meilleur album pourrait bien être Rebetiko de David Prudhomme, chez Futuropolis. Cette chronique d'avant-guerre raconte la vie mouvementée des musiciens grecs, qui vivaient leur art avec passion et sans retenue. Le prix Jeunesse a été attribué hier à Lou, belle série de Julien Neel chez Glénat, dont l'héroïne désormais adolescente s'ouvre aux émotions sentimentales.

Et puis, il y aura dimanche soir le Grand Prix, avec ce jeu caractéristique des rumeurs qui chaque année recommence. Baru est toujours favori (Et lire la note suivante, le pronostic était juste, le prix plus que mérité). Blutch l'avait devancé de peu en 2009. Et on parle aussi de Cosey, le père de Jonathan. Sans garantie.

Cent pour cent, superbe expo

BD CENT.jpgCent planches du Musée de la BD, cent auteurs d'aujourd'hui, des retrouvailles qui ont permis une confrontation créative. Chaque auteur a réalisé une planche en écho à celle choisie parmi la sélection du Musée. Le casting est international. Chefs-d'oeuvre d'hier et innovations, c'est jusqu'à fin mars.

Les Tuniques Bleues for ever

BD TUNIQUES.jpgPour l'exposition consacrée aux Tuniques Bleues à Angoulême, un album en forme d'hommage sort chez Dupuis. C'est le président Blutch qui le préface, lui qui a le même nom que l'un des héros compère du sergent Chesterfied. Des inédits de Cauvin et Lambil, des témoignages après les 53 albums de la série.

Léonard, quel génie

BD LEONARD.jpgUne expo à voir absolument pendant le festival. Celle sur Léonard inventeur improbable mais génial de Turk et De Groot. Avec son disciple, Léonard veut sauver la planète. Il défend l'environnement à travers des décors tirés des albums et mis en situation. Le tout est ludique, familial et sous le signe de l'humour. L'exposition après Angoulême devrait tourner dans plusieurs villes de France.