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30/10/2009

Avec Explorers Guérin et Lapeyre vont fêter Halloween à la Fnac

BD EXPLO.jpgUn scénario qui sort des sentiers battus, un dessin fort qui prend ses distances et s'impose, Rémi Guérin et Lapeyre, vont à la Fnac de Montpellier, apporter avec eux leur dernier album, Explorers (Soleil), histoire de fêter dignement Halloween.

« Nous avions envie de travailler ensemble et d'accéder à un monde parallèle avec des spectres et une bonne dose de fantastique. » Le Montpelliérain Rémi Guérin a façonné son sujet : « Une poignée de super-héros vont aller se balader et voyager dans le temps à travers des oeuvres littéraires célèbres. » Le premier tome d'Explorers plante le décor. Cinq copains font une séance de spiritisme qui dérape. Ils se retrouvent face au maître des enfers qu'ils ont involontairement libéré. A eux de se racheter, dotés de pouvoirs magiques et d'un instructeur un brin manipulateur, en allant récupérer des fantômes dans des romans. « Avec cet univers, cela nous permettait de changer d'oeuvre à chaque album et, bien sûr, d'avoir un choix incomparable pour les faire évoluer », insiste Lapeyre. « Mais impossible de toucher à la trame du roman », enchaîne Guérin. « Encore que rien n'empêche que leur intrusion ait des conséquences sur leur propre avenir », ajoute le scénariste en souriant.

Sherlock Holmes est l'invité du tome I. C'est en effet dans Une étude en rouge, de Conan Doyle, que les cinq héros vont aller à la chasse mais difficile de ne pas éveiller l'attention d'un renard comme Holmes. « J'ai volontairement appuyé sur le côté manga, cinq personnages identifiés par cinq couleurs différentes, et j'ai plongé dans un univers graphique qui m'a réconcilié avec la BD que j'ai failli laisser tomber », avoue Lapeyre, qui s'est installé à Poussan.

Dans le tome II, l'ambiance va se noircir, assure Guérin : « On va aller faire un tour dans L'île au trésor, de Stevenson. Nos héros vont se poser des questions et découvrir qu'ils sont utilisés à des fins pas très nettes. » Explorers a tout pour plaire, un dessin captivant, un excellent découpage et une histoire innovante. Dédicace à la Fnac Polygone samedi 31 octobre, à partir de 15 h.

29/10/2009

Astérix a 50 ans : Uderzo se confie

En ce 50e anniversair du début des aventures d'Astérix, Albert Uderzo publie un nouvel album, le 34e. Toujours étonné par son destin, ce grand monsieur de la BD se confie en toute liberté.

 

BD UDERP.jpgPas trop fatigué Uderzo en ce 50e anniversaire ?

Si, mais par l’ampleur de toutes les cérémonies qui me réjouissent bien sûr. Je fais face mais cela pèse un peu.

 

Est-ce que le succès d’Astérix vous a un jour dépassé ?

Jamais parce que contrairement à ce que l’on croit ce succès a été pour Goscinny et moi très progressif. Il a pris du temps, nous ne nous le sommes jamais expliqué mais nous avons toujours été conscients de notre chance. Je suis resté prudent. J’en avais bavé. Quand j’ai débuté, pour vivre, j’aurai accepté d’illustrer le Bottin.Nous avons énormément travaillé. Il est difficile de trouver des idées nouvelles. René lui-même m’a annoncé au dixième album : «On a tout dit dans Astérix.» Et dans la foulée il a signé quatorze albums de plus et moi neuf.

 

Quand vous avez assumé la relève à la mort de Goscinny vous avez été inquiet ?

Je suis parti à l’aveuglette mais confiant. Exploiter par exemple les voyages d’Astérix est très compliqué car cela nous avait obligés à prendre des libertés historiques comme dans La Grande Traversée où Astérix découvre l’Amérique. Les lecteurs sont très vigilants.

Et puis il y a la continuité des personnages, faire attention que par exemple Obélix ne prenne pas l’avantage sur Astérix, pas de politique, un brin de tendresse amoureuse sans plus. Pas simple vous savez.

 

BD ASTE2.jpgQuel est votre album préféré ?

Il y a deux époques. Celle de Goscinny et je choisirais Astérix chez les Bretons avec son idée extraordinaire de les faire parler avec une construction de phrases à l’anglaise. Pour mes albums j’ai un gros faible pour Le Fils d’Astérix et La Rose et le Glaive .

J’ai toujours pris plaisir à faire ce métier qu’on ne peut faire que si on l’aime. Cela dit j’ai eu du mal parfois. Il faut suivre un sillon précis défini par les albums, intégrer des classiques comme les pirates. Quand Hergé a fait porter des pantalons normaux à Tintin au lieu de culottes de golf ses lecteurs se sont insurgés.

 

BD ASTE1.jpgAvez-vous des regrets en BD, de thèmes non abordés ?

Sûrement d’avoir arrêté Tanguy et Laverdure. Mais je devais faire cinq planches par semaine entre Astérix, Oumpah-Pah et Tanguy. C’était trop. J’ai eu la chance de travailler avec les deux plus grands scénaristes de l’époque, Goscinny et Charlier.

 

Et demain ?

Une idée d’album après Le Livre d’Or qui sort cette semaine . Je vais essayer de continuer moi-même avec de jeunes dessinateurs qui prendront la relève comme je l’ai souhaité. Astérix appartient à ses lecteurs. Je ne pouvais pas avoir la prétention qu’il disparaisse avec moi.

Côté film un projet avec Le Tour de Gaule mais non finalisé. Et après, je m’étonne d’être un peu fatigué.

 

Un nouvel album en or...

 

BD ALBUM AST.jpgC'est le 34e album des aventures d'Astérix qui a vu le jour officiellement la semaine dernière. « L'album est constitué d'histoires courtes, 56 pages au total, avec pour héros des personnages bien connus des lecteurs d'Astérix qui reviennent au village pour cet anniversaire », précise Uderzo qui ajoute « on a retrouvé un texte de Goscinny paru dans Pilote sur les voyages que j'ai mis en images. Il colle parfaitement à l'univers d'Astérix ».

Incluant aussi des parodies de célèbres tableaux qui pourraient laisser penser qu'Astérix et Obélix ont inspiré les plus grands maîtres, cet album est avant tout un hommage non seulement au monde d'Astérix mais aussi aux lecteurs qui en ont fait le succès.

 Astérix s'expose aussi à Paris

Depuis hier, Astérix s'expose dans le cadre superbe du Musée de Cluny et jusqu'au 3 janvier. Dans les thermes romains restaurés, on retrouvera une trentaine de planches originales, des tapuscrits qui permettent de reconstituer la progression de la conception des histoires par Goscinny et Uderzo. Quelques objets sont aussi en vedette, la machine à écrire de Goscinny, le premier numéro de Pilote qui viennent compléter cette exposition exceptionnelle. Musée de Cluny. 6, place Paul-Painlevé, Paris. 8 € l'entrée.

 

Bon anniversaire Astérix

Par Toutatis, ils sont forts ces Gaulois !

1959 Le 29 octobre 1959, le premier numéro du journal Pilote, une sorte de Paris-Match pour les jeunes, sort en kiosques. A l'intérieur des sujets d'actualité, des planches de BD et le début des aventures d'un petit gaulois teigneux, moustachu, casque ailé vissé sur la tête. Astérix vient de naître sous la signature de René Goscinny et d'Albert Uderzo.

BD PLANCHE.jpg50 ans après, tout a été dit sur l'exceptionnelle saga : des dizaines de millions d'albums vendus, des dessins animés, des films, des produits dérivés, des thèses en Sorbonne, des bouquins, des traductions dans le monde entier, le choix du personnage par Goscinny et Uderzo sur le balcon du HLM où habite le dessinateur à la fin des années cinquante. Moins connu : à la place d'Astérix Goscinny et Uderzo voulaient adapter le Roman de Renart, projet abandonné rapidement. Une certitude : même le général de Gaulle s'était pris d'affection pour le petit gaulois et un satellite français a porté son nom. Et Midi Libre aura été en 1963 l'un des premiers quotidiens à publier Astérix dans ses colonnes.

On sait encore qu'après la mort en 1977 de René Goscinny, scénariste génial (lire ci-contre), Uderzo a repris seul Astérix, textes et dessin, et qu'il a décidé qu'à sa disparition son héros pourrait être repris par d'autres dessinateurs. Mais le vrai constat incontournable, c'est que jamais depuis cinquante ans Astérix n'a connu la moindre baisse de régime, la moindre désaffection du public, progressant en ventes à chaque sortie d'album, rassemblant des millions de spectateurs.

Devenu un monument national Astérix, avec Obélix, Panoramix et sa potion magique, les habitants de ce village gaulois qui résiste encore et toujours à l'envahisseur – et à la bêtise ambiante – fait partie aujourd'hui du patrimoine national. Tous sont devenus au fil des ans des compagnons de route fidèles des Français, un phénomène éditorial certes mais aussi historique sans égal que certains ont même tenté de récupérer politiquement s'attirant les foudres de Toutatis Uderzo.

René Goscinny et Albert Uderzo (rédacteur en chef d'un jour de Midi Libre en mars 2004) ont été les premiers étonnés de cette vague irrésistible, de cette reconnaissance (lire en page précédente l'interview d'Albert Uderzo). En touchant mine de rien tous les sujets qui pouvaient préoccuper, amuser, distraire les Français, Goscinny et Uderzo ont bouclé des petits bijoux, des albums que l'on se passe et repasse depuis trois générations.

Un humour irrésistible qui se découvre au fil des lectures, des personnages et des expressions cultes, un dessin inégalé, un énorme travail dont on n'a pas idée, Astérix et ses copains ne nous ont donné que du bonheur. Bon anniversaire et un grand merci.

RENÉ GOSCINNY : Roi du scénario et de l'humour

BD GOSCINNY.jpgIl était accroché à sa machine à écrire. René Goscinny, scénariste d'Astérix jusqu'à ce mauvais jour de 1977 qui le vit succomber à une crise cardiaque, n'a jamais été égalé. Goscinny cumulait avec bonheur le poste de rédacteur en chef du journal Pilote et l'écriture des aventures d'Astérix, d'Oumpah Pah, du Petit Nicolas avec Sempé, du méchant calife Iznogoud, de Lucky Luke avec Morris. Les Dalton c'est lui, Rantanplan aussi. Il a même signé un Jerry Spring avec Jijé, Modeste et Pompon avec Franquin. Une légende et un destin exceptionnel pour ce vrai génie inquiet, homme drôle, sensible. Il avait fait ses débuts aux USA à la fin des années quarante. Il lancera des auteurs comme Gotlib, Mézières, Giraud, Fred. (Lire "Goscinny, faire rire quel métier", par A. du Chatenet et C. Guillot, Gallimard)

Anne Goscinny « Mon père, ce visionnaire»

BD ANNE GOS.jpgAnne Goscinny avait 8 ans quand son papa, René, à 51 ans la quitte, elle et sa maman. « Quand on me demande ce qu'il aurait pensé, dit ou fait aujourd'hui, je ne réponds pas. Je me le suis si longtemps demandé. J'ai arrêté de me poser la question et j'ai vraiment compris qu'il était mort, confie Anne, la fille unique de Goscinny. Astérix avait perdu l'un de ses deux papas, le second, Uderzo, a eu beaucoup de courage pour continuer l'aventure. La force d'Astérix, c'est la fidélité de ses lecteurs. Mon fils rit et rira encore dans vingt ans en découvrant un autre niveau de lecture d'Astérix. » Anne Goscinny est sûre que c'est l'esprit de résistance d'Astérix qui l'a accroché au coeur des Français : « On résiste toujours à quelque chose, à un chagrin, une tentation. » Goscinny c'était un inquiet toujours à la recherche de la bonne idée, grand cinéphile, boulimique de travail : « Il s'enfermait dans son bureau et sa machine crépitait. » Son rêve : « Faire de la mise en scène. Ses albums sont de vrais story-boards de cinéma. » Il adorait convaincre, un vrai visionnaire découvreur de talents. Et Astérix demain ? « Nous sommes d'accord avec Uderzo. Astérix est déjà un survivant. Il doit continuer. C'est un personnage fort qui s'imposera aux futurs dessinateurs et scénaristes. » Et de conclure avec tendresse : « J'ai respecté la mémoire de mon père en faisant toujours ce qui d'après moi l'aurait rendu heureux. »

ALBERT UDERZO : Un dessin superbe et en mouvement

BD UDERZO.jpgA ses débuts, comme Peyo, Franquin et Morris, Albert Uderzo voulait faire du dessin animé. Mais le dessin d'humour a toujours tenté ce dessinateur au trait en perpétuel mouvement. C'est aux studios de la World Press qu'Uderzo et Goscinny se rencontrent au milieu des années 1950 et deviennent de vrais amis. Albert Uderzo a le dessin qui s'impose pour Astérix mais c'est avec l'Indien Oumpah Pah (une sorte de précurseur mélange d'Astérix et d'Obélix) et le flibustier Jehan Pistolet qu'il débute tout en dessinant des séries plus alimentaires.

Il signera aussi, lui qui adore l'aviation, les premiers albums avec Charlier de Tanguy et Laverdure (devenus Les Chevaliers du Ciel à la TV). Son dessin ne fera que progresser, enlevé, précis, gouailleur ou bourré d'émotion, devenu mythique et sans égal.

 

Produits dérivés : Pixi, le roi de la fête

BD PIXI 1.jpgAstérix est très vite devenu un support incontournable pour des produits dérivés. Mais pour les figurines en métal sculptées et peintes à la main, c'est la célèbre firme Pixi qui est le partenaire privilégié du petit Gaulois. « Pour cet anniversaire, nous avons créé deux sculptures : le menhir d'Obélix, sur lequel il grave le titre des albums, et une photo de famille des principaux personnages, 138 au total dont un tirage spécial signé par Uderzo. » Un vrai travail de Romain confie Philippe-Antoine Guérard, président du groupe Pixi qu'il fonde en 1983 avec Alexis Poliakoff : « Astérix a eu du mal à démarrer il y a vingt ans. On était à l'époque en plein boum des Pixi avec Tintin comme héros. Mais aujourd'hui, Astérix est devenu une référence recherchée de 200 pièces différentes ». Avec toujours la volonté de se faire plaisir quand il crée un sujet, le PDG de Pixi a des projets pleins la tête dont une mise en figurines des Beatles à travers leurs personnages extraits du dessin animé Yellow Submarine

 

 

26/10/2009

L'italien Marini part à la conquête de Rome

Enrico Marini est l'un des plus doués dessinateurs de sa génération. Du western avec L'Étoile du Désert au thriller historique avec Le Scorpion, le fantastique avec Rapaces aucun thème ne lui a résisté porté par un dessin brillant, réaliste, sensuel, riche et très fini. Désormais Marini s'est approprié aussi le scénario en se lançant seul dans une saga, Les Aigles de Rome (Dargaud) dont le tome 2 vient de sortir. « Paradoxalement ce sont mes scénaristes qui m'ont poussé. Un beau défi que de me prouver que j'étais capable d'écrire et de dessiner même si j'ai toujours participé dans mes séries à l'élaboration du scénario », précise Marini, cet italien né en Suisse.

BD ROME.jpgDes origines mixtes qui l'ont interpellé pour mettre en scène sous l'empire romain le destin de deux hommes, enfants par adoption d'un général qui leur donnera une éducation de combattants. Marcus et Arminius, prince germain, vont s'aimer, se haïr et se combattre. « Ce n'était pas l'époque la plus facile si ce n'est que par la documentation, le luxe de détails que demande l'action mais Rome m'attirait et je serais incapable de faire une BD dans un environnement contemporain. De plus je suis sensible au thème antique que personne ne m'a jamais proposé. » Et Marini de poursuivre en souriant : « Enfin j'ai envie de créer les histoires que j'aimerais lire. » Voilà comment on s'embarque dans Les Aigles de Rome, une tragédie bien bordée prévue en cinq albums qui repose certes sur les deux héros dont le second deviendra le libérateur de son pays d'origine, la Germanie future Allemagne en battant les légions romaines mais aussi sur des héroïnes calculatrices et belles comme Marini aime à les créer.

« J'avais besoin de me changer les idées. Me retrouver au siècle d'Auguste est une vraie récréation après "Le Scorpion" mon autre série. J'aime me laisser surprendre par ce que j'écris. » Histoire de pouvoir, d'argent et de coeur, Marini a su mélanger à bonnes doses tous les ingrédients.

Dans le tome 2, les cartes sont distribuées à l'aurore d'un nouveau monde qui verra le début de la lente agonie de l'empire romain trop loin de ses bases italiennes. « Si je continue à me régaler je m'ouvrirai à l'Antiquité au sens large du thème, la Grèce, le bassin méditerranéen. Pourquoi pas ? »

 Adieu à Coronado : un grand Loustal

BD LOUSTAL.jpgUn pourri, le père et un minable, son fils, voilà le duo que Denis Lehane, auteur de Mystic River, a écrit et que Loustal a porté en BD. Quand il sort de prison, Bobby se fait ramasser par son père qui veut à tout prix savoir où il a planqué une émeraude qui lui a valu un séjour à l'ombre et une balle dans le crâne. Amnésique depuis, le Bobby. Et le papa est une ordure sans scrupule. Un récit rapide, vif, violent que ce Coronado avec ces dessins portraits de Loustal vibrants et percutants. On a un vrai polar, une histoire bien noire qui vous prend aux tripes et explose en finale. Bobby n'ira pas à Coronado. "Coronado", Rivages Casterman, 17 €.

Grande ombre : Gine confirme

BD OMBRE.jpgAvec cette incursion en terres mythologiques Christian Gine a pris en main son envie de scénariste et l'a mise en phase avec son très beau talent de dessinateur. Une ombre mortelle envahit peu à peu la Terre. Seule la jolie Arcan a conscience du danger ; elle part en Crète où doit se jouer le sort du monde sous l'oeil attentif des dieux. Le tome 2, Prométhée, vient conclure cette balade au charme graphique évident. Le dessin de Christian Gine, ses couleurs forment un ensemble à nul autre pareil. On a de l'affection pour la petite Arcan qui ira au bout de son destin, sacrifiée sur l'autel de son espérance. A noter que Christian Gien travaille en ce moment sur un sxénario de Gille Chaillet qui aura Rome pour cdare "La Grande Ombre", T2, Glénat, 13 €.

 

 

16:45 Publié dans Parutions BD | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : marini, rome, dargaud |  Facebook |

15/10/2009

Des histoires de filles

BD FILLES.jpgDes héroïnes, belles, aventurières, pirates aussi ce qui devient une mode, voilà trois albums qui racontent des histoires de filles bien tournées.

On commencera par l'adaptation du roman de Schnitzler, Mademoiselle Else (Delcourt, 15,95 €). Une douce et tendre jeune fille est prête à tout, à la demande de sa mère, pour sauver son père de la faillite. Un grand hôtel des Alpes autrichiennes, la société guindée de la fin du XIXe siècle, Else devient un enjeu, commence à déraisonner et culpabilise. Manuele Fior a parfaitement saisi aussi bien par son dessin que ses dialogues l'ambiance du roman très lourde et violente.

Second titre plus léger et toujours à la même époque, Ida, Grandeur et humiliation (Delcourt, 13,95 €), premier tome d'une courte série signée par Chloé Cruchaudet, prix Goscinny 2008. Comment une vieille fille riche et hypocondriaque va devenir une exploratrice sans complexe et curieuse de tout ? Avec un dessin et une mise en page très volontairement typés sur l'exposition universelle de 1867, Cruchaudet embarque la douce Ida en robe à crinoline vers les terres d'Afrique. Il y a de l'humour, de la tendresse et de la fougue dans cette balade parfois aussi poétique. C'est superbe et enivrant.

On termine par Perle Blanche, Filles du vaudou (Glénat, 13 €) dans lequel deux jeunes femmes pour lutter contre l'esclavagisme utilisent ruse, épée et vaudou. Sébastien Floc'h et Laurence Baldetti s'en donnent à coeur joie. Un trait nerveux et de l'action.

Le destin de Léna

BD LENA.jpgElle revient, Léna, pour un second volet sous la plume toujours captivante de Christin et le dessin si magique de Juillard. Veuve d'un diplomate le hasard l'a fait collaborer avec les services secrets français qui ne vont plus la lâcher. Sa mission est cette fois sur le fil du rasoir. Elle doit intégrer un réseau terroriste et devenir l'instructrice de trois femmes qui vont commettre un attentat dans Paris. On suit Léna dans sa progression d'infiltration, à travers ses sentiments qui ne peuvent rester muets. Le rythme est soutenu, l'histoire construite, argumentée. André Juillard a donné à Léna sa légitimité. "Léna et les trois femmes", Dargaud, 14,50 €.

Farce meurtrière

On pense à Petits meurtres entre amis mais surtout à ces joyaux du cinéma des années trente comme Arsenic et vieilles dentelles.

BD MORT.jpgOn est avant la guerre. Un lord est ruiné. Son seul espoir réside dans l'héritage d'un vieil oncle richissime mais qui doit se marier. Il faut donc le tuer avant. Epouse nunuche, fils communiste, fille romantique, ils trucident le tonton au moment où le lord reçoit le roi d'Angleterre et Harry Truman qui veulent empêcher l'Allemagne nazie d'avoir la bombe atomique. Une vraie farce de Convard, Eric Adam et Paul avec rebondissements et quiproquos rigolos. "Petite mort en un acte", Glénat, 13, 90 €

 

Guitare voyageuse

BD GUITARE.jpgBalade pour une "gratte" et non des moindres, celle de Bo Diddley, une pièce unique qui va tomber dans les mains d'Arsène. Elle n'en finira pas la guitare de changer de propriétaire, qui tous savent qu'ils ont un vrai trésor négociable. On suit sa course folle qui se mêle à des destins divers, sympas ou fous, violents, picaresques. Chauzy signe le dessin de cette aventure rocambolesque sur un texte de Chauzy. La guitare finira par retrouver son vrai propriétaire mais pour une fin inattendue. Un régal que ce road movie instrumental bien mené, graphiquement aéré et bien typé. "La Guitare de Bo Diddley, Rivages Casterman, 17 €.

Vengeance froide

BD LARMES.jpgUne descente aux enfers, celle de Martin Penn, inspecteur des stups qui met la main sur une très importante cargaison d'héroïne. Sauf que pour lui faire payer sa prise, sa femme et son fils sont décapités par les truands. Devenu à moitié fou Penne interné finit par raconter au psychiatre les raisons de sa démence. Sorti une première fois aux éditions Laffont la série se refait une jeunesse chez Delcourt. On est dans un vrai thriller avec vengeance à la clé et un héros qui ira jusqu'au bout de l'enfer. L'école italienne avec Dal Pra et Caracuzzo frappe fort. Dessin réaliste, personnages typés. "Les Larmes d'opium, Delcourt, 13,95 €.

 

Rivière et Floc'h disent au revoir à Albany et Sturgess

Avec l'album Black Out François Rivière et Floc'h mettent un point final à leur trilogie Blitz mais aussi à une oeuvre sans équivalent qui a commencé avec Le Rendez-vous de Seven Oaks.

BD RIVIERE.jpgTrente ans que le duo Rivière (notre photo) et Floc'h s'est mis au travail pour mener à bien une idée basée sur « la volonté d'intégrer dans la BD une narration qui respecte des règles biographiques structurelles ». Novateur, François Rivière a travaillé à quatre mains avec Floc'h au dessin, le maître de la ligne claire. « Tout est parti d'une réflexion commune que l'on a passée au tamis après avoir ratissé dans beaucoup de directions » poursuit François Rivière. « C'est finalement le hasard qui a fait que deux de nos personnages impliqués dans le monde littéraire deviennent le lien, les héros de notre série. »

Tous les fans de Rivière ont reconnu bien sûr Francis Albany, critique littéraire (qui ressemble comme un frère à l'auteur) et Olivia Sturgess, la romancière, un couple lié par une profonde amitié. Ils se retrouvent pour le meilleur, impliqué dans des affaires policières flirtant parfois avec le fantastique ou sous les bombes allemandes à Londres en 1941. Seven Oaks, Le Dossier Harding, A la Recherche de Sir Malcom que Midi Libre avait publié et les trois volumes de Blitz dont le dernier vient de sortir, l'ensemble est devenu incontournable.

BD BLACK.jpgReste qu'il ne faut surtout pas se borner à une vision réductrice de cet ensemble. Rivière et Floc'h - un partenaire qui ne se comportait pas comme un dessinateur dixit Rivière - ont mis en place un canevas éditorial sans égal, subtil, à tiroirs et toujours en évolution, architecture parfaite dans laquelle le lecteur progresse avec les personnages. « Avec Floc'h on élabore ensemble récit, découpage, dialogues. Ce n'est pas un travail d'écriture traditionnel », soutient Rivière.

« En 1974, à nos débuts, on ne savait pas trop où on allait. On avait les yeux rivés sur Tardi et Floc'h avait une fascination pour Hergé » ajoute en souriant Rivière ce passionné de culture anglaise spécialiste d'Agatha Christie, auteurs de romans policiers et évidemment scénariste par ailleurs de BD.

En terminant par Black Out (Dargaud) leur grand oeuvre Floc'h et Rivière ont voulu à la fois donner toutes les clés aux lecteurs et ne pas tirer sur la ficelle. Ils ne se retirent pas pour autant du paysage. Leur univers aura peut-être un futur. Et si un jour, aussi, Floc'h et Rivière signaient un Blake et Mortimer ?

06/10/2009

Chez Azimuts, Riff Reb's et les pirates de Mac Orlan

Une adaptation de Mac Orlan, Riff Reb's, le dessinateur, sera demain mercredi 7 octobrechez Azimuts Montpellier pour présenter son dernier album, A bord de l'étoile Matutine (Soleil).

BD ETOILE.jpgSi la piraterie fait son grand retour en BD, l'adaptation littéraire séduit aussi de plus en plus les éditeurs. Delcourt avait lancé le thème. Cette fois, c'est le tour de la maison Soleil qui, par la même occasion, change de cap. Après avoir lu le roman de Mac Orlan, Riff Reb's demande à Soleil de l'adapter dans leur nouvelle collection, Noctambule. Le héros est le narrateur, jeune garçon sans nom, qui raconte sa vie de pirate. Et c'est là où le roman de Mac Orlan se distingue des récits classiques sur la piraterie. Combattant en 14-18, Mac Orlan a retransposé à bord d'un galion la camaraderie des poilus des tranchées unis par un destin commun incontournable.

Avec A bord de l'étoile Matutine, Riff Reb's montre la caste à part que constituent ces pirates qui n'ont plus rien à perdre. On est loin de Barbe Rouge. Vision réaliste que l'auteur affirme par son dessin et ses cadrages, utilisation de la bichromie avec une teinte dominante par chapitre, les pirates de Riff Red's hissent les voiles et nous embarquent à leur bord. Dédicace de 15 h à 20 h, chez Azimuts, 13 et 15 rue Saint-Guilhem, Montpellier

Dubuc et Delaf ont dévoilé leurs jolies et drôles Nombrils à Odysseum Montpellier

C'est l'histoire d'un trio. Elles sont jeunes, jolies et ce sont des pestes. Avec Les Nombrils(Dupuis), deux auteurs canadiens, Maryse Dubuc et Delaf, ont réussi à imposer par leur humour et leur réalisme ces trois très vraisemblables héroïnes dans le panorama restreint de la BD francophone. Parti d'un projet de magazine au Québec, Les Nombrilsont été au départ une succession de planches gags. Publiés dans Spirou les lecteurs ont immédiatement adhéré aux personnages et en particulier comme le font remarquer les auteurs à celui de Karine, la gentille un peu nunuche du trio. Mais sa vengeance sera terrible.

Rythme rapide, Les Nombrilsse devaient aussi d'évoluer en particulier face à leur succès international. Traduit dans bien des langues comme le turc chaque album se tire à près de 200 000 exemplaires. Complétement pris par leurs trois jeunes héroïnes Dubuc et Delaf gérent à merveille leur succès avec recul et sérénité.

BD NOMBRILS.jpgA Géant Casino Odysseum, Dubuc et Delaf ont pu encontrer ce public qui, depuis leur premier album, soutient inconditionnellement Les Nombrils. Vicky, première de la bande, est une garce très intelligente. Donc dangereuse et consciente de sa force. Jenny, la deuxième du lot, pourrait avoir un bon fond mais Vicky est son modèle et, en prime, elle est vraiment bête. Reste le numéro trois, la plus sympathique. Grande asperge molle, Karine est le souffre-douleur des deux autres mais a quand même de la ressource malgré sa naïveté maladive.

On est, dans la vraie vie, un brin caricaturé. Avec un sens aigu de la dérision, Dubuc et Delaf bâtissent leurs histoires pour rire et aussi émouvoir. Le dessin est drôle, concis, avec le détail qui accroche. Une petite nouvelle, Mélanie, fait ses débuts pas tristes dans le tome IV, Duel de belles. Vicky et Jenny ont du souci à se faire pour notre plus grande joie. Ce qui, n'empêche pas Delaf d'avoir une grande envie de se lancer dans un roman graphique et se lâcher au niveau dessin

Le grand retour de l'érotisme

En publiant, en cette rentrée 2009, des titres d'un érotisme certain, pour ne pas dire plus, les éditeurs ne font que rendre hommage à des auteurs reconnus comme Manara ou, plus étonnant, permettent de découvrir une nouvelle facette du talent de certains. C'est le cas avec le dernier album de Zep, le papa de Titeuf.

BD SEX.jpgHappy Sex (Delcourt, 14,95 €) est un véritable exercice de style, drôle, tendre, et sans équivoque. Zep assume et a eu raison de livrer ses planches intelligentes, authentiques, sur la complexité des rapports entre homme et femme tout nus. Ils nous ressemblent beaucoup. Zep nous montre que le sexe, c'est pas forcément le reflet de la vie sentimentale. Sortie (pour les grands) le 14 octobre.

BD DESIRE.jpgMadame désire (Fluide Glamour, 13,95 €) est une belle digression dans la pure tradition des récits légers des années trente ou dans la lignée de L'Amant de Lady Chatterley. Mardon, auteur du superbe Fils de l'Ogre, embarque deux jeunes hommes dans une aventure érotique, mais aussi dans un huis clos qui risque de mal tourner. Passions des personnages, psychologies complexes, un trait noir et blanc imposant, Mardon envoûte.

 

 

BD DECLIC.jpgLe Déclic de Manara est à la fois réédité en intégrale et en albums couleurs (Drugstoren 25 €). Un monument en la matière. On rappellera que Delcourt avait ouvert les débats avec le recueil d'histoires courtes, Premières fois, et s'apprête à proposer une nouvelle collection, Erotix, qui publiera des classiques comme Emmanuelle, dessinée par Crepax.

 

Femme battue, drame au quotidien

BD FEMME BATTUE.jpgLe sujet est délicat, souvent évacué, rarement bien traité. Avec A la folie, on rentre de plain-pied dans le lent processus qui mène un couple à passer à l'étape ultime, la violence physique. Ils ont tout pour être heureux, ont eu le coup de foudre, se sont mariés et ont une vie équilibrée. Sauf que le dérapage, la première gifle, viennent casser l'image parfaite. Elle mettra trop de temps à comprendre, à agir. Lui dit toujours l'aimer au policier qui l'interroge. Ils essaieront de recoller les morceaux mais les coups continueront. Sylvain Ricard raconte une histoire forte et tristement banale. James l'a dessinée. Le tout est remarquable. A la Folie, Futuropolis, 19 €

Cestac attaque et s'en donne à coeur joie

BD JAIME.jpgElle s'en paye une tranche, Florence Cestac. Avec sa galerie de portraits de prétentieux, de crétins divers, elle montre une réalité qui nous est quotidienne. On y rencontre le chef de service minable, l'adolescent tête à claques, le mari infidèle qui s'en sort à tous les coups. Et quand la victime se rebelle et qu'elle a pour nom Cestac, il y a de la rumba dans l'air. Le trait est nerveux. Elle était énervée, Cestac, en dessinant ces portraits en forme d'histoires courtes, mais toujours maîtresse de son humour. On rit volontiers et on peut compatir, car on en a tous autour de nous, de ces cas douteux. J'aime pas les gens qui se prennent pour..., Hoëbeke, 10,50 €