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02/08/2009

Pratt : Le sang des héros

BD GUERRE.jpgAu début des années soixante Hugo Pratt s’installe en Angleterre. Il a quitté l’Argentine où il signait Ernie Pike, histoires courtes racontées par un reporter de guerre avec pour cadre tous les fronts de la seconde guerre mondiale. La BD, en 1960, aimait cette période. Comme les jeunes lecteurs qui s’arrachent les petits formats brochés, Rapaces, Commandos et bien sûr Battler Britton, ce pilote de la Royal Air Force, dont Pratt va signer d’ailleurs deux aventures.

 

Pratt a réalisé au total une douzaine d’histoires pour l’éditeur anglais Fleetway. En les publiant, pour la première fois en France près de cinquante ans plus tard, sous le titre Histoires de guerre, Casterman leur redonne la place que méritent dans l'oeuvre de Pratt ces six cents pages en noir et blanc. Même si on se rend compte que ces récits sont largement dans la lignée d’Ernie Pike, Pratt signe cette fois le scénario.

 

Il demeure toujours très manichéen : le gentil gagne à tous les coups et il est Anglais, voire Australien. Les Japonais sont des méchants sans pitié et seuls quelques rares Allemands trouvent grâce à ses yeux. Rien d’étonnant. Pratt est tout à fait dans la logique de l’époque où la guerre et ses atrocités sont encore très présentes dans l’esprit de tous. On reste donc dans des aventures individuelles, avec des héros anonymes, des couards qui sauront se ressaisir, des hommes qui se battent pour la liberté contres les nazis.

 

Le crayon de Pratt est méticuleux dans les uniformes, les équipements ou les véhicules comme il le sera plus encore avec Corto Maltese. Graphiquement Pratt cadre parfaitement son sujet : gros plans souvent, visages durs, marqués, peu de cases par planche, l’action est prioritaire, efficace et rapide, chirurgicale. Du Pratt mais brut de coffrage. Histoires de guerre, Casterman, 45 E.

Cestac : une belle brochette de vainqueurs

BD AIME PAS.jpgC’est une belle brochette de vainqueurs, de cas douteux, de surgonflés de l’ego, de prétentieux, d’authentiques synthèses de la connerie ambiante et de la méchanceté (parfois) réunies. Florence Cestac nous offre, en histoires courtes de quelques planches, une superbe galerie de portraits qui nous font tous penser immanquablement à quelqu’un. Et pourquoi pas à nous des fois ? On vous le demande. Tout ces gens la gonflent grave la Florence. Ils se prennent pour des génies ou des modèles. Cestac puise dans le réservoir sans fond de nos concitoyens, de ces femmes et de ces hommes qui l’entourent, nous, vous, moi, les autres.

 

Qui ne connaît, ou n’a été, un chef de service tatillon et sûr de lui ? Qui n’a été au moins une fois (allez, deux fois)  imbuvable avec un collaborateur ? Quel est le père qui n’a jamais poussé à bout sa progéniture en lui rabâchant ses idées bien arrêtées sur la vie ? On passe sur la meilleure amie à qui le monde fait du bien en permanence alors qu’on se morfond dans un trou noir sans fin ? Et les maris parfaits faux-culs ? Et le roi du bricolage surnommé Attila ?

 

Cestac a ouvert large la boite à baffes. C’est dans sa nature et on ne peut pas être l’auteur du Démon de Midi, franche, tendre et drôle sans avoir le coup d’œil assassin mais lucide, votre honneur. Dans le style on aime bien son explorateur velu et allergique aux poils de chats, le mec qui se prend pour un nouveau paysan. Surtout depuis les Européennes. Le format à l'italienne du bouquin colle parfaitement aux desseins et au dessin de Florence qui est de nous faire rire même jaune. Et pourquoi pas, réflêchir ? J'aime pas les gens qui se prennent, Hoëbeke, 10, 50 E.

 

 

Quand l’amour prend racines

 

 

BD BONSAI.jpgIl y a peu d’auteurs comme Fred Bernard qui sache nous jeter un sort, nous ensorceler avec ses histoires, nous plonger dans ses univers dont on ne revient jamais le même. Depuis La Tendresse du crocodile ou L’Ivresse du poulpe avec sa jeune héroïne, Bernard a évolué, marqué son territoire. Il récidive cette fois en reprenant totalement à son compte L’Homme Bonsaï, un texte écrit par lui et illustré en son temps par François Roca. Bernard a purement et simplement donné vie à une œuvre parfaite, mélange d’aventures, de poésie, de fantastique, avec sa part de rêve et de chagrin. On part à sa suite, dans un port, dans un bouge à marins, où un capitaine au long court raconte l’histoire d’un curieux navire abandonné en pleine mer et sur lequel un arbre énorme a poussé.

 

 

Quand l’arbre s’est mis à lui parler, le capitaine s’est fait violence pour écouter le cruel destin d’Amédée, l’humain,  devenu cet arbre maudit. Abandonné sur une île déserte par des pirates Amédée, le marin, recevra une graine sur le crane qui s’y incrustera. Un petit arbre va y pousser. Recueilli par des pirates chinois dont le chef, un noble vieillard sait tailler les bonzaïs, Amédée devient un redoutable guerrier invincible, porté par la sève de l’arbre qui l’irrigue.

 

 

A lui les abordages, les filles et les richesses. Dans le joli village vietnamien de Hoï An, il tombe amoureux de la belle Changaï Li (encore une femme fantasque comme Bernard les aime), l’enlève et vit sa passion qui peu à peu va les dévorer tous les deux. A la mort de son grand amour, Amédée plantera ses racines à bord d’un galion, là où deux siècles plus tard le trouvera le capitaine. C'est un beau conte dessiné en finesse et enrichi de jolis détails comme les tatouages des héros. Fred Bernard imagine, sculpte, cisèle, nous offre une histoire d'amour exceptionnelle. Son homme bonsaï et sa Changaï Li sont à leur façon de dignes héritiers de Roméo et Juliette. L'Homme Bonsaï, Delcourt, 14, 95 E.

 

 

 

 

Y a de la joie, bonjour tristesse

 

 

BD PTIT RIEN.jpgPatrick n’est pas un rigolo. Le nouveau héros de Pascal Rabaté est pourtant l’heureux propriétaire d’un magasin de farce et attrapes à l’enseigne subtile et surréaliste, Le Petit rien tout neuf avec un ventre jaune qui donne son titre à l’album. D’accord, la femme de Patrick s’est fait la malle mais avec un dépressif pareil y a de quoi aller voir ailleurs si la vie pourrait pas être plus rose. Depuis le Patrick se morfond, et fait régner autour de lui tristesse et morosité. Sa mère, son frère, sa vendeuse Stéphanie, personne n’y échappe. Quand on vend des coussins péteurs ou des masques de Sarkozy on se doit théoriquement d’avoir le moral.

 

 

Mettant de côté ses pulsions suicidaires Patrick accepte de se rendre à un bal masqué. Erreur fatale car son petit cœur tout triste va faire boum pour une jeune et jolie acrobate de cirque, Clarisse. Finies les idées noires, Patrick s’enflamme, accapare la belle et redevient l’inventeur de génie qu’il a été, toujours prêt à bricoler un jouet ou un gadget, un gai-luron. Il y aura pourtant dérapage avec le frère de Patrick, une grosse bagarre, qui tourne mal. Et puis Clarisse mettra les voiles submergée par l’amour inconditionnel de Patrick.

 

Une histoire douce-amère, Pascal Rabaté raconte une rencontre et deux destins qui se croisent, sans plus, comme souvent. L'amour il faut y croire à deux sans exclusive et ne pas passer à côté. La sincérité recouvre tout le propos de Rabaté. Il y apporte en plus une touche d'humour te de simplicité. Le dessin est à la fois sobre et chaleureux, riche, exressif. Etonnant comme on ses ent concerné et ému par ce couple hors du commun. Rabata a vraiment beaucoup de talent. Le Petit rien tout neuf, Futuropolis,18 E