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26/02/2009

"Les Chroniques de la Lune Noire", suite et fin

BD LUNE.jpgC'est une saga qui défie le temps. Depuis vingt ans, Froideval et Pontet au dessin nous racontent Les Chroniques de la Lune Noire (Dargaud). Pour la sortie du tome 14, Cyril Pontet viendra spécialement rencontrer ses fans à la Fnac. Ce sera samedi, à Montpellier, pour une séance de dédicace.

En créant la série, Froideval, un passionné de jeux de rôle, a transposé en BD cet univers qui rassemble environnement médiéval et fantastique. A travers les aventures épiques du jeune Wismerhill, le lecteur se retrouve propulsé comme témoin du conflit entre les puissances divines. On aurait pu redouter que l'intrigue se cantonne volontairement à un réalisme pur et dur. La force de Froideval et de Pontet est d'avoir gardé une touche d'humour salvatrice. Images et textes se décalent, parfois, même si la magie, la guerre et la démesure restent le fond de commerce.

Preuve en est que Les Chroniques de La Lune Noire ont leurs vrais fans. Et qu'ils risquent de faire un peu la tête quand ils sauront que cet album, La Fin des temps, est aussi le dernier de la série. Mais sait-on jamais.

On a dit que l'influence de Druillet se sentait. Les Chroniques ont su s'en dégager et s'imposer seules depuis longtemps et avec talent. Dédicace, samedi 28 février, à partir de 15 h, à la Fnac (Polygone).

 

Des contes à faire frémir de bonheur

Il était une fois, formule traditionnelle qui engage le lecteur vers le conte, un genre qui charme, fait sourire ou très peur. Cette fois avec deux albums on va se fait de joyeuses frayeurs. Sorcières et petit monde des elfes pas gentils sont au rendez-vous. Pour de délicieux frissons.

BD VEILLEE.jpgCommençons avec ce jeune étudiant qui doit veiller la fille d'un riche seigneur dans une Russie encore moyenâgeuse. Dans Veillée funèbre (Delcourt, 12,90 €) Jérome Lereculey apporte avec son dessin clair et réaliste toute la vigueur et le charme nécessaire, la violence aussi, au texte de Martine Müller. L'étudiant philosophe a réussi à chevaucher une sorcière qui va se transformer pour son malheur en belle jeune fille capable pourtant des pires horreurs. Il saura pourtant s'entourer d'un cercle magique le jeune philosophe, mais sera-t-il capable de tenir pendant les trois nuits fatidiques qui devraient rompre le maléfice ? Angoisse totale.

BD TENEBRES.jpgTout autant ambiguë Jolies Ténèbres (Dupuis, 15,50 €) une adaptation très personnelle d'Alice au pays des merveilles que Vehlmann, l'un des meilleurs scénaristes actuels, a écrite avec Pommepuy pour Karascoët. Le corps d'une petite fille repose inanimé dans l'herbe. Tout un petit monde s'agite autour du corps. Aurore, Hector, Plim, Timothée, ils ne sont pas tous très gentils. Ils tueront la petite souris et couperont les ailes du moineau. Fable cruelle sur le jeu enfantin, la douce Aurore va vite comprendre que la vie peut être compliquée et pas tendre. Un regard inattendu et un album touchant.

Une belle vengeance

BD NEUF.jpgUne belle et jeune tueuse à gages a pour cible le chef d'un gang tout puissant. Son contrat se nomme Hsu Yin, une femme. L'association pour laquelle travaille Xiao Wei, Les neuf Tigres, a commandité sa mort. Mais sans savoir que derrière le contrat se cache une entourloupe de première. Avec beaucoup de savoir-faire Vatine et Jian Yi au dessin tracent les courbes attrayantes d'une nouvelle série.

Un dessin nerveux et riche, une héroïne qui a du chien et une histoire de vengeance bien ficelée, on peut penser que ce premier volume présage bien de la suite. 9 Tigres, T1 Xiao Wei, Delcourt ; 12,50 €.

Un bien brave docteur

BD PETIOT.jpgIl restera l'un des plus grands criminels de tous les temps. Le brave docteur Petiot avait comme Landru une passion pour la crémation. Dans l'album que lui consacre dans la série Assassins Puchol et Rodolphe, on prend toute la dimension d'un homme qui dès le début de sa carrière n'a pas hésité à éliminer ses opposants par tous les moyens. Pendant l'Occupation Petiot, sous prétexte d'aider les familles juives à échapper aux nazis, les assassinait. Il avait réussi à se faire passer pour résistant et ses victimes pour des collaborateurs. Un parcours terrible rendu dans le détail. Le Docteur Petiot, Casterman ; 9,90 €.

19/02/2009

Bilal avec Animal'z : un plaidoyer somptueux

Il y a deux ans, à la sortie de Quatre ? Enki Bilal avait déjà en tête un scénario avec pour thème l’écologie selon lui « le seul vrai combat qui reste à mener ». Il a su aller jusqu’au bout de son envie. En signant les 100 superbes pages d’Animal’z Bilal a fait pris avec force et talent la défense de la planète dont il nous disait déjà au début des années 2000 que « l’état dégradée de notre Terre était une épée de Damoclès qui se balance en permanence au dessus de nos têtes ». Bilal a aussi emprunté une nouvelle piste graphique, rompant volontairement avec ses précédents albums. Il ouvre un autre registre, une autre période qui durera selon son inspiration le temps de cette album ou plus.

 

BD ANIMALZ.jpgC’est sur les flots bleus gris de la Méditerranée que s’ouvre le rideau de cette aventure. Elle a pour toile de fond une planète à l’agonie, la nôtre. Tempêtes, tsunamis, froid, un dérèglement climatique a dévasté la Terre. La nature en colère a fait payer le prix fort aux hommes, celui de la fin d’une civilisation basée sur le gaspillage et le pillage des ressources. L’eau potable est le bien le plus précieux que l’on ne trouve désormais que dans quelques rares havres de paix préservés mais difficilement accessibles. Pour tenter d’y parvenir il ne reste que la mer sur des bateaux en mauvais état vers un détroit, un passage, le D17.

 

C’est une poignée de survivants en route pour la terre promise qu’a rassemblé Bilal. Un périple sans retour possible pour Bacon, Lester Outside, Ana, Kim, son père Ferdinand Owles créateur des hybrides et sa mère Louise. Bacon est donc l’un de ces hybrides capable de se métamorphoser en dauphins tout en gardant leur conscience humaine. Un aller retour de l’homme à l’animal possible dans les deux sens. Un « animal’z » comme Kim que son père a pris comme cobaye, un bien curieux docteur ce Owles, savant fou ou génie précurseur.

 

Sur leur route maritime puis glacée, sur des icebergs qui fondent il y aura ces monstres que la rupture climatique a engendré. Ils ont perdu tout repères sociaux ou moraux, cannibales qui dévorent le voyageur égaré, une métaphore de l’ogre que peut devenir l’homme. Il y aura aussi un cavalier monté sur son cheval-zèbre, un pale rider à long manteau. Il manie la citation avec autant de précision que son revolver. Et une baleine, mammifère marin qui reconnaîtra en cette poignée d’humains de possibles interlocuteurs, des survivants qu’il faut épargner.

 

Avec un ton très pictural Bilal cadre simplement son action. On parlera peut-être de western écologique. Ce serait réducteur. Bilal scande son discours par des péripéties multiples où pointe l’humour. Quant au dessin il est tout simplement beau. Cases larges, nuances des gris, décors sobres et précis, expression des corps et humanité des visages, Bilal a écrit une œuvre prenante, émouvante, intelligente. Son message est clair. La nature reprend le dessus, joue avec les humains qui devront négocier s’ils ne veulent pas disparaître. A moins qu’il ne soit déjà trop tard.  « Animal’z » /Enki Bilal/ Casterman

Contes au Caire : les bonheurs de Golo

BD MILLE.jpgEn mélangeant son autobiographie à des tableaux bourrés de vie de la vie quotidienne au Caire dans les années soixante-dix, Golo nous livre un vrai monument de bonheur.On est très loin de la vision touristique de la mégalopole. Golo a su, lui, en pénétrer les mystères, se faire adopter et savourer l'humour, la culture des Cairotes. On est à ses côtés, flanqué de son ami Goudah, pour rechercher la vérité sur l'origine des Mille et une nuits. Golo, qui vit aujourd'hui au Caire, témoigne avec ce premier tome de sa passion pour cette ville et pour les Egyptiens avec fantaisie et talent. "Mes Mille et une nuits au Caire T1", Futuropolis, 17 €.

On en profitera aussi pour rédécouvrir Mendiants et orgueilleux que sort en réédition Futuropolis (17 €). Un policier déroutant, un jeune cadre fonctionnaire, un professeur meurtrier, et Le Caire encore bien sûr dans lequel on se faufile et dont on sent les parfums en suivant Golo. Un plaisir rare.

Bolchevik

BD DIMITRI.jpgUne histoire d'amour sombre et sans issue, c'est celle de Dimitri Bogrov, un jeune avocat russe aux temps du Tsar. En cette année 1911, la révolte gronde déjà en Russie. Les bolcheviks et les anarchistes multiplient les attentats. Quand Dimitri Bogrov, jeune bourgeois, rencontre la belle Loulia, il ne sait pas que par amour pour elle, pour lui éviter le pire, il sera obligé de commettre l'irréparable. En racontant ce destin d'exception Marion Festraëts au scénario, reprend une part de sa propre histoire familiale. Benjamin Bachelier en assure avec finesse et couleurs toutes les facettes."Dimitri Bogrov", Bayou Gallimard, 16,50 €.

10/02/2009

Action : de la Lune à Saint-Germain

BD SAINT.jpgRamenés tout chaud d'Angoulême, deux beaux albums d'aventures. Le premier sous la double signature de Gloris au scénario et du Québécois Bergeron au dessin, redonne vie au comte de Saint-Germain, héros d'une nouvelle série. Immortel, irrévérencieux, charmeur, enquêteur il va apporter son aide au roi de France Louis XV. « Une envie commune de réaliser une grande aventure sans dénaturer la grande histoire » : Gloris défend son bébé qui a, c'est vrai, beaucoup de charme.

En alliant grand spectacle, duels, intrigues et une petite dose de fantastique, l'alchimie bien naturelle pour Saint-Germain fonctionne à merveille. Le dessin de Bergeron colle au récit, illustre les volutes du scénario inventif d'un Thierry Gloris bouillonnant d'idées. Les personnages secondaires accélèrent l'intrigue, la diversifient. Joli travail. Détente assurée (Saint-Germain, T1, Glénat, 13 €).

BD SEPT.jpgDirection la Lune pour le second titre. Sept Prisonniers s'inscrit dans la série thématique ouverte chez Delcourt (14,95 €). A tour de rôle, deux auteurs doivent décliner une aventure dont les héros sont sept, comme dans le célèbre western. Cette fois, une équipe de criminels va sur la Lune pour redécouvrir peut-être les origines de l'humanité. « Je voulais faire un thriller carcéral. Et donner un autre sens aux peintures préhistoriques. Un pari ». Gabella, le scénariste, a bien ficelé son affaire dans un futur pas si lointain. Du souffle, un brin de "gore" pour lier le tout avec le dessin réaliste de Tnadiang et plein de rebondissements en apesanteur.

Génocide arménien

BD ARMENIE.jpgC'est un génocide que le monde a une certaine tendance à oublier. En signant Le Grand Mal, traduction de Medz Yeghern qui qualifie le génocide odieux en 1915 commis par la Turquie, Paolo Cossi nous fait faire acte de mémoire. Il raconte le destin d'un jeune soldat arménien, Aram, qui échappe au massacre de son bataillon et s'enfuit avec un jeune Turc puis deviendra résistant. On suivra aussi les pas de Sona, déportée dans le désert et le témoignage photographique d'un officier. La tragédie arménienne n'a jamais été reconnue par le gouvernement turc. Le bouquin bien construit et dessiné de Cossi est à lire. (Le Grand Mal, Dargaud, 9,50 €).

Vers le Pôle

BD ENDURANCE.jpgDestinations mythiques au début du siècle dernier, les Pôles ont eu leur lot de tragédies, de courage et d'abnégation. En montant son expédition pour rejoindre en bateau puis en traîneau le Pôle Sud, Ernest Shackleton s'était promis qu'il ramènerait avec lui ses camarades. Bloqué par les glaces, obligé d'aller chercher du secours, Shackleton tiendra parole. Son épopée est un modèle de volonté. Il laissera vingt-deux marins bloqués sur une île déserte pendant des mois et reviendra les chercher. Son exploit, en pleine Première Guerre mondiale, passera inaperçu. L'album de Bertho et Boidin a le souffle des grands exploits. (Endurance, Delcourt, 13 €).

 

03/02/2009

Carton plein pour Blutch, Grand Prix à Angoulême : autosatisfaction générale

Retour sur un Grand Prix

Dommage pour Baru qui était à juste titre déçu de ne pas avoir le Grand Prix. Dommage aussi qu'on ait un peu l'impression que les clans se reforment. Dommage enfin que l'alternance ne soit pas de mode. Beaucoup de grands auteurs dont Baru, Binet ou Cosey (Hermann bien sûr) méritent de l'être mais il y a les petits jeunes (qui le sont de moins en moins en fait) et qui poussent derrière ne jurant que par une BD d'auteurs loin souvent du grand public.

Cette édition d'Angoulême au demeurant conviviale a montré une fois encore que ce clivage existe. Il ne faudrait pas que le Festival devienne une chasse gardée. La BD ne doit faite qu'une. Le public se moque absolument des chapelles élitistes. Seul son plaisir et son enthousiasme de lecteur comptent.

En direct d'Angoulême En attribuant hier son Grand Prix 2009 au dessinateur Blutch, le jury du Festival de la BD, composé exclusivement d'ex-lauréats a marqué une volonté de transition. Désormais on sait que les anciens, de Cestac à Margerin, Boucq, Juillard ou Fred doivent compter de plus en plus avec les jeunes Turcs menés par des auteurs comme Trondheim, Dupuy et Berberian, le duo talentueux qui présidait cette année le festival. La lutte a été chaude. Un score au finish entre Blutch, le vainqueur, et son challenger Baru que l'on donnait aussi comme possible gagnant.

Amusant de constater que ces deux noms circulaient depuis plusieurs jours avec insistance comme prétendants potentiels. Blutch l'a emporté sur le fil avec, semble-t-il, l'apport de la voix prépondérante de la présidence. On aura des regrets certains que Baru, une fois encore, soit passé si près du Grand Prix. Son dernier album Pauvres Zhéros est un modèle du genre.

BD BLUTCH.jpgPar contre rien à dire sur le choix le choix de Blutch, 41 ans, l'auteur prolifique de C'était le bonheur (Futuropolis) et de Le petit Christian (L'Association), dont le tome 2 a été aussi primé parmi les Essentiels 2009 hier soir. Il y raconte son enfance qui selon lui « n'a rien eu de spectaculaire ou de dramatique. C'est plus une impression que j'ai gardée, peut-être qu'on a besoin de retenir ces moments-là. Tout n'est pas obligatoirement vrai dans mon récit. Mais la vérité je ne sais pas ce que c'est. La sincérité peut-être. Je dessine mes souvenirs », a souligné le dessinateur. Sur scène hier soir à l'annonce de sa nomination comme Grand Prix de la ville et président 2010, Blutch a salué son public par un « Je vous ai compris » souriant. Blutch, c'est aussi un énorme travail graphique, inventif, un auteur tendre et ouvert sur les autres. Sa présidence marquera sûrement l'histoire du festival.

Pour les albums, Pinocchio de Winshluss édité aux Requins Marteaux reçoit le Fauve d'Or du meilleur album. Viennent ensuite parmi les cinq essentiels trois titres dont Midi Libre avait pressenti le succès : Spirou, journal d'un ingénu d'Émile Bravo qui a annoncé hier soir qu'il préparait la suite (Dupuis), Martha Jane Cannary de Blanchin et Perrissin (Futuropolis), Lulu femme nue de Davodeau (Futuropolis). Tamara Drewe de Posy Simmonds (Denoël) complète la liste avec le Blutch cité plus haut. On finira par le prix du Patrimoine attribué à Opération Mort de Mizuki chez Cornélius et le prix Révélation très mérité au jeune Bastien Vivés pour Le Goût du chlore (Casterman).

Bilan positif, autosatisfaction générale des organisateurs, équilibre à peu près maintenu entre BD grand public et spécialisée, l'anniversaire des 50 ans de Boule et Bill, ce 36e festival d'Angoulême aura été celui du consensus.

Pinocchio Le pantin détonant de Winshluss élu à Angoulême


En donnant le Fauve d'Or au Pinocchio de Winshluss (de son vrai nom Vincent Paronnaud) le jury du 36e Festival d'Angoulême a osé. Et défendu ainsi non seulement un travail éblouissant d'invention mais aussi un éditeur, Les Requins Marteaux, qui n'avaient pas hésité à publier ce beau pavé coloré et sans égal. Coréalisateur avec Marjane Satrapi du film d'animation Persepolis, Winshluss décline l'oeuvre de Carlo Collodi sur un ton sans équivoque.

BD Pinocchio.jpgEn scandant sous forme d'histoires courtes les tribulations d'une marionnette dont le destin initial était de devenir une machine de guerre Winshluss décrit un monde empoisonné, noir et sans espoir. Agressif, mais conscient de l'être. Winshluss a mis presque dix ans à boucler son Pinocchio. Petit pantin d'acier, Pinocchio va en voir de toutes les couleurs malgré sa bonne conscience. Il finira même par être pendu, mais survivra. Winshluss conserve une trame cohérente à son album défendant la complexité d'un monde que l'on voudrait nous montrer comme parfait et sous contrôle. A quel prix ? En commençant en 2001 son Pinocchio, Winshluss savait déjà où il voulait aller sans savoir que le projet prendrait cette ampleur. « Cela me donnait l'opportunité d'aborder plein de thèmes, une vision générale de la société, ce que je ressentais de mon époque ». Lucide sans être désabusé, Winshluss a donné à Pinocchio un souffle extraordinaire qui empêche le lecteur de décrocher tout en étant parfois interpellé. Un vrai travail de maîtrise graphiquement époustouflant (30 Euros).

14:16 Publié dans Famille | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pinocchio, ferailles |  Facebook |

Valse avec Bachir : quand les mémoires s'ouvrent

 
BD BACHIR.jpgÉvénement à Cannes, le film d'animation d'Ari Folman et David Polonsky, Valse avec Bachir, est adapté en BD (Casterman). C'est Polonsky lui-même qui signe cet album coup de poing. 1982, la guerre au Liban, le massacre par les phalanges chrétiennes des réfugiés palestiniens dans les camps de Sabra et Chatila, Polonsky a rassemblé « ces retours à la mémoire de jeunes soldats israéliens. A ce moment, les Palestiniens sont devenus des victimes, les Israéliens des bourreaux ». Le remarquable récit graphique de Polonsky s'impose sans forcer le trait. « J'espère que le film servira de thérapie à une génération ».

Angoulême fait le plein de bande dessinée et tente d'oublier la crise

BD ANGOUL.jpgPour ses 36 ans, le festival d'Angoulême affiche une bonne santé insolente. Tous les éditeurs ont fait le déplacement malgré la grève de jeudi dernier qui a perturbé l'arrivée des auteurs jusqu'à la Mecque de la BD. Côté public, la foule des grands jours était aussi présente. Des milliers de fans ont envahi les rues de la ville, plus nombreux qu'en 2008.

Après le Prix jeunesse attribué à Joann Sfar pour son adaptation du Petit Prince, c'est aujourd'hui que seront connus non seulement le Grand Prix de la ville, futur président de l'édition 2010, mais surtout les cinq albums "indispensables" parmi une sélection de 56 titres. Dans les titres nominés, on retient le tome V de la série Max Fridman (Glénat) signée par Vittorio Giardino, auteur phare qui a accepté de venir au prochain festival de Sérignan près de Béziers en mai prochain. « Il faut savoir défendre son bébé, d'où ma présence à Angoulême ». Giardino a choisi la guerre d'Espagne comme cadre des dernières aventures de son héros au moment même où on commémore l'anniversaire de la Retirada des républicains vers la France par les P-O en 1939.

BDFRIDMAN.jpgAutre titre nominé, celui de Baru Pauvres Zhéros (Casterman) adapté d'un roman noir de Pelot. « La chronique d'un monde d'enfermement social et moral. Je suis allé jusqu'au bout du pessimisme ». Baru qui fait partie des "possibles" Grand Prix a une vision moins optimiste que celle qui prévaut ici quant à la faculté de la BD de ne pas être trop touchée par la crise. « C'est un mystère qu'avec autant d'albums publiés on ne finisse pas par en faire les frais, nous, les auteurs. Ce sont les ventes de mangas en France qui apportent de l'oxygène à la BD ».

Car de l'avis de tous, la BD est encore dans sa bulle, celle qui la protège au moins provisoirement de la crise. Des ventes en augmentation pour 2008 à plus 10 %, des poids lourds qui assurent la trésorerie, des lecteurs qui aiment la BD (un album vaut en moyenne 12 €), on se félicite en restant prudent. L'effet retard de la crise pourrait bien se faire sentir fin 2009 avec une diminution des ventes pour les nouvelles séries. Pourtant, les chiffres de ce mois de janvier sont aussi bons que ceux de 2008. Alors, la BD miraculée ? Pour l'instant, elle fait la fête en espérant ne pas se réveiller un matin avec la gueule de bois.

DBD, un bilan complet et le futur

BD DBD.jpg124 pages qui reprennent en détail les meilleurs albums de 2008, les révélations ou les grandes tendances prévues pour 2009, DBD, le seul mensuel encore bien vivant qui ne traite que de BD, sort un numéro spécial. Les éditeurs, les auteurs sous la houlette de Frédéric Bosser s'expriment et s'expliquent. Sélections des critiques, dossiers, la crise, les valeurs sûres, ce numéro hors série est une vraie bible à conserver (10 € en kiosque).