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31/10/2008

Noir sous le soleil

BDMONSIEUR.jpgC'est sous le soleil de Provence que le noir s'installe. Augustin a pour sa grand-mère une affection profonde malgré son père, Maurice, un Parisien, venu séduire sa mère, un bon à rien au passé trouble. La mamie tombe dans l'escalier. Un regrettable accident. Enfin presque car Augustin est témoin de la chute. Et les gendarmes s'en mêlent comme le régisseur Hyppolyte qui aimait beaucoup la grand-mère. Alors, on va régler les comptes en famille. On est pris au ventre par ce récit lourd, tendu d'Olivier Mau et dessiné avec tact par Rémy Mabesoone. En noir et blanc bien sûr malgré le soleil. "Au revoir Monsieur", Casterman, 14,50 €

Vengeance totale

BDSEPT.jpgOn n'est jamais déçu par les albums qui composent la série 7. Cette fois, ce sont sept Yakuzas qui sont les héros perdus d'une vengeance totale que dévoile, page à page, Jean-David Morvan. Un chef de clan est victime d'une tentative de meurtre. Il est sauvé par ses gardes du corps et son sixième sens. Pour retrouver et se venger du commanditaire, il entraîne à sa suite six hommes avec lesquels il a un lien de sang et qui sont prêts à aller jusqu'au bout. Autant dire que Hikaru, le dessinateur japonais qui signe l'album, colle avec la violence de l'histoire. Etonnant. "Sept Yakuzas", Delcourt, 14,95 €

Lubna, les débuts

BDRIVIERE.jpgLa série Love and rockets de Gilbert Hernandez est devenue un monument de la BD du quotidien. On y suit la vie mouvementée et tourmentée de Lubna, personnage central de cette saga. Cette fois c'est sur ses origines que l'on a des détails avec ce récit complet qui raconte d'où vient la jeune femme, fille d'une ancienne pin-up mariée à un riche propriétaire qui la vire parce qu'elle est enceinte d'un autre. Lubna aura donc une enfance traumatisante avant d'épouser un petit truand. Sous la forme d'histoires courtes Hernandez trace les contours d'un monde sans pitié assez noir mais réel. La Rivière empoisonnée, Delcourt, 17,50 €.

Blanche tigresse

BDTIGRESSE.jpgC'est une tigresse blanche la belle Alix, membre d'une terrible société secrète qui a changé de camp pour défendre contre Mao les intérêts de Tchang Kaï-Chek. Avec ce tome VI (tome I de la deuxième série) Conrad et Wilbur relancent les aventures de la chaste mais pétillante Alix reine des arts martiaux. Un trésor de guerre japonais, la rivalité entre services de renseignements, la guerre froide, Alix va peut-être changer de camp et accepter l'aide de la CIA. Action, humour et personnages décalés, Conrad nous donne toujours autant de plaisir avec la redoutable Alix. Dessin parfait, enlevé et bonne histoire. Tigresse blanche, T1 La théorie du mikado, Dargaud, 11,50 €.

 

Hara Kiri, la légende a sa bible

De 1960 à 1985, le journal mensuel Hara Kiri a séduit, horrifié, été interdit deux fois. Le recueil de ses meilleures unes qui vient de sortir rappelle un parcours de légende.

Cavanna, le professeur Choron, Delfeil de Ton, Fred, Reiser, Cabu, Wolinski, et les autres, ils ont tous fait partie de l'aventure Hara Kiri, "le journal bête et méchant", un programme en forme de synthèse. C'est un jeune chercheur, Stéphane Mazurier, qui se lance d'abord dans une thèse sur cette bible de la dérision : « Trop jeune, je ne suis pas un enfant de Hara Kiri. Je l'ai découvert peu à peu et j'ai de suite pensé qu'avec Cavanna, fondateur du titre avec Choron, ma thèse pouvait aussi déboucher sur un recueil d'images » « J'ai dit "Pourquoi pas" », enchaîne Cavanna qui, avec Delfeil de Ton, autre pionnier du titre, a rejoint Mazurier pour travailler sur l'album. « Ce bouquin manquait. Il nous permet de montrer le concept Hara Kiri, rien d'interdit », poursuit Delfeil de Ton. Et c'est vrai qu'en feuilletant les pages de ce gros pavé, on rigole certes, mais souvent jaune. Pas de limites à la Une ni dans les rubriques, la chasse est ouverte. On réinvente les romans-photos, la pub est détournée sans pour autant transformer le nom des marques.

BDHARA.jpgAlors, les réactions ne se font pas attendre et Hara Kiri devient la cible aussi bien du pouvoir en place que de la classe politique ou des bien-pensants de tout poil. « On en a vraiment bavé, vous savez. Il y avait ceux qui nous adulaient et ceux qui nous haïssaient. Souvenez-vous qu'on commence en 1960, en pleine guerre d'Algérie. On était méprisé ou ignoré. » Cavanna a toujours la même passion de convaincre, la foi chevillée au coeur : « Nous étions de vrais amateurs. Nous avons choisi le titre du journal parmi d'autres comme Cyrano, Don Quichotte, Arquebuse. Hara Kiri s'est imposé. Choron était un meneur d'hommes mais pas un gestionnaire. Moi, je m'occupais de tout le reste. » Les personnalités étaient fortes à Hara Kiri. « Certes, poursuit Delfeil de Ton, mais quand un chroniqueur avait deux pages, il faisait ce qu'il voulait. Sans censure. On est fier d'avoir permis à Gébé, Topor, Reiser bien sûr de s'épanouir en toute liberté » . Personne n'est épargné. On se souvient encore du titre Bal tragique à Colombey : un mort pour le décès de De Gaulle. Remous dans l'Hexagone mais ce ne sera pas le seul.

HARA1.JPGEst-ce qu'aujourd'hui, on pourrait aller aussi loin qu'Hara Kiri à l'époque ? « Pas sûr. Regardez les conséquences de la publication des caricatures de Mahomet. Provocation, humour par les photos, le dessin, les textes, on a inventé plein de choses. De Francis Blanche à Coluche, ils sont passés par Hara Kiri. On pensait avant tout à se marrer, pas au lecteur. De toute façon, c'est quand les journaux se sont mis à faire des études de lectorat qu'ils se sont mis à moins se vendre », ajoute en souriant Cavanna.

Hara Kiri arrivera à 250 000 exemplaires vendus chaque mois. « On était sur les genoux et financièrement, les procès perdus nous ont saignés. Mais avec une meilleure gestion, on aurait pu durer. Sur vingt-cinq ans de parution, nous avons été payés pendant trois ans seulement. Il fallait vraiment y croire, non ? » La légende a désormais sa bible.

18/10/2008

De drôles d'hommes de lettres

L'idée est bonne. Osée mais généreuse. Raconter l'histoire de la littérature français en BD aurait pu en rebuter plus d'un. Et pourtant c'est la tâche menée à bien et en douceur par Catherine Meurisse avec Mes hommes de lettres (Editions Sarbacane, 19,50 € ), un titre joyeux et drôle pour un gros album qui ne fait pas dans le facile.

BD LITTERA.jpgAdapter des oeuvres littéraires en BD on connaît. Avec des résultats plus ou moins hasardeux. Non. Cette fois ce sont les auteurs, les grands noms du patrimoine littéraire français qui sont les héros de ces aventures où rien bien sûr n'est inventé. On commence par le Moyen Age avec l'excellent roman de Renard, sacré goupil, ou Tristan et Yseut dont les auteurs sont restés dans l'anonymat. Place ensuite à Rabelais, les écrivains de la Pléiade. Et bonjour Corneille avec un Cid qui, à l'époque, ne fait pas l'unanimité. Vous préférez La Fontaine ? Ou Racine, Molière ? Ils sont de la fête sous le crayon assez irrévérencieux de Catherine. Voltaire et Rousseau ne sont pas des Candide. Diderot, Laclos, D'Alembert, vous vous souvenez de vos Lagarde et Michard ? C'est pareil mais en beaucoup plus vivant et rigolo malgré la Révolution qui gronde. Hugo et la bataille d'Hernani, Balzac, des dessins qui sont des romans, Zola, Colette, Sartre et Beauvoir, on se promène dans des siècles de génie littéraire, en douce et avec un vrai plaisir, sans difficultés, avec humour. On devrait mettre l'album de Catherine dans tous les collèges. Cavanna en a fait la préface.

Il rempile Lucien

BDLUCIEN.jpgLucien est de retour. Banane grisonnante au vent, petit ventre rond qui sort du 501, Lucien est un rocker pur sang. Pour toujours même s'il est un peu rangé avec sa petite famille dont sa fille qui l'agace et vend des guitares à des jeunots débiles aux ambitions en béton. Un quinqua de 2008 dans toute sa splendeur, nostalgique en diable mais pas mort, le Lucien. Margerin a su avec humour et tendresse faire évoluer son Lucien à travers l'âge. Il remonte un groupe, le têtu, avec ses copains qui ont autant vieilli que lui mais ont encore la foi. Ils se marrent et y croient. Nous aussi. Bravo Lucien. "Lucien toujours la banane", Fluide Glacial, 9,95 €

Prête à tout

BD HOSTI.jpgUne aventurière que rien n'arrête, belle mais dangereuse dans un futur lointain, celui de 2017, Helen est l'héroïne d'une nouvelle série bien ficelée. Avec l'aide de deux savants qui lui permettent de changer de visage et d'identité à volonté, Helen a pourtant une faiblesse, sa fille qui vit dans un coma artificiel en attente d'un improbable médicament. Attentats, règlements de comptes, terrorisme, pièges divers, manipulations, Helen aura aussi à gérer un être venu d'ailleurs mais c'est pour la suite. Dessin très énergique et typé de Henrichon sur un texte de Runberg qui tient la route. "Hostile T1", Dupuis 13

Deux cavales au bout de la vie

BDDOG.jpgUne cavale cela ne s'improvise pas. C'est un peu ce que ce dit le brave Jonas avec ces quatre millions en petites coupures en plein désert sud-américain. Quand il se fait coincer par Dog, un vieux croûton doué, certes, mais mercenaire de profession, Jonas commence à comprendre que les ennuis commencent. Sauf que Dog va l'aider face à une paire de flics pourris, un politicien véreux ou une Corto Maltese aux formes tentantes. Allez savoir pourquoi.

Avec Dog et moi l'ex-Montpelliérain et nîmois Thierry Plus, aujourd'hui toulousain, nous fait un gros plaisir. L'histoire est cossue, les dialogues vibrants et nerveux. Son dessin, car il fait tout Thierry Plus, est souple, précis mais réaliste sans tomber dans l'extrême. Belles couleurs, plans rapprochés, personnages à caractère, un premier album qui étonne et tant mieux (Dog et moi, Bayou – Gallimard Jeunesse, 16,50).

Autre balade mouvementée, cavale sans fin, celle de trois copines pour Un Enterrement de vie de jeune fille. Quitterie et Auréole font semblant de kidnapper leur meilleure amie, Anne et l'emmènent à la campagne. Sauf que Anne n'a plus envie de se marier et que ses copines la gonflent grave. Les amours, les angoisses de la proche trentaine, les grosses bêtises et une culpabilité malvenue, il va y avoir de la casse. Bourhis, texte et dessin, Merlet, couleur, gravent les étapes un peu acides et tristes de trois ex-gamines qui n'ont pas vraiment compris qu'il fallait bien vieillir un jour. Et mourir. Une leçon douce-amère (Dupuis, 11,50 €).

Retour sur images

BD VIE.jpgUn fils que son père, qui le déteste, appelle à son chevet, un passé occulté qui ressurgit, Fredman, dont le quatre mains Petites éclipses avec Jim a été une belle sortie, vole en solo. Avec La Vie secrète il décrit l'exorcisme d'une famille que ne sait pas que le patriarche a été l'un de ces SS français qui se sont battus sur le front de l'est avec les Allemands.

Un petit-fils en adoration pour son grand-père, un motard de la police angélique, Fredman nous accroche avec un récit déroutant, subtil et par un dessin avec lequel on plonge au coeur de l'histoire. La Vie Secrète, T.1, Casterman, 13,50 €.

BD FOURNIER.jpgUne autre histoire de famille mais cette fois au Népal. Fournier et Lax imaginent deux hommes, deux frères, amoureux de la même femme là-haut sur des sommets où la nature est froide voire hautaine. En cette fin du XIXe siècle l'Angleterre y règne en maître.

Pour pouvoir espérer revoir son fils le père doit passer pour un traître et espionner les siens. On se souvient que Fournier a dessiné Spirou. Avec cette tragédie il accentue son dessin, passe à un réalisme qui lui va bien. On marche avec les auteurs, on se laisse séduire et on attend avec impatience de savoir où nous mènera cette communion. Les Chevaux du vent, T1, 18 €.

BD XIII, de la bulle à l'écran

 Série BD mythique de Vance et Van Hamme, XIII est devenue un film qu'a télédiffusé Canal PLus. On n'y croyait plus. Après une vingtaine d'albums publiés chez Dargaud avec des chiffres de ventes exponentiels, XIII a été adaptée à l'écran. Les projets avortés ne se comptaient plus tant la complexité et la richesse des aventures demandaient de gros moyens. C'est un duo franco-canadien, David Wolkove et Philippe Lyon, qui a rassemblé les quinze millions d'euros pour, en deux épisodes de 90 minutes, raconter la valeur de neuf albums.

Avec Le Jour du Soleil noir et Toutes les Larmes de l'enfer, le célèbre amnésique au chiffre XIII tatoué sur l'épaule est de retour. Il sera accusé du meurtre de la présidente des Etats-Unis et va déjouer un complot international. La série BD est devenue un classique. Le film a tout pour séduire un public qui sera immanquablement charmé par le punch que le réalisateur Duane Clark a su imposer.

BD MANGOUSTE1.jpgAction avant tout, rythme digne des meilleurs thrillers, XIII est incarné par l'acteur Stephen Dorff et le tueur implacable surnommé La Mangouste par Val Kilmer. On retrouve en chair et en os la plupart des personnages de la belle Jones au général Carrington. Le défi était de taille. Les adaptations en BD sont toujours difficiles. Il suffit de se souvenir des accueils très mitigés – et c'est peu dire – pour le Blueberry ou le Michel Vaillant. Cette fois la sauce a pris. On aurait préféré que XIII soit diffusé sur une chaîne publique mais il ne faut pas rêver.

BD MANGOUSTE2.jpgEn parallèle, en album de bonne BD, XIII a fait des petits. Van Hamme a passé le relais pour le scénario et William Vance gardé la main au dessin sur la suite de la série mère avec vraisemblablement Yves Sente qui écrit déjà Blake et Mortimer. La nouveauté c'est le premier XIII Mystery, une série qui va permettre de découvrir les origines et l'histoire de personnages secondaires, expliquer comment ils sont devenus des héros à part entière en croisant la route de XIII.

La Mangouste, un méchant pur et dur qui a rendu XIII amnésique, ouvre la collection. Xavier Dorison a imaginé brillamment son passé. Ralph Meyer l'a superbement dessiné. Une belle relance pour XIII.