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23/06/2008

Michel Vaillant n'a pas pris une ride

On n'a jamais fait mieux, ni plus documenté. Avec Michel Vaillant, Jean Graton a créé dès la fin des années cinquante la seule BD qui a jamais parlé avec brio d'automobile, de courses et de pilotes. En 70 albums, Michel Vaillant et son copain Steve Warson a enchanté des générations de gamins (et souvent leurs pères) passionnés de F1 ou par ces 24 H du Mans dont l'édition 2008 s'est courue le week-end dernier.

abd596e069cd5c7bbe8eca3a7c802ed3.jpgEn commençant la réédition enrichie de travaux complémentaires ou de dessins inédits des aventures de Michel Vaillant, en fait de la famille Vaillant père, mère, frère et belles-soeurs, les éditions du Lombard consacre, si besoin était, le travail de Graton. Eternellement jeune depuis 1957, Michel Vaillant est le fil rouge de toute l'évolution de la technologie automobile. Finalement dans l'esprit des jeunes lecteurs de Tintin l'hebdomadaire qui publiait la série, il n'y avait pas de vraie limite entre fiction et réalité. Jim Clark, Graham Hill ou autre Beltoise cotoyaient dans les planches Vaillant ou Warson, ex-redoutable adversaire de Michel devenu son meilleur ami. Lire Michel Vaillant, c'était aussi intégrer une famille presque idéale, celle de la réussite française des années soixante, une saga avant l'heure des séries TV.

Avec la publication de l'intégrale ouverte par un tome qui rassemble Le Grand défi, Le Pilote sans visage et le Circuit de la peur Michel Vaillant qui n'a pas pris une ride va retrouver ses fans et surement en trouver de noouveau (24,50 € le tome 1).

 

Suicide assisté

78181325686abb5335fa2d06792022d4.jpgUn western mais noir comme un polar, Richard Guérineau au dessin et Henri Meunier au scénario ont sûrement signé l'un des meilleurs albums de l'année. Westwood City est sous l'autorité impitoyable du shérif Stanton. Quand débarque, avec deux cadavres, le jeune Jérédiah Cooper aux colts recouverts d'entailles symbolisant ses victimes, Stanton comprend qu'il y a du duel dans l'air. Et sa vie en jeu. Tout le suspense va désormais se concentrer sur les causes de cette confrontation. Une prostituée défigurée, des destins manipulés, un dessin écrasant de puissance font un tout étonnant. "Après la nuit", Delcourt, 13 €.

Loups entre eux

95b972709a85a1f215349639673b64e0.jpgLa fuite éperdue pendant la révolution russe d'un médecin qui pourtant était un révolté chronique, sa rencontre avec un bien curieux cavalier, cette Taïga Rouge de Vincent Perriot au dessin et Arnaud Malherbe au scénario a de quoi ravir. Les deux hommes que l'amitié va souder vont errer sur une terre où les erreurs ne sont pas possibles pris au piège entre Rouges et Blancs qui s'affrontent, loups entre eux.

Il y a incontestablement un souffle puissant dans cet album qui aura une suite. On colle aux personnages, on prend fait et cause. Le dessin est saisissant, l'histoire le porte. "Taïga Rouge ", Aire Libre Dupuis, 18 €.

12/06/2008

Le monde des fées du Changeling avec Dubois et Fourquemin

Xavier Fourquemin et Pierre Dubois ont cosigné "La légende du Changeling" Pierre Dubois est le magicien du monde des fées. Il était dérnièrement hez Sauramps à Montpellier aux côtés du dessinateur Fourquemin, à l'occasion de la sortie au Lombard du premier tome de La légende du Changeling dont il a écrit le scénario. Avec Pierre Dubois, l'appréhension du folklore celtique dépasse le simple cadre du monde du roi Arthur, traditionnellement le plus connu du public. C'est avant tout le combat de la nature opprimée par les humains qui s'impose dans l'oeuvre de Pierre Dubois.

068c8674eb338b5afcbb420b691470d0.jpgOn va donc retrouver cette constante dans La légende du Changeling, dont le jeune héros, Scrubby, est un enfant des fées initié par un vieillard. Avec passion et bonhomie Pierre Dubois sait captiver ses interlocuteurs quand il raconte comment il a travaillé avec Fourquemin : " Je suis un écrivain, je raconte mon histoire comme une nouvelle mais c'est au dessinateur de cadrer et découper ". Jovial et malicieux Dubois a donné à ce Changeling un ton très particulier qui ne peut que séduire.

Quand Scrubby et sa famille quittent leurs landes du Dartmoore pour aller chercher du travail à Londres en pleine révolution industrielle il ne se doute pas qu'avec lui, les fées et autres gnomes pourraient bien se cacher là où il ne les attend pas. Le temps de la révolte face au mal est arrivé. Scrubby va la vivre en direct.

Le dessin de Fourquemin, à qui l'on doit les aventures de l'étonnante et savoureuse Mis Endicott, est très codé. Ses personnages sont à la fois réalistes et facétieux, mystérieux à souhait quand nécessaire. "J'ai trouvé en Pierre Dubois un authentique écrivain qui m'a laissé toute liberté. ET je crois que nous avon su nous complèter à merveille. J'en suis dejà à la moitié du tome 2 et on devrait en faire cinq au total". L'association des deux auteurs pour cette légende envoûtante est féerique. Normal.

Lefranc à Londres

bedeb57f3b7d69a298b8fb54952cd733.jpgAvec ces nouvelles aventures londoniennes au début des années cinquante, le héros de Jacques Martin, Lefranc, renoue avec ce qui avait fait le vrai succès de la série. Atmosphère un brin rétro, dessin ligne claire prononcé et de qualité signé par Taymans, scénario catastrophe de Drèze avec des méchants au passé historique pas net, tous les éléments sont rassemblés pour revenir aux sources. On y ajoute quand même de l'action pure et dure, une brune et détestable jeune femme et un jeune garçon orphelin de guerre. Au total ces péripéties multiples accrochent bien le lecteur. Londres en péril, Casterman, 9,40 €.

Flagada le retour

ff883250a3ac3b32bd9411e47a0efe9d.jpgC'est l'oiseau le plus rigolo de la BD. La Flagada est un mélange tout jaune d'hélicoptère pour la queue et de poisson lune pour le corps. En prime c'est un vorace le Flagada qui a vu le jour en 1961 sous le crayon de Charles Degotte.  Il reprend du service avec cette fois Zidrou au scénario et Bercovici au dessin sous la forme d'une histoire complète, lui l'oiseau farfelu habitué aux planches gags. Une petite fille est persuadée que son père a bien vu un Flagada. Mais le seul exemplaire connu attire les convoitises d'une collectionneuse sans scrupule. Amusant ce retour inattendu. Le Dernier des Flagadas, Glénat, 9,40 €.

09/06/2008

Mara fille spirituelle de Conan Doyle

Elle a vingt-cinq ans. A l'occasion de la Comédie du Livre à Montpellier Mara (notre photo) présentait son premier album, Clues (Akileos, 14 €). Dessinatrice autodidacte Mara a réussi non seulement à captiver par son dessin mais aussi avecr son histoire : « C'est vrai que c'était un défi personnel. Je me suis lancé. Mon éditeur y a cru. L''une de mes sources d'inspiration c'est Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes, qui m'a donné envie de créer le personnage de l'inspecteur Hawkins et de son assistante, Emily, dans le Londres de la fin du XIXe siècle ».

0652209a9a19332511aed9950d2cf5bc.jpgElle est sincère Mara qui revendique aussi clairement son attachement à Disney et à son monde animé avec ses personnages secondaires décapants. « Mais si j'avais à choisir l'auteur qui m'importe le plus c'est George Bernard Shaw avec Pygmalion. L'inspecteur Hawkins sera celui de la jeune Emily, son professeur en criminologie ». Ce sont finalement les premiers pas de la police scientifique que Mara met en scène. Hawkins comme Holmes étudie la scène du crime, collecte les indices, fait appel au microscope. Le tout se double de la propre enquête d'Emily sur la mort de sa mère dont on sait dès le début qu'elle était une criminelle. Mara joue volontiers sur l'ambiguïté de ses héros. Quelles relations finiront par nouer ou pas Hawkins et Emily ? « Il y aura trois tomes. Si le premier, Les Traces du passé, était masculin, dans le second Emily occupera le devant de la scène ». Amoureuse de cinéma Mara se voit aussi un destin derrière la caméra. Mais après avoir fini Clues.

Mission suicide

973033ce7f1ba4eadd100004d84362f3.jpgSept cavaliers sortent d'une forteresse déserte. A la demande du Margrave leur empereur ils ont pour mission de retrouver la vie où qu'elle se trouve depuis qu'elle a abandonné leur cité, volée par les enfants devenus ennemis mortels des adultes. Adapté du roman de Jean Raspail par Jacques Terpant, les "Sept cavaliers" sont à la fois un conte philosophique et un roman d'aventures. Le premier tome assoit l'histoire et lance l'action très réaliste en dessin et bien menée. La quête est celle du bonheur perdu, une mission suicide dont on attend la suite. "Sept cavaliers", Robert Laffont, 12,95 €

Confessions

7e9a1f41380aac6e98b0f541fe51ff51.jpgEdmond Baudoin présidait le dernier festival de Sérignan dans l'Hérault. Personnage attachant à l'intelligence pétillante il est l'un des rares vrais maîtres de la BD, exigeant. Avec "L'Arleri", son dernier roman graphique dans lequel il utilise chose rare la couleur, Baudoin trace le portrait d'un amoureux fou de l'amour, un hymne inconditionnel à la femme. Dialogue entre le peintre vieillard et son jeune modèle, les rôles s'échangent , les corps rajeunissent. On aurait tendance à penser que Baudoin signe une autobiographie de ses amours en finesse mais avec passion. Superbe. L'Arleri, Bamboo, 16 €.

08/06/2008

Le choc des cultures

Contrebande mortelle

 

Eté 1940. La Suisse qui a réussi à rester neutre en plein conflit mondial est devenu un paradis inaccessible pour tous ceux qui en Europe essayent de fuir les nazis. Et pour ces derniers un coffre-fort  inviolable où ils entassent les fortunes volées à leurs victimes.

87056556a6d7d65900203c929e35689b.jpgPilote privé, Richard Stoltz a un petit bimoteur qui lui permet de faire vivoter sa compagnie aérienne. Quand le secrétaire de sa banque lui propose de faire passer la frontière à des officiers nazis qui d’Allemagne transfèrent en Suisse bijoux, lingots et objets précieux dérobés le plus souvent à des familles juives Stolz n’a pas d’états d’âme. Au moins en apparence. Jusqu’au jour où au retour ce sont des enfants juifs que Stolz va se mettre à ramener vers les rives du Lac Léman grâce à l’aide d’un officier allemand et de sa femme.

Stolz est le narrateur de cette aventure dont le premier tome campe l’environnement historique et met en place les personnages qui sont tous relativement manichéens. Le pilote qui a un bon fond, le secrétaire de banque résistant, le couple allemand courageux, et la Suisse dont le rôle pendant la guerre a été pour le moins ambigu.

Cela fait cependant une histoire qui tient la route, bien menée avec ce qu’il faut d’action, de péripéties romanesques, d’aventures aéronautiques dont l’éditeur Paquet se fait une spécialité. Le dessin mériterait un peu plus de précision, de rigueur afin de faire disparaître une légère impression de laisser-aller. On reste cependant pris par l’histoire et en attente d’une suite bien cadrée que l’on sait par avance mouvementée. «Le Passeur, T1, Les Orphelins du Reich » / Pierre-Paul Verelst / Brice Bingono / Paquet

Histoire d'hommes

C’est une histoire d’hommes, d’amitié improbable au temps des Croisades entre un chevalier chrétien un brin déjanté et un prince musulman idéaliste. Guido qui fuit les siens se retrouve prisonnier du calife Abdu Al Khayr. Au lieu de le faire décapiter Abdu veut s’en faire un copain envers et contre tout. Flanqué de la jolie sœur du calife qui a un faible pour Guido les deux hommes s’embarquent pour un voyage initiatique qui doit les mener à Jérusalem sur le tombeau du Christ puis à La Mecque.

En chemin ils vont affronter une série d’épreuves initiatiques à la tonalité assez bibliques dans lesquelles chacun réagira en fonction de son éducation. Abdu est de loin le plus sophistiqué, ouvert sur le monde par rapport à un Guido qui en tient une sacrée couche – moine défroqué et hérétique. Il a juré après avoir trahi celle qu’il aimait d’aller se repentir sur les lieux saints.

Abdu sera son confesseur et son maître à penser. Les deux hommes vont se reconnaître en amitié. Guido fera repentance et sera touché par la grâce divine. Le texte de Marazano n’est pas convenu et ne fait pas dans la facilité. On sent les tensions, le débat et la confrontation entre deux cultures qui ont des connotations très contemporaines. Respect, humilité, reconnaissance, il y a beaucoup d’authenticité dans cette histoire dont Pion assure le dessin avec efficacité et fougue. « Jérusalem » / Richard Marazano / Patrick Pion / Glénat