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28/01/2008

COUPS D'OEIL A ANGOULÊME

Jean-Yves Delitte, super-méchant
« Une vraie synthèse »

7f8d2a55a86f7639b137bb95b2ca04b1.jpgJean-Yves Delitte s'est bien amusé avec ce personnage de méchant, synthèse de Fantomas ou Lupin. « Un hommage au feuilleton de la grande époque ». Convard a concocté une histoire aux rebondissements machiavéliques. On va découvrir dans le tome 2 tout le pouvoir de ce malfaisant (Glénat).


John-Simon Loche, guerrière
« Ado ou adulte ? »

7b5773a3c97a2f4817a793c0f585ad43.jpg« J'ai hésité avec le scénariste Brrémaud entre une ado et une adulte pour le personnage d'Atika ». Une guerrière à découvrir. Un monde dominant qui a une énergie non renouvelable, cette nouvelle série d'héroic fantasy a un environnement inspiré du manga. Action, dessin clair, tout fonctionne (Le Lombard).

Stan et Vince, voyage temporel
« Une idée de Zep »

ff9d0141a31ae7e1a863e8c3429d0f71.jpg« Deux gamins ont un téléphone qui leur permet de voyager dans le temps. C'est une idée de Zep, papa de Titeuf, qui a écrit le scénario ». Stan et Vince s'en donnent à coeur joie. Histoires courtes et visions enfantines du passé ou du futur. Drôles, pragmatiques, Les Chrono Kids ont de la ressource (Glénat).


Un nouveau journal

9ca0d50c34af67fed5db7c51ef7308e6.jpgLe Strip sera tous les deux mois chez votre libraire favori. L'éditeur Le Lombard se lance dans cette aventure, lancer un journal qui rassemblera une sélection d'auteurs de Coyote à Clarke, Boucq ou Verron sous le signe de l'humour. Le premier numéro sort pour le festival. Strip sera vendu 1 €.

COUPS DE COEUR A ANGOULÊME

Un couple cynique chasse les "people"

Au départ c'est une nouvelle que Tonino Benacquista a adaptée. Philippe Bertrand a donné vie au couple atypique que vont former un photographe paparazzi et une call-girl de luxe. Par amour et par raison, pour l'amour du fric.

70763c2594bdd8273141b5d7bc0f3c62.jpgUn album (Dargaud) qui tombe à pic comme le pressent Bertrand « car on est au summum du phénomène people aujourd'hui ». Benacquista a une autre vision : « Fellini dans la Dolce Vita montrait déjà la perte de toutes les valeurs au profit d'un cynisme que je hais en fait ». Les deux héros vont être rattrapés par leurs propres sentiments. « J'ai beaucoup travaillé sur le découpage. Le scénario de Tonino Benacquista était très précis. Ses personnages étaient très profonds et il ne fallait pas s'en tenir au superficiel » ajoute Bertrand. Tentation de mener une vie normale, aimer vraiment, à l'encontre de leurs valeurs, de leur culture, le couple va essayer de ne plus piéger pour du " cash" des proies dont les photos compromettantes valent de l'or dans une presse à scandales. On suit l'évolution des caractères. L'album n'aura pas de suite. Certain. « Pas envie de prolonger par un polar une histoire qui se suffit à elle-même » confirme Benacquista. Le couple est pris à son propre piège. Benacquista n'aime pas les héros manichéens.

Chroniques d'un héros "pitoyable"

7c0e301a766470902696267b85cf4c61.jpgPitoyable enfin un peu, c'est comme ce que décrit Marc Vilard qui a adapté ses propres nouvelles avec au crayon Peyraud. « Je suis croqué par Peyraud mais il accentue les traits » souligne avec humour Villard. Des histoires courtes autobiographiques souvent, un auteur en famille, sa jeunesse, ses doutes et ses chagrins et même des courses camarguaises, « il fallait que j'arrive à donner au héros un aspect logique dans les différents âges de sa vie » précise Peyraud. « J'ai fait une sélection et on travaille en parfaite connivence ». On rit beaucoup. Vive l'autodérision et un excellent travail d'adaptation dans lequel on sent la connivence amicale entre les deux auteurs (Casterman).

Un trio de moines chinois aventuriers

8d3d74c9238cd3568b555b292c2393c2.jpgEn signant ce nouveau, Empire céleste (Delcourt), Masbou, dessinateur de Cape et de Crocs, s'est fait un gros plaisir : « J'ai depuis ma jeunesse toujours été un fan du cinéma chinois de Hongkong et j'ai écrit cette histoire après une discussion avec Duong qui en a réalisé le dessin ». C'est presque un hommage que Masbou et Duong rendent avec les aventures épiques de leurs trois moines rompus aux techniques de combat comme à la sagesse. « Je ne voulais pas tomber dans le piège de l'heroic fantasy classique ». Masbou a réussi. On suit avec plaisir son trio de sages. Superbe dessin de Duong.

Milo, flic d'un futur pas si lointain

90a85c4ccb1667aa9e555e92d515c740.jpgUne nouveauté sortie pour le festival. Un polar dont le héros Milo Deckman est un spécialiste des scènes de crime. « C'est mon premier album et j'ai adoré ciseler le personnage » avoue Philippe Scoffoni. Avec Benoît Rivière, un dentiste super sympa au scénario ils ont signé un mélange savoureux qui associe enquête, manipulations le tout dans un Los Angeles très probable vers 2030. Une technologie qui pourra exister, un cadavre qui a deux identités, Milo va mettre les pieds dans le plat. Scoffoni et Rivière sont l'une des agréables surprises d'Angoulême 2008. La série devrait comporter trois albums (Delcourt).

Les Schtroumpfs ont 50 ans

cab99e9b5461d40f4149767d1187d9c0.jpgIls sont apparus dans une aventure de Johan et Pirlouit en 1958. Peyo, leur papa aujourd'hui disparu, ne savait pas qu'il avait donné vie à des stars qui feraient carrière dans le monde entier et deviendraient des héros de dessins animés tout en devenant des personnages de BD à part entière. Les Schtroumpfs, les Smurfs pour les Etats-Unis, fêtent leurs 50 ans cette année avec un nouvel album dans la droite ligne de Peyo. Une exposition a marqué aussi cet anniversaire à Angoulême et tournera ensuite dans toute l'Europe. Cette exposition se fera au profit de l'Unicef.

Angoulême 2008 de A à Z

Angoulême consacre le duo Dupuy-Berberian

Une première dans l'histoire du Festival d'Angoulême. Le Grand Prix du Festival qui récompense un auteur pour l'ensemble de sa carrière a été attribué à Dupuy-Berberian, nom de plume d'un duo formé par Philippe Dupuy et Charles Berberian. Le jury composé par les anciens Grands Prix a innové avec intelligence et conviction en reconnaissant la force de cette forme atypique de création artistique.

81537a35e3cf73a4c092b75cc2346b0e.jpgQuand ils se décident au début des années quatre-vingt à associer leurs envies de BD et leurs talents, Dupuy et Berberian ne savent pas encore qu'ils vont créer une forme de collaboration exceptionnelle dans le domaine du 9e art qui, en prime, fonctionnera sans jamais se départir de son authenticité. Ils vont donc travailler à quatre mains aussi bien sur le scénario de leurs albums que sur le dessin sans qu'on n'arrive jamais vraiment à différencier la plume de l'un ou de l'autre. Après des débuts chez Fluide Glacial avec entre autres Le Journal d'Henriette qui ne renie pas le style d'Yves Chaland, Philippe Dupuy et Charles Berberian lanceront en 1990 celui qui allait devenir non seulement un héros de série mais aussi celui de toute une génération qui pouvait parfaitement s'y identifier. Au début aux Humanos puis chez Dupuis, Monsieur Jean, car c'est de lui que l'on parle, va donc vivre une vie mouvementée, débuts dans la vie professionnelle, amours et enfants, Félix le meilleur ami collant, la totale au fil de sept albums dont le dernier, Un certain équilibre est sorti en 2005. Le tome IV de Monsieur Jean, Vivons heureux sans en avoir l'air, recevra déjà en 1999 le prix du meilleur album à Angoulême.

Monsieur Jean vit au rythme de la propre vie de ses auteurs avec humour et tendresse ou coups durs. Leur dessin est clair, vif, ironique, éclairé. En parallèle à Monsieur Jean, Dupuy-Berberian ont signé des carnets de voyage, un superbe Trenet illustré et ont publié la semaine dernière (lire Midi Libre du jeudi 24 janvier et la note dans Ligneclaire) Un peu avant la fortune, un album en collaboration avec Jean-Claude Denis au scénario. Cette consécration méritée arrive à point nommé pour ces deux auteurs chaleureux.

Après Jose Muñoz, le duo assurera la présidence de l'édition 2009 du festival.

Photo ci-contre :Jose Muñoz entouré de Charles Berberian (à g.) et Philippe Dupuy. Photo AFP

 Angoulême, capitale d'un empire en expansion

Le 35e Festival d'Angoulême ouvre ses portes  jusqu'à dimanche sous la présidence du dessinateur argentin José Munoz.

Revenu en plein centre ville, après une brève mais difficile relégation en banlieue, le festival le plus incontournable de l'empire BD va surfer sur des chiffres de vente d'albums pour 2007 encore à la hausse. La BD représente aujourd'hui près de 7 % du marché de l'Edition.

0fff237e563823ce64b819dd5eb35cfc.jpgOn va donc se féliciter à Angoulême. 4 313 BD ont été publiées cette année, une progression de 4,4 % (1) et les éditeurs sont eux aussi de plus en plus nombreux. D'où une évidente bonne santé. La BD s'est offert en prime le luxe d'adapter de nombreux "classiques" de la littérature.

Alors qu'en est-il de cette surproduction, épouvantail dont on nous rabâche qu'elle sera la mort du 9e art ? Elle existe, obligeant les libraires spécialisés à des tours de passe-passe pour arriver à mettre en valeur ces albums qui s'empilent sur leurs étagères. Reste qu'au total cette industrie profite quand même à la plupart des acteurs du marché. On ne publie pas par plaisir. Marketing et productivité font désormais partie du monde des bulles. On optimise à fond. Et les gros tirages tirent derrière eux les plus faibles en leur permettant d'exister.

En tête des ventes la cavalerie lourde avec 400 000 exemplaires pour le premier tirage. On retrouve XIII de Van Hamme et Vance, Largo Winch, Van Hamme encore et Francq, Le Petit Spirou, Astérix et ses amis. Thorghal de Rosinski ou le dernier Bilal, Quatre ? arrivent juste derrière. Mais ne pas oublier les mangas qui représentent en 2007 près de 1 500 titres parmi les 4 313 publiés. Le manga a son public et tous les éditeurs francophones développent leurs propres collections.

Quelle seront, parmi la sélection, les albums primés samedi soir pour cette 35e édition ? Côté meilleur album il sera choisi parmi une sélection de 50 titres. Hétéroclite, de Tardi à Chis Ware, Isabelle Pralong, Joe Matt, Blain, David B. ou Pedrosa, cette sélection a vu large, comme si on avait voulu faire plaisir à tout le monde. Il y en a pour tous les goûts avec un brin d'élitisme. Sauf qu'une fois encore les poids lourds sont de la revue même si La Version Irlandaise, un XIII signé Giraud y figure. Côté prix du patrimoine on se réjouira de la présence d'une intégrale des Spirou de Franquin.

La BD va bien, merci. Le grand écran avec Persépolis la consacre aussi. Sfar va prendre la suite avec Le Chat du Rabbin. Attention quand même à ne pas attraper trop vite la grosse tête.

(1) Chiffres fournis par Gilles Rattier, ACBD.

 Allez, on va le dire. Les deux albums dont je traite ci-dessous, Kiki de Montparnasse et Trois Ombres étaient mes favoris. J'avais raison. Ils ont été primés puisqu'ils sont dans les cinq indispensables ce qui n'est que justice. Je dirais même qu'après avoir rencontré la dessinatrice Catel et compris son investissement et sa passion pour son personnage (on le ressent tout au long du roman) j'aurais même voulu que Kiki soit en tête du palmarès.

Idem pour Trois Ombres de Pedrosa. Il dégage en rencontre une telle sincérité, une telle pudeur ... et tant de talent qu'il colle totalement à son bouquin. L'histoire est superbe, soutenue, douce et pudique. Un vrai bonheur. Enfin c'est vrai que Là où vont nos pères est une réussite mais côté coeur il y avait Kiki à l'ombre de Pedrosa.

Kiki, la muse de Man Ray, était une femme modèle

Elle s'appelait Alice Prin. Personne ne se souvient d'elle sous son vrai nom. Mais quand on parle de Kiki de Montparnasse, alors défilent le visage et le corps de l'égérie des surréalistes, de Man Ray à Cocteau, Picasso, Modigliani ou Fujita.

Une femme hors du commun, petite provinciale "montée" contrainte et forcée à Paris, Alice deviendra par hasard Kiki. Elle posera pour les plus grands, aurait pu être elle aussi une artiste reconnue mais elle brûlera sa vie en l'espace d'un éclair.

c0d40d10764b6361667128695333c66d.jpgEn choisissant d'en écrire sous forme de roman graphique la biographie, Catel et Bocquet ont signé un pur chef-d'oeuvre. « Nous avions avec Bocquet l'envie d'écrire ensemble. Le personnage de Kiki s'est imposé à nous à travers ses mémoires » complète Catel. « Dans les années trente un Américain qui venait à Paris allait voir la Tour Eiffel et Kiki à Montparnasse ».

Star people avant la lettre Kiki était une touche à tout « qui n'allait jamais au bout mais ne s'est jamais laissé faire ». La dessinatrice Catel a pour Kiki une tendresse qu'elle a su faire partager au fil des 400 pages de cette biographie chronologique (Casterman) qui a bien mérité de figurer ce au palmarès du festival.

« C'est un modèle de femme libre et émancipée et, à son époque, on ne le lui a pas pardonné. J'ai voulu être très juste dans la transcription de sa vie et cela nous a pris trois ans pour la réaliser avec des repérages, une documentation précise pour être totalement crédible » poursuit Catel. Kiki aurait pu faire carrière, actrice, peintre ou chanteuse comme Piaf. Elle restera une muse immortelle.

La pudeur et l'émotion de Pedrosa

Il a traité le thème le plus difficile, délicat qui soit, perdre son enfant. Avec Trois Ombres (Delcourt) Cyril Pedrosa fait vivre le drame d'amis proches dont le petit garçon a disparu brusquement. « Très touché j'ai écris peu à peu et c'est Lewis Trondheim que je ne connaissais pas vraiment à qui j'ai demandé d'être mon conseiller. Son regard a été implacable ». Pedrosa avec son aide a fait sauter des blocages et signé la quête d'un père qui refuse que son enfant puisse mourir. Il va l'enlever avec l'accord de sa mère pour tenter d'éviter l'inéluctable. Un conte qui évite l'écueil du pur réalisme mais juste et sincère, pudique, émouvant aux larmes.

Il y a une pointe d'humour dans ces ombres qui sont aussi un hymne à la vie. Le burlesque comme dit Pedrosa « désamorce une situation qui ne doit pas violenter mon lecteur ». Père et fils vont vivre des aventures qui les mèneront de plus en plus loin jusqu'au bout. La force dérisoire du père ne pourra rien y faire. Au fil des 200 pages on vit aux côtés de ces personnages auxquels Pedrosa en noir et banc a donné un relief, une vie incroyable.

Pedrosa a voulu contre vents et marées écrire ce livre. Il a bien fait. Trois ombres quoiqu'il advienne ce soir à la proclamation du palmarès est incontournable.

 

Des tranches de vie en or

Voici deux histoires peu banales mais qui sont dans la droite ligne de cette BD qui, de plus en plus, aime à exposer à ses lecteurs des tranches de vie à toutes les sauces.

459eb81553a35000b9c38dafe3f8e29e.jpgAvec en commun l'argent et l'amour comme toile de fond. Dans Un Peu avant la fortune le trio Jean-Claude Denis, Philippe Dupuy et Charles Berberian (dont on savait pas qu'ils seraient Grand Prix à Angoulême quelques jours plus tard) s'est associé pour décrire en souplesse les tribulations d'un gagnant au loto.

Mais attention, Etienne, détective privé et ancien flic, un peu bobo quand même va faire durer le plaisir. Son bulletin magique, celui de la fortune et de la fin de ses galères, va jouer avec lui au chat et à la souris. Piégé, Etienne, par de petits margoulins et des doutes affreux. Mais l'amour, lui, n'a pas de prix. Un excellent album avec tout ce qu'il faut de pudeur, de traits fins et perspicaces, de talent. Bravo les artistes (Dupuis, Aire Libre, 15 €.)

Autre registre avec L'Amour Cash sur une histoire du brillant Tonino Benacquista supporté par le dessin de Philippe Bertrand. Un paparazzi et une call-girl unissent leurs talents pour se faire un maximum de fric avec des photos qui compromettent des stars diverses.

Angéla et Marco iront au bout de leur couple improbable mais déterminé. Coups montés jusqu'au moment où ils voudront mener une vie normale. Trop facile et difficile à la fois mais dans cette histoire aussi l'amour fera le reste. On y croit. Récit et dessin vont très bien ensemble (Dargaud, 15 €).

Noir desseins

2462d2f19a474b82e3950d7b29238577.jpgChristian de Metter signe l'un des plus noirs et enthousiasmants albums de ce début d'année. Lente descente aux enfers, L'Oeil était dans la tombe a la force d'une écriture profonde, porteuse et l'envergure des grands réussites graphiques.Le héros de De Metter est le fils d'un pilote de course accusé d'avoir triché et en prime d'être pédophile. Rejet total et mortel du fils, suivi d'un flic perspicace amoureux d'une jeune femme aveugle, scénario machiavélique qui rebondit par surprise, De Metter a jeté toute son âme dans cette histoire sombre dont le héros est un coupable met une victime à la fois."L'oeil était dans la tombe", de Metter, Casterman.

Sacrée Calamity

daa56345d576111f6d026f9699b64a20.jpgLes légendes ne sont plus ce qu'elles étaient. La vie de Calamity Jane, héroïne de l'Ouest que Morris avait fait revivre aux côtés de Lucky Luke, a été revisitée par Matthieu Blanchin et Chistian Perrissin. Le premier tome des aventures épiques de Martha Jane Cannary couvre le début sa vie tumultueuse. Eternelle instable dans un monde d'hommes, la future Calamity... En mélangeant les genres, western, aventures, biographie, les deux auteurs ont réussi un joli plat qui se déguste avec plaisir. Le dessin de Blanchin est parfait pour ce personnage en perpétuel mouvement. "Martha Jane Cannary", Blanchin et Perrissin, Futuropolis, 22 €.

06/01/2008

Petite brise sur la plaine cosaque

Un rigolo ce Tarass Boulba, prince des Cosaques, une grande gueule qui hésite à chosir son style entre Obélix et Falstaff. Il a deux fils. Le premier est aussi jobard que lui, flanque des baffes à son père et le second est un gentil frustré au cœur d’artichaut qui passera à l’ennemi au prochain album. Une banale histoire de coeur.

 

d474a028677a95a8818cb8aa49455988.jpgCe premier tome des aventures familiales des Boulba est un mille-feuille grandiloquent aux allures d’opéra russe, bien sûr puisque le roman est de Gogol, et aux personnages caricaturaux. Kordey dessine cette fois comme un illustrateur pour livre d’histoire du début du XXe siècle. Froids, l’adaptation de Morvan et l’album sont figés. Les envolées sabre au clair sont de la revue, Boulba grimaçant et bodybuildé. Tarass-Boulba / Morvan et Kordey / Delcourt, 12,90 E

 

De Lawrence d'Arabie à Jack London

Ils sont cinq demi-dieux à semer la panique depuis la création du monde. Ils ont pris les hommes comme marionnettes, l’Histoire comme gigantesque scène de théâtre. Au passage ils se haïssent, les archontes, et certains sont plus ou moins sympas selon l’humeur du moment. Ils ont des cartes d’ivoire aux pouvoirs fabuleux qui ne doivent jamais être réunies par un seul d’entre eux sous peine de fin du monde.On en est avec ce tome X aux années 1920. La guerre de 14 a été un superbe terrain de jeux pour les ambitions des archontes qui ont poussé leurs pions sur l’échiquier sanglant.

En Arabie les royaumes se défont et le pétrole va devenir le nouvel enjeu sous l’œil du fameux Lawrence qui veut aider les peuples arabes à s’unir. Pouvoirs maléfiques, les archontes jouent leurs cartes et manipulent leurs créatures des sables du désert aux neiges des steppes russes et à un port de Corée où vagabonde un certain Jack London. Rebondissements assurés. Il ne manque rien dans cette suite d’une série fleuve superbe qui est totalement maîtrisée par ce fou d’Histoire contemporaine qu’est Jean-Pierre Pécau.

Kordey se coule avec rigueur dans ce long fleuve en ébullition permanente. Son dessin est celui qu’il fallait, fort, réaliste, précis et détaillé, à la hauteur d’un heureux mélange de fantastique et de contexte historique authentique. L’Histoire Secrète, T 10 La Pierre Noire , Pécau et Kordey / Delcourt, 12,90 E