Elle est de retour après neuf ans d’absence. Adèle Blanc-Sec, toujours aussi gaie luronne, le sourire aux lèvres et taquine en diable reprend du service. Et on va rigoler ferme. Les premiers a s’éclater ont été les lecteurs de Télérama, hebdomadaire bien pensant de l’actualité télévisée, qui pris entre le taux d’écoute irrésistible de Koh Lanta et les séries françaises bien ringardes de l’été s’est offert le luxe de pré publier ce Labyrinthe infernal signé bien sûr par un Jacques Tardi bouillonnant d’idées et de talent réunis. Au point que, planche à près planche, il y a des moments où bien pris que au piège d’une envie irrésistible d’en savoir plus il est conseillé de s’offrir, ce n’est pas une obligation mais de la gourmandise, un retour rapide en arrière pour s’y retrouver vraiment. C’est l’une des facettes de Tardi, cet amoureux inconditionnel du feuilleton, de l’écriture à tiroirs, des détails minutieux accumulés voire dissimulés.Les seconds qui vont avant les autres s’en payer une tranche sont ceux qui achètent L’Etrangleur, journal de papier au joli format bien fichu pour lire avec délectation les nouvelles aventures d’Adèle en tranches et à suivre avant que ne sorte l’album tout complet.

On retrouve donc Adèle qui se demande aussi ce qu’elle fait là dès la première planche et pas vraiment réjouie. En fait elle cauchemarde la douce enfant et c’est d’une main dont elle rêve. On la retrouve cette main bien vite. Elle sera le fil d’Ariane - ou d’Adèle - de tout l’album. Et c’est parti pour un grand tour. Les premiers à refaire des leurs ce sont les deux malfaisants de noir vêtu, Luger au point et en side-car, Fluet et Dandelet, survivants d’albums précédents. Ne tarde pas à apparaître non plus ce bon Brindavoine qui a un gros rhume et une fâcheuse tendance à abuser des gouttes du docteur Chou. On verra par la suite toute l’importance de cette manie apparemment innocente. Et à ne pas oublier un Minotaure enfermé dont l’identité ne sera dévoilé que plus tard malgré l’insistance de Georgette Chevillard. Chalazion est toujours aussi casse-pieds et Simon Flageolet, flic obtus, a des remords et se prend pour un bourgeois de Calais.
Une vraie galerie de portraits cet Adèle tout neuf. Du grandiose au ton radiophonique, aux dialogues en forme de balles de ping-pong renvoyées à toute vitesse par des protagonistes qui s’en donnent à cœur joie. Ah les belles bourriques ! Les branquignols sont de retour avec Adèle. Robert Dhéry, ignares, cela vous dit quelque chose ? Pas sûr. Francis Blanche, Pierre Dac, Tardi s’inscrit dans leur plus droite lignée avec son Adèle. On dépasse le réel et on flirte avec le surréalisme, l’humour total et la figure de style impossible. Il faut plonger dans cet épisode, se gaver de bulles et de ce dessin superbe, délirer de concert avec les limules et tenter de ne pas perdre le fil. Mais quelle importance après tout ? Quand on aime on regarde droit devant. Un Brindavoine et son tentacule qui lui sort de l’oreille, les seins d’Adèle qui a des clones explosifs et enfin des retrouvailles sur les toits, rien ne vous sera épargné, veinards. Par contre il faudra attendre le prochain épisode, Le Bébé des Buttes Chaumont, pour savoir la fin de cette passionnante et grandiose aventure que vous ne devez manquer sous aucun prétexte fallacieux.
(Adèle Blanc-Sec T9 Le Labyrinthe infernal par Tardi, Casterman)
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