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21/09/2007

Des histoires d'L et de mort

D'accord c'est un brin tiré par les cheveux. Fell et Hel ont bien des titres en l mais ce n'est pas tout. Le premier, Fell, polar très noir et désespéré rejoint le second sur le ton et la puissance, Hel, début d'une série dont l'héroïne vole des reliques humaines.

medium_BDHEL.jpgFell est un flic désabusé qui a été muté dans la partie de la ville, Snowtown, où le pire arrive en permanence. Mais l'inspecteur Fell qui, on le sent, traîne un passé encombrant, ne baissera pas les bras. Histoires courtes signées par Warren Ellis et au dessin par Ben Templesmith, Fell a un petit côté Ed Mc Bain. Un commissariat paumé, un bar avec une serveuse confidente et un quartier urbain abandonné, Fell fait régner sa justice parmi une faune irrécupérable. C'est un flic doué et honnête mais qui peut déraper. Les ambiances sont prenantes, angoissantes. On passe d'une page à l'autre à bout de souffle et envie. ("Fell", Delcourt, 14,95 €).

Avec Hel il ne manque qu'une lettre pour que le diable soit de la fête. Anne Renaud qui scénarise et dessine ce premier album, L'Eveil de la bête, conjugue réalisme, horreur et fantastique. On découvre ainsi sa force artistique qui doit pouvoir couvrir une large palette. Hel (photo ci-contre) travaille pour deux scientifiques étranges et vole pour eux des reliques humaines. Frankenstein n'est pas loin. Tatouages mystiques, monstres mythologiques, Hel a des pouvoirs surnaturels. Une mise en bouche sans concession qui donne envie de découvrir la suite. ("Hel", Delcourt, 12,90 €).

Bézian à huis clos

medium_BDBEZIAN.jpgBézian est de retour. Cette mystification dans un univers à huis clos porte toutes les marques de l'auteur incomparable qu'est Bézian. Son idée de départ, une villa somptueuse et inaccessible dans laquelle un trio s'évertue à faire face au destin, un tueur en série, Bézian a raconté une histoire à la fois feutrée et sans cesse sous pression. Son dessin se prête à cette mise en scène affûtée qui peut par moment faire languir. On est dans un monde où il n'y a pas vraiment d'échappatoire et où les apparences sont trompeuses. Hors du temps et à huis clos, Sir Alfred Hitchcok n'est pas loin. Les Garde-fous, Delcourt, 16,50 €

Gloria la tendre

medium_BDGLORIA.jpgLe quotidien d'une jeune trentenaire qui a bien du tracas, Marianne Maury Kaufmann a donné à son héroïne Gloria le vrai profil d'une femme d'aujourd'hui. On suit avec bonheur, rire et parfois émotion une Gloria prise au piège entre ses relations avec sa mère, ses copines et pire le prince charmant qu'elle ne trouve pas. Gloria se bagarre, abandonne, craque, explose, fait les soldes et voit son psy. Elle est craquante mais sous le masque on sent la détresse. Kaufmann a en plus un joli coup de crayon qu'on devrait retrouver rapidement dans les pages des magazines féminins. Gloria, Gawsewitch éditeur, 14,50 €

Frank Giroud n'a pas de problèmes d'ego

Frank Giroud est un scénariste heureux. Directeur de collection chez Dupuis, le père entre autres du Décalogue vient de publier deux nouvelles aventures dont les dessinateurs, Pellejero et Faure, étaient edernièrement à Montpellier.

medium_BDgiroud.jpgFlorent Germaine était à leurs côtés. Il a, avec Giroud, co-scénarisé L'Ecorché sur le dessin superbe de Pellejero. Germaine va d'ailleurs bientôt s'installer dans la préfecture héraultaise et y rejoindre l'importante « colonie » BD.  Sur cette expérience rare de travail à deux mains, Giroud, abonné depuis sa création au festival de Vaison-la-Romaine, est intarissable : « C'est un échange permanent depuis le synopsis en quinze pages jusqu'au scénario. Nous nous racontions nos scènes, écrivions en parallèle avec Florent ». Quand on lui demande comment un scénariste comme lui, reconnu, aux centaines de milliers d'albums vendus, accepte les idées d'un jeunot la réponse fuse : « c'est mon succès en BD qui me permet de ne pas me braquer sur des histoires d'ego. Et pour Florent le scénario, l'écriture sont une vraie passion. Nous avons scénarisé L'Ecorché avec un regard pertinent de part et d'autre. Mais on ne va pas plus vite pour autant ».

Un peintre maudit, défiguré, aux origines mystérieuses, le tome II de L'écorché, qui clôt le cycle, vient de sortir. Pellejero appuie le texte de Giroud par un dessin sensuel, empreint de force et de tendresse. Le destin tortueux de Tristan Paulin va donc trouver son épilogue. On se débat dans un drame à la Zola, avec substitution d'enfant pour infirmité non conciliable avec le statut social. Les comptes vont se régler mais « l'anormal », devenu un artiste reconnu, saura ne pas exercer de vengeance, par amour bien sûr. Pellejero, à qui l'on doit, entre autres, le très beau Un peu de fumée bleue, excelle dans ces situations exacerbées.

 S'exposer comme c'est le cas dans ce travail en commun, Giroud est un coutumier du fait : « J'ai organisé un cercle de lecture tous les mois chez moi où nous confrontons nos textes, nos idées avec des amis dramaturges, cinéastes, romanciers. Nous soumettons notre travail à la critique des autres. On décortique les histoires, on trie et on tente de trouver la pépite cachée ».

Un vrai filon d'or massif doit être dissimulé parmi les neurones de Frank Giroud. Avec Faure il sort aussi le tome I de Samsara, une saga qui a pour cadre l'Angleterre victorienne, un mélange habile et envoûtant de Dickens et de Kipling mais dont seul Giroud connaît la recette exacte. « Un plaisir d'écrire pour Faure », ajoute Giroud, « avec qui j'avais fait un épisode du Décalogue. Samsara lui convenait à merveille. Nous avons les mêmes goûts ». Ensuite il s'attaquera à Pâques avant les rameaux, une histoire de huis clos avec des héros sortis de la bonne bourgeoisie provinciale. Tout un programme à la Giroud.

Incompréhension

medium_BDSOUPES.jpgSoupe Froide avait été l'entrée en matière de Charles Masson, médecin cancérologue de son état, et dessinateur de cet album coup de poing. Masson associé à Sylvain Ricard a choisi cette fois un domaine plus léger, les aventures d'Ernest dragueur impénitent qui tombe sur Peggy, un adapte fervente du bio et au passage un joli petit lot.. Le couple va passer par tous les stades, séances chez un psy comprises. Mais il y aura erreur de casting malgré des affinités évidentes. Masson et Ricard scandent superbement au fil des saisons. Les Boules Vitales, éditions Futuropolis, 17 €.

Conciliatrice

Une Mary Poppins qui aurait préféré les bas-fonds à la société huppée de Londres, Miss Endicott en cette fin du XIXe siècle prend la succession de sa mère, la conciliatrice. Juge de paix du petit peuple, Prudence tout en assurant son travail de gouvernante évite les conflits et sait ne pas se laisser marcher sur les pieds. Même par les dangereux habitants des sous-sols londoniens. Beaucoup de fraîcheur dans ce dyptique signé par Derrien et Fourquemin. Les ambiances se choquent. On peut passer de la douceur familiale au fantastique le plus pur. Ce premier volet est une réussite. Miss Endicott, Le Lombard col. Signé, 15 €.

06/09/2007

Florence Cestac sur tous les fronts

Une belle histoire, celle de la création et de l'envol des éditions Futuropolis, Florence Cestac qui en a été à l'origine avec Etienne Robial et Denis Ozanne en a fait un joyeux album. Elle y raconte comment une petite librairie est devenue une maison d'éditions qui a révolutionné la façon d'appréhender, comprendre et éditer bien sûr des auteurs français inconnus ou redécouvrir des signatures étrangères.

medium_BDCESTAC.jpgAvec humour et beaucoup de tendresse, Florence Cestac a planché sur son Futuropolis, des images de l'époque et des histoires courtes, des anecdotes pour comprendre l'extraordinaire aventure, un temps que les moins de vingt ans, le grand public et quelques autres n'ont pas connu. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Le témoignage de Cestac qui vaut le détour et se lit comme une BD, normal. Quant aux comparaisons avec l'association, on ne refait pas l'histoire deux fois (La véritable histoire de Futuropolis, Dargaud, 18 €).

Cestac encore avec un joli titre, La Fée Kaca, une espèce de teigne ringarde qui a la baguette qui la démange et transforme les agaçants en crotte molle. Bien fait... Flanquée d'un mari qui prend son pied dans des bains chauds, la fée est entourée de personnages hors du commun, le Mal Cuit-Cuit ou Lapsus le lapin. Basés sur les histoires que Florence racontait à son fils, les exploits de la vilaine fée sont autant de petits bonheurs loufoques et déjantés. Du Cestac dans ses grands moments de délire (La Fée Kaca, Humanoïdes Associés, 10 € ).

Une théorie en grains de sable

medium_BDSABLE.jpgLes Cités Obscures s'enrichissent d'un nouveau volet signé Schuiten et Peeters. C'est du fantastique à l'état pur que les deux auteurs ont mis en scène dans un format à l'italienne sur fond sépia. Le sable envahit un appartement, des pierres se multiplient à l'infini. Peu à peu – et on comprend que Peeters a fait évoluer son scénario en continu – des personnages viennent apporter leur grain de sable et les événements improbables se multiplient. On retrouve aussi des personnages déjà connus de leurs lecteurs. Une suite à venir. (La théorie du Grain de sable T 1, Casterman, 17,50 €).

Les Enfers version Dufaux et Serpieri

medium_BDENFERS.jpgC'est le premier album de la nouvelle collection BD de Robert Laffont. Et un album qui rassemble deux maîtres, Dufaux au scénario et Serpieri au dessin. On se retrouve dans une Venise dévastée et fascisante où se mélangent passé et futur. Un père confie à sa fille trois clés aux pouvoirs dévastateurs. Quinze ans après, sous le nom de Luna, elle devient la cible du Doge et du roi des Enfers, l'ange Galadriel. Un premier tome qui présente cadre et personnages. Serpieri a toujours ce trait réaliste et si riche. L'histoire est bien cadrée. (Les Enfers T 1, Robert Laffont, 14,95 €).

05/09/2007

Bergèse arrête Buck Danny

Parmi les auteurs invités au récent festival de Fabrègues, Francis Bergèse. Qui a décidé de ne plus dessiner les aventures de son héros, le mythique pilote Buck Danny C'est un festival qui a pris, c'est le cas de le dire, son altitude et sa vitesse de croisière et qui se tient désormais dans l'enceinte du domaine viticole de Mujolan à la sortie de l'héraultaise cité de Fabrègues. Le président en sera Patrick Jusseaume, un dessinateur dont le héros Tramp - le prochain album sort en novembre – a plutôt quant à lui le pied marin.

medium_BDDANNY.jpgOn y a ajouté cette année une bonne dose d'émotion aéronautique avec la présence rare du talentueux Francis Bergèse qui, depuis la mort de son créateur Hubinon, a repris en 1981 le dessin puis le scénario de Buck Danny. L'infatigable et toujours jeune pilote de l'Air Force avait été créé en 1946 flanqué de ses copains le sage Tumbler et le gaffeur Sonny Tucson. Mais surprise, Francis Bergèse affirme que « c'est fini. Je raccroche le casque de Buck Danny et le tome 52 qui sortira en février 2008 sera le dernier sous ma signature ».

De quoi tuer dans l'oeuf des vocations de pilotes de chasse dont Buck Danny avait été le héros. Quand on lui demande pourquoi il arrête Bergèse est très clair : « J'ai 66 ans et c'est une série trop astreignante en particulier dans la recherche de la documentation. La technologie va tellement vite. J'ai peur de faire des erreurs qui puissent avoir des conséquences sur l'histoire et je ne prends plus de plaisir à dessiner. Trop fastidieux ».

Au total Bergèse a signé avec le prochain titre, Porté disparu, douze albums dont quatre sous la houlette de Jean-Michel Charlier le scénariste d'origine, père aussi des Chevaliers du ciel, autres héros pilotes mais français cette fois et de Blueberry. « J'ai eu la chance de commencer avec Charlier mais j'ai beaucoup aimé de me mettre au scénario après sa disparition. J'ai écrit les six dernières aventures et cette fois Buck Danny va aller faire un tour en Afghanistan pour retrouver un agent secret US disparu ».

Toujours coller à l'actualité et un dessin sans faille au réalisme imparable, un peu d'humour, la méchante Lady X ennemie mortelle du grand blond, Buck Danny va donc se faire son dernier vol avec le 52e album. Bergèse a été l'un des premiers à tenter en BD la reprise réussie d'une série à succès tout en en assurant sa longévité.

La retraite alors pour Danny ? « J'avais prévenu mon éditeur Dupuis que c'était terminé. La balle est dans leur camp. Il y a de jeunes dessinateurs brillants et l'aviation est redevenue un thème très porteur en BD ». Chez Dupuis silence radio mais à priori il devrait y avoir un repreneur. 

Francis Bergèse ne va pas pour autant abandonner ses pinceaux. Cet ancien pilote de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre a longtemps réalisé les unes du mensuel Le Fanatique de l'aviation ou dessiné les aventures de Biggles, autre pilote de légende. Bergèse va se remettre « à peindre. Des scènes aéronautiques bien sûr mais historiques ». Samedi dernier il a pris comme d'habitude les commandes de son Piper Arrow. Direction Fréjorgues et Fabrègues. Avec Buck Danny comme copilote ?