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29/07/2007

Tardi aime la BD feuilleton et se fait des frayeurs avec ses personnages

medium_BDTARDI.jpgJacques Tardi, magicien des mots et du dessin, en noir et blanc ou en couleur, signe bientôt une nouvelle aventure d’Adèle Blanc-Sec. Et, chose rare, se confie dans l’intimité de son atelier parisien.

Vautrin pour Le Cri du Peuple, Léo Malet et Nestor Burma, Siniac et Le Secret de l’Etrangleur, vous revenez quand même à votre héroïne, Adèle Blanc-Sec dont le neuvième album sort à la rentrée après neuf ans d’absence.

Un vrai besoin. Adapter les autres est trop reposant. On sait de suite qui est le méchant, l’assassin. Le tout dans une structure imposée. En fait, je crois que j’avais envie de me faire un peu peur en me replongeant dans un feuilleton écrit par moi qui à tout moment, par la volonté des personnages, pouvait m’échapper.

Vous faire peur ?

Absolument. Je me piège moi-même. Et c’est jouissif. Je m’embarque dans une direction et je me retrouve exactement là où je ne voulais pas aller. Quelques fois la logique sort égratignée en faveur du rebondissement.

medium_BDADELE.jpgVous avez toujours été dans votre élément avec le feuilleton en BD ?

Depuis longtemps je travaille sur ce style d’écriture même si aujourd’hui le format album s’est imposé car il n’y a plus de journaux vraiment dédiés à la BD, ni de publication en presse quotidienne pour un vrai feuilleton. Le feuilleton permet de travailler de multiples façons en débitant l’histoire au quotidien, en excitant l’intérêt du lecteur, imaginer qu’il va rebondir avec vous. Cela dit ne rêvons pas. Si on publiait Les Mystères de Paris de nos jours ils seraient illisibles tant Sue a tiré à la ligne.

Un feuilleton est plus simple à gérer, à écrire ?

Non car il génère cette angoisse du rebondissement dont je vous parlais et il doit intégrer deux pôles d’intérêt, divertir avec des histoires rocambolesques et vous permettre de vous exprimer, dire ce qui vous tient à cœur. Et c’est ce qui est difficile. Vous faites parler, agir des personnages dont tout vous éloigne parfois. Je vais me mettre dans la peau d’un flic par exemple, et ce n’est pas ma tasse de thé.

C’est une question d’honnêteté, d’objectivité ?

Je ne sais pas. Au moins de crédibilité. J’essaye de me mettre à la place du type, comment il va répliquer. On ne peut pas agresser le lecteur en étant partial même si on en a envie. Vous avez toujours beaucoup de personnages dans vos histoires. En particulier dans Adèle Blanc-Sec qui fête son retour en octobre. Il le faut. Une fois que j’ai écrit le squelette, le plan et certains des rebondissements je place mes personnages, un maximum que je garde au chaud car on ne sait jamais ce qu’ils vont devenir. Ils peuvent me surprendre et m’imposer la suite de l’histoire. Quant à Adèle que j’ai créée dans les années soixante-dix on est dans la droite ligne du courant féministe de l’époque. On avait le choix en BD entre Bécassine et Barbarella, des extrêmes. Adèle est une femme normale et c’est elle qui, si on relit le premier tome, s’est imposée comme héroïne.

Et en plus vous avez le même métier.

Effectivement. Elle écrit des feuilletons comme moi mais dans les années 1910 et va où se passent des choses improbables. C’est une vraie curieuse qui ne peut pas faire autrement et elle alimente mon imagination. Généralement Adèle est confrontée à une situation normale qui peu à peu intègre des éléments fantastiques. Mais, c’est une confidence, notre vie commune prendra fin au bout du dixième album.

Vous avez aussi été souvent remarqué par la précision de vos décors, par vos ambiances.

Je repère les lieux en particulier dans Paris. Je fais le même itinéraire que mes héros. Je recherche les photos d’époque mais la précision a ses limites si elle me bloque. Souvent ce sont les lieux qui m’inspirent. Une question d’atmosphère en quelque sorte !

 Burma a changé de mains

« Je n’avais plus le temps de m’occuper de Burma, le privé de Léo Malet ». Un constat qu’a fait Tardi quand il s’est aperçu qu’il lui fallait quatre albums pour finir Le Cri du Peuple de Vautrin puis Le Secret de l’Etrangleur d’après Siniac. D’où un Burma sous le crayon de Moynot. (notre photo) « Il m’avait dit que cela l’intéressait. A l’époque je n’avais pas donné suite. Je l’ai rappelé et il l’a fait mais rien n’empêche que je revienne un jour à Burma ». A suivre car même si Moynot a du talent sa reprise est moyenne.

 Souvenirs d’un père

medium_BDTRANCHEES.jpgC’est un projet qui lui tient à cœur, adapter les souvenirs de guerre de son père en 39-40. On se souvient que Tardi, avec La Guerre des Tranchées et La Vraie Histoire du soldat inconnu, a déjà signé parmi les plus émouvantes pages dessinées sur 14-18. « J’ai commencé il y a longtemps »  précise Tardi en montrant quelques planches. « Il était dans les chars et a été fait prisonnier. Je voudrais montrer ce qu’il raconte, l’horreur au quotidien qu’il ne comprend pas bien sûr » . Tout le talent et l’émotion de Tardi explosent dans ces planches qui racontent le destin d’un père, témoin amer de la grande Histoire.

Commentaires

...super,tes articles...

Écrit par : michel REYES | 09/08/2007

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