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22/06/2007

L'observateur Ferrandez raconte le drame algérien

C'est vrai que Jacques Ferrandez est un peu à Montpellier en public conquis. Avec sa fresque Carnets d'Orient (Casterman), commencée il y a près de vingt ans, il fait oeuvre de mémoire sur la présence française en Algérie. Et en BD, ce qui n'était pas simple, « surtout à une époque où il commençait tout juste à être possible de parler de l'Algérie à partir de 1954 et jusqu'à l'indépendance », précise Ferrandez.

medium_BDFERRANDEZ.jpgPour le tome 9, Dernière demeure, qui vient de sortir, le célèbre « Je vous ai compris » de De Gaulle, en 1958, à Alger, scande les premières pages. La paix des Braves, les harkis, manipulation et guerre psychologique, attentats et répression, à travers les héros de Ferrandez, pieds-noirs, combattants des deux bords, appelés, se déroulent les années de feu et les prémices du putsch de 1961. « Il fallait qu'en m'attachant au destin de mes personnages, en essayant de les sauver, je fasse comprendre en particulier que, depuis 1956 et la campagne de Suez qui avait politiquement échoué, l'armée française en Algérie pouvait basculer et ne voulait pas perdre une guerre de plus. » Analyse sereine et irréfutable.

medium_BDCARNETS.jpgQuand on parle de repentance à Ferrandez, sa position est claire : « Je n'aime pas ce mot. Il faut avant tout bien connaître l'Histoire. On ne peut se repentir que de ce dont on est coupable soi-même. Mais c'est compliqué. J'ai l'oeil observateur, spectateur et concerné pour des événements historiques dont moi, pied-noir de souche mais parti très jeune d'Algérie, je suis le produit. Et quel chemin aurais-je pris si j'avais été adulte en 1958 à Alger ? J'ai du mal avec l'engagement. » Curieusement, Jacques Ferrandez ne sait jamais quand il commence un album comment il le finira, ni si l'un de ses héros ne disparaîtra pas : « Je n'écris pas le scénario. Je me laisse guider, j'improvise. La fin de ce tome 9 était totalement ouverte. Et je ne sais pas encore ce que sera la suite, la dernière qui, bien sûr, se terminera en 1962. » Dans un an ou plus, Ferrandez apportera la conclusion à la seule histoire en BD des 130 années de présence française en Algérie.

La science-fiction, thème de la 3e Fête BD à Palavas

C'est l'un des festivals les plus ouverts et authentiques de la saison. Pour sa troisième édition ce week-end du 23 et 24 juin, la station héraultaise de Palavas va fêter la BD avec des auteurs bien sûr mais aussi des ateliers et des expositions le tout sous la houlette de l'association "La Bulle des Etangs" et la participation d'Idées Plus.

medium_BDPALAVAS.jpgQui dit authenticité sous-entend qu'un grand nombre d'auteurs régionaux sera de la fête pour des séances de dédicaces sous le chapiteau du festival. Toute la palette des talents sera au rendez-vous de cette fête placée sous le thème de la science-fiction. Sous la présidence de Nicolas Mitric, scénariste de Kookabura, Anatole Deparadis avec Fenech ou Tessa avec Stéphan Louis au dessin, plus d'une trentaine de dessinateurs seront au bord du canal. Curd Ridel, papa du Gowap présentera sa série Les Pétanqueurs on ne peut plus ancrée dans le patrimoine local, des planches bourrées d'humour à l'accent chaleureux. Le Montpelliérain Rémi Guérin aux côtés d'Alain Henri sera présent pour son scénario de l'excellent album Légendes Urbaines qui renoue avec un univers où fantastique et polar s'associent pour des frissons en série.

Autres régionaux, Gaston signera son Petit Sarko. Un duo sur lequel il faudra s'arrêter est celui formé pour la publication des excellentes tranches de couples, Petites éclipses, par Fane et Téhy alias Jim. Côté coup de coeur un petit tour pour rencontrer Crisse s'impose. Avec Atalante, Luuna pour le scénario ou Ishanti Crisse est l'un des plus subtils et sensuels dessinateurs de fantaisie héroïque. Sa présence à Palavas est l'un des moments forts de cette fête des bulles. Auteurs encore avec Aouamri, Bill et Gobi, Damour, Geyser, Lapeyre, sétois d'origine, ou encore Félix Molinari, l'un des meilleurs dessinateurs de BD d'aviation, Palavas a fait carton plein avec un éventail très large d'invités.

L'exposition qui a été inaugurée vendredi soir présente les planches originales de Guillaume Lapeyre et Elsa Brants pour leur BD, Les Chroniques de Magon et se tient au Phare de la Méditerranée. Une autre exposition sous le chapiteau des dédicaces dévoilera les travaux d'Alain Petitclerc pour sa série Verseau. En parallèle du festival aura lieu le lancement d'un concours destiné aux auteurs en herbe de moins de 18 ans. Ils devront réaliser sur place un dessin ou une planche sur un thème qui leur sera proposé. Enfin une classe de Cournonterral montrera ses travaux sur le thème de la BD.

www.bdpalavas.fr.st

Coups de coeur

Les traces de Lupin

medium_BDDEDALES.jpgEt si Arsène Lupin, le héros sympathique de Maurice Leblanc lui avait été inspiré par un dangereux criminel sans scrupule ? C'est ce que va découvrir Sébastien dans un manuscrit retrouvé chez sa tante où Leblanc avait séjourné autrefois. Pire encore, le jeune homme flanqué d'une fiancée fofolle, Ariane, met la main sur un curieux appareil photo capable de prévoir en image le destin de ses modèles. Godard et Plumail ont signé avec ce premier épisode les débuts d'une série qui part très fort. Le ton, le dessin et le scénario forment une ensemble qui se tient bien. "Dédales, Le manuscrit", Glénat. 12 €.

Lincoln au Mexique

medium_BDLINCOLN.jpgIl est de retour le cow-boy au sale caractère et immortel en plus. Avec ses deux anges gardiens qui ont une fâcheuse tendance à lui pomper l'air Lincoln a pris le chemin du Mexique, celui des révolutions et des situations les plus tordues. Un cadre parfait pour Lincoln qui n'a jamais su où il habitait. Au détour d'une hacienda il va prendre fait et cause pour la belle Paloma, résistante et chef de bande. Il va en tomber amoureux entre deux cuites et semer la pagaille. Les frères Jouvray ont toujours autant d'humour et de talent. Le5e opus de leur Lincoln garde tout son charme. "Lincoln, Cul nu dans la plaine", Paquet. 11 €.

14/06/2007

Rome dans tout ses états

Rome et le peplum font un retour en force même si avec Murena - dont le tome 6 (Le Sang des bêtes, éd. Dargaud, 10 €) poursuit le cycle entamé par Dufaux et Delaby - la cité impériale n'avait pas vraiment abandonné le combat. On y retrouve tous les ingrédients qui depuis le succès d'un film comme Gladiator savent séduire le public des lecteurs.

medium_BDMURENA.jpgD'abord le scénario est totalement maîtrisé par un Dufaux qui excelle dans ce genre. La scène est historique, les personnages, de Néron à Agripinne ou Poppée, ont existé et Dufaux veille au grain de la crédibilité. Il ajoute le héros qu'il faut, qui cette fois, après avoir été le gentil un peu niais devient un salopard sans état d'âme. Ensuite le dessin de Delaby est un authentique travail académique réaliste et suggestif, fin et profond. De Rome, Murena est maintenant en Gaule à la recherche de celle qu'il aime. Trahisons, meurtres, le tragique est sublime (photo).

On en dira autant des Fils de la louve. Le héros se balade dans le temps, de la Rome antique de Néron à César, à celle des Borgias. Dans le tome 3 (La Louve du Vatican, éd. Le Lombard, 13 €), Luca continue son périple, accusé de meurtre de nos jours, professeur de latin de la jeune Lucrèce Borgia en 1492. Une secte terrible veut la perte de Rome et Luca en est le jouet. Très bien ficelée, cette série de Pasarin et Weber a tous les atouts de l'originalité. 

Jumelles de choc

Deux charmantes jeunes filles, jumelles de surcroît, sont des cambrioleuses pour la bonne cause. Les oeuvres d'art qu'elles volent servent à soutenir une association.

medium_BDTWINS.jpgQuand leur père les fait engager par des aventuriers du voyage temporel, elles commencent par les années 30, à Chicago. But du jeu, retrouver les pièces éparses d'une machine qui sauvera le monde. Le côté charmant des deux héroïnes, la déclinaison par objectif à chaque album, Vignaux et Derrien signent une nouveauté amusante et qui mélange fantastique et aventure. Un dessin moderne, dans la ligne actuelle. « Time Twins », éditions Le Lombard, 9,90 €.

Sambre, la suite

Yslaire a donné à sa série Sambre ses lettres de noblesses. La malédiction de la famille prend sa source dans cette jeunesse d'Hugo Sambre, signée au dessin par Bastide et Mezil.

medium_BDSAMBRE.jpgOn remonte l'arbre généalogique de la famille et on assiste au mariage arrangé d'Hugo et de Blanche sous l'emprise de son beau-père. Découverte aussi de ce qui sera à l'origine des yeux rouges, la caverne aux peintures rupestres.

Yslaire a écrit le scénario et prépare des esquisses qu'il soumet à ses dessinateurs. Le résultat est tout à fait prenant. La saga Sambre a retrouvé une nouvelle jeunesse. « La Guerre des Sambre, Hugo et Iris », Glénat-Futuropolis, 13 €.

08/06/2007

Matthieu Lauffray a pris la Comédie à l'abordage

Les pirates sont de retour. On le savait déjà pour le grand écran. Mais avec Long John Silver (Dargaud), sous la plume de Dorison et le crayon de Matthieu Lauffray, les rois de la flibuste, bien longtemps après Barbe Rouge, repartent aussi en BD à l'abordage, sabre en main, pour le premier album d'une série qui va sûrement marquer.

medium_BDLAUFFRAY.jpgSur la Comédie du Livre à Montpellier, où il a été par Azimuts, Matthieu Lauffray savoure « d'avoir pu, sur une idée de Dorison, retrouver une époque où le monde déjà commençait à se donner un cadre rigide. Les pirates étaient avides de liberté. Avec Long John Silver, nous apportons bien sûr une suite à l' Île au trésor mais Long John, le roublard qui a quand même changé, va avoir en face de lui une femme qui sera son égale tout au long de cette aventure ».

Une lady anglaise à la vie un brin dissolue dont le mari, au fin fond de l'Amazonie, aurait trouvé un trésor mythique. C'est elle qui ira chercher Long John et sa bande pour conquérir sa part du butin. « Elle n'a plus rien à perdre et ces pirates sont presque des dinosaures qui savaient réfuter toute autorité. Avec Dorison, on avait le choix entre une version soit plus historique, soit de donner notre vision de cette époque, un peu comme des gosses qui ont joué aux pirates tout en conservant, ajoute Lauffray, la crédibilité nécessaire. Chacun peut y apporter ses propres souvenirs. » Long John est désormais reparti à la chasse au trésor mais, plus que l'or, Lauffray avoue que « c'est avant tout une chasse au rêve » qu'il scande d'un dessin flamboyant, comme son héros. Pas vraiment un vrai méchant ce Long John mais « un héros picaresque » , comme le classe son dessinateur pour une fresque dans laquelle on plonge, bercé par le grondement des canons et les vapeurs du rhum dans les tavernes de la Tortue.

Lauffray a donc en mains un duo où la femme et le pirate feront jeu égal en brisant les convenances. « Un vrai plaisir que je m'offre avec cette série », n'hésite pas à affirmer Lauffray. Son dessin semble fait pour le visage de Long John et de sa bande.

Quatre albums en tout vont raconter la saga de Long John Silver. Si le premier est donc parti à la conquête d'un public ravi - on pouvait en juger devant la longuer de la file devant l'auteur - le deuxième devrait sortir en mai 2008.

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Coups de coeur

Chez les Mohawks

medium_BDPAYS.jpgC'est un récit de voyage. En 1634, Van den Bogaert, avec deux amis, part explorer le nord des Etats-Unis au départ de la presqu'île de Manhattan. Leur but : avoir le monopole de la fourrure. C'est leur périple à travers des étendues sauvages et glacées que le dessinateur George O'Conor a mis en images avec un souffle et une précision superbe. On se laisse emmener vers les tribus indiennes traquer le castor ou négocier dans les longues huttes. Historiquement parfaites, dessinée avec réalisme, ces aventures authentiques qui déjà montrent la fin d'une civilisation se dévorent sans pause. "Voyage en pays Mohawk", Dargaud, 15 €

Condamné à mort

medium_BDCONDAMNE.jpgEn adaptant le roman de Victor Hugo, Stanislas Gros qui en a assuré aussi bien scénario et dessin, fait une entrée remarquée. Pour son premier album, il prenait le risque non seulement de traiter un sujet difficile (les dernières heures d'un homme qui va être guillotiné) mais aussi un plaidoyer précoce contre la peine de mort. On suit donc cet homme de l'annonce du verdict à sa montée à l'échafaud. Gros sait mener en parallèle la description du quotidien et de façon décalée ses pensées ou décrire sa situation ambiguë face à ses gardiens. On ne peut qu'être saisi par cet accès au texte de Hugo."Le Dernier jour d'un condamné", Delcourt, 9,80€