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30/03/2007

Enki Bilal : un dernier volet et la reconnaissance totale

C'est un printemps Bilal. Enki Bilal en a fini (provisoirement) avec sa tétralogie commencée il y a dix ans et hantée par le conflit yougoslave (1). La sortie de Quatre ?, son dernier album (Casterman) à l'occasion du Salon du livre, y apporte une conclusion étonnante. Toujours au Salon, Bilal a exposé avec son galeriste Christian Desbois une trentaine d'oeuvres, mélange subtil de ses époques, originaux à l'air libre, sans la barrière de la vitre, face à un public conquis.

medium_BDBILAL_LIVRE07_014.jpgEnfin, samedi dernier, lors d'une vente aux enchères à Paris, Enki Bilal a été reconnu, validé comme un artiste contemporain à part entière, un peintre dont l'une des diverses expressions est la bande dessinée, une autre le cinéma ou l'écriture. En trente- deux tableaux, le chiffre de 1,3 million d'euros sous le marteau du commissaire d'Artcurial a été atteint, avec une pointe à 150 000 € pour la toile Bleu Sang achetée dix fois moins cher il y a dix ans environ. Une entrée en fanfare dans un monde fermé pour un homme discret, sensible.

Enki Bilal, sous les poutres blanches de son atelier parisien, reste serein en ce lundi matin, deux jours après la vente et la sortie de Quatre ?. « J'ai exorcisé ma propre histoire avec le destin des trois orphelins, Nike, Leyla, Amir, héros de mes albums qui, en fait, aurait dû être rassemblés en trois opus. Mais c'était impossible, trop riche, trop de matière. J'ai sauvé mes personnages, je me suis fait plaisir avec une fin légère, ouverte. Il y a un peu de moi dans Nike. Il m'impressionne. Je ne sais pas tout de lui ». Dans ce dernier volet, Bilal a amplifié le rôle du méchant initial, le manipulateur Warhole, devenu peu à peu le rédempteur, une entité extra-terrestre « totalement lucide sur les humains et qui décide de les aider. On n'en saura que ce que Warhole a voulu dire à Nike, résumé dans un bref synopsis brûlé par Leyla ». Du Bilal à l'état pur, fin sourire aux lèvres, qui sait manier humour avec un joli clin d'oeil à Godard, tendresse, ironie, scène de rupture conjugale dont il fait un moment d'art pur. Warhole un dieu ? : « La religion est omniprésente bien que je sois athée. Le 11 septembre est une obsession. J'avais imaginé le pire et il s'est réalisé ». Le regard de Bilal se voile d'un coup, concentré.

medium_BDBILAL_LIVRE07_012.jpgSur la vente (la plupart des tableaux sont partis à l'étranger), modestement, il s'avoue « très fier. Cela change le regard porté sur la bande dessinée ». Bilal ne peut se retrouver en manque : « Inenvisageable de ne pas avoir d'autres projets. J'ai déjà écrit une dizaine de pages. BD, film, qui sait, mais avec une volonté de relance et de rupture graphique ».

Le thème ? « Pourquoi pas l'écologie. L'état de la planète est une épée de Damoclès. Nicolas Hulot a raison. Les politiques ont des échéances courtes et ne sont pas assez déterminés. Dans la campagne actuelle la culture est absente. L'art révélateur des angoisses les pointe du doigt ».

A l'écoute, Enki Bilal, l'homme et l'artiste ne sont jamais en sommeil.

(1) Trois titres déjà parus : Le Sommeil du Monstre, 32 Décembre, Rendez-vous à Paris.

Bilal sera le vendredi 27 avril à la Fnac de Montpellier pour un Forum exceptionnel.

22/03/2007

Le retour du terrible M. Choc

Ils ont été des compagnons de route du journal Spirou. Tif et Tondu faisaient partie de ces héros dont on attendait chaque semaine la suite des aventures depuis que Rosy et Will en avaient repris la réalisation en 1954.
medium_BDCHOC.jpg

Mais ce qui fit le succès de la série en perte de vitesse, c'est le méchant de l'histoire, l'incroyable Monsieur Choc, inventé par les nouveaux auteurs. Le visage dissimulé sous un heaume dont le design évoluera même au fil des albums, toujours en smoking, gants blancs et fume-cigarettes, Choc est le vrai méchant, sarcastique, diabolique, préfigurant le fameux Spectre des James Bond. Capable des coups les plus tordus, mélange voulu de Fantomas et d'un Arsène Lupin qui aurait mal tourné, Choc n'a rien de sympathique et théâtralise à l'extrême ses méfaits.

Les gentils Tif et Tondu connaissent aujourd'hui une seconde jeunesse avec une réédition thématique de leurs exploits par Dupuis.

Et bien obligé, Monsieur Choc ouvre le bal. Génie du crime, il est le héros des trois albums de ce tome 1.

Dans La Main Blanche, nom de l'organisation maffieuse créée par le criminel, Tif et Tondu découvrent Choc qui fera son retour dans le second et est censé mourir dans le troisième, Passez muscade. On ne peut s'empêcher de constater que Tif et Tondu ont finalement bien vieilli et Choc encore mieux. Mais que le style de Franquin ou de Roba n'est pas étranger à celui de Will dans Tif et Tondu (16 €).

Vraie barbouze

medium_BDPARQUES.jpgUn vrai héros de série B, chauve, hargneux et à l'humour ravageur, un anti-James Bond mais vrai agent secret franchouillard à l'aube des années cinquante, un efficace un brin brutal. Voilà le décor et Rémi le héros. Départ pour le Costa Negra à la recherche d'un trésor volé par les nazis et d'un savant fou, Rémi fait le ménage parmi une kyrielle de malfaisants. Hugues Micol avait séduit avec ses Contes du Septième souffle au coeur du Japon médiéval. Il passe au polar mâtiné d'espionnage avec armes et bagages, signant dessin et scénario. Ce premier volume est drôle et bien balancé. Les Parques, t 1 Visite guidée, Vents d'Ouest, 13 €.

Polar atypique

medium_BDCREVE.jpgLa Louisiane vers 1930 et une belle brune au coeur froid qui manie le couteau de façon définitive pour ses victimes, c'est la mise en bouche qui ouvre cette nouvelle série signée par Nicolas et Martin. Elle fleure bon le polar hors normes, d'autant qu'un inspecteur atypique, le commissaire Paul Bury, va mener l'enquête du crime suivant qui a lieu à Bruxelles dans des circonstances peu banales. C'est un spécialiste du surnaturel, ce flic, qui ne va pas croire un instant que le vrai coupable est celui qu'on lui livre tout chaud. Le dessin se prête au style avec ambiances sépias et traits bien marqués. Crèvecoeur, t 1 Prométhée, Casterman, 9, 80 €.

17/03/2007

Esotérisme et pierre philosophale

En se lançant après bien d’autres dans la BD à connotation ésotérique l’éditeur Soleil a semble-t-il voulu frapper fort. On aurait pu craindre le pire de cette nouvelle collection Terres Secrètes dont Le Syndrome de Caïn est l’avant-garde. Erreur car cette histoire de projet mirifique capable de donner une source inépuisable d’énergie à laquelle veut s’opposer semble-t-il l’Eglise tient bien la route.

 

 

medium_BDSYNDR.jpgEn juin 1944 pendant le massacre d’Oradour le jeune Victor Granger est sauvé des nazis par un inconnu invincible. De nos jours Granger devenu théologien a découvert que son sauveur n’est autre qu’un certain Andréa Balgani et qu’il n’a pas pris une ride depuis des siècles. Granger suit de près le projet Cold Fusion que des terroristes ont voulu détruire. Il lance un agent, Zed, aidé par la sa propre fille, Myriam, sur les traces de Balgani.

 

 On a donc en fait plusieurs intrigues qui se croisent, toutes autour de ce Balgani immortel, Caïn condamné par Dieu pour le meurtre de son frère à ne jamais trouver la paix définitive. On y ajoute un soupçon de pierre philosophale qui permettrait de produire la fameuse énergie non polluante et inépuisable. On secoue bien le tout avec une bonne dose (classique) de religieux qui n’acceptent pas que l’un des mythes du christianisme en prenne un coup. Et on a donc un album dont le scénario signé Nicolas Tackian a une tenue très honorable et déroule ses rebondissements avec logique.

 

Pour le dessin Red qui signe par ailleurs d’autres thrillers en BD donne l’impression cette fois d’avoir humanisé son trait qui semble parfois peut-être faire un petit tour sur ordinateur. Il y met beaucoup plus d’enthousiasme à première vue que dans d’autres aventures parues par ailleurs.

 

 Au final ce Caïn a pris ses marques, la collection aussi en proposant du solide. En espérant que la suite sera à la hauteur (Le Syndrome de Caïn, par Tackian et Red, Soleil, 12,90 €).

La passion selon Bourgeron d'après Loti

Quand Franck Bourgeron avait publié le premier tome d’Extrême-Orient en 2003, sa première BD, il avait incontestablement séduit, surpris. Le trait novateur, réaliste mais original, ses décors, son histoire émouvante, étonnante de communistes chinois était  bien articulée. Bourgeron avait du potentiel, on le sentait, et du talent évidemment. Ce passionné d’histoire chinoise après deux albums s’est rapproché de notre vieille Europe et il n’a pas pris le chemin le plus facile en adaptant Aziyadé de Pierre Loti, un auteur que l’on connaît d’avantage pour son Pêcheur d’Islande.

 

medium_BDAZIYDE.jpgBourlingueur, aventurier à la Monfreid, Loti est un dandy que Bourgeron nous offre sous son jour le plus désespéré, celui d’un amoureux fou, jeune officier de marine, qui va, à Salonique vers 1875, succomber au charme discret de la belle Aziyadé. Comment vivre un amour qui fait oublier « le monde et la vie » ? Loti avec l’aide de Samuel, son guide,  à qui il inspire aussi de tendres sentiments vit une liaison impossible mais totale.

 

Bourgeron en quelques planches donne le ton et l’ampleur qu’il fallait à cette passion éperdue que Loti va essayer d’oublier à Istanbul où il est muté. Rien n’y fait. Loti adopte coutumes et langue du pays, retrouve Samuel et Aziyadé qui l’a rejoint. C’est désormais l’apothéose de cet amour que la belle Aziyadé sait pourtant voué à l’échec. Loti ne pourra se résoudre à renoncer à sa famille en Angleterre. Il part désespéré aidé par Aziyadé transcendée par son amour. Tels Tristan et Yseult le couple ne pourra qu’avoir une fin dramatique et violente.

 

 Rarement un auteur a su donner à une adaptation autant de force émotionnelle. Bourgeron totalement investi par le roman matérialise, et on le suit envoûté, le texte autobiographique de Loti. Incontestablement Bourgeron sait nous séduire. Son Aziyadé est à classer au rayon des incontournables (Aziyadé par Franck Bourgeron, 128 pages, 19 €).

09/03/2007

La jungle en toile de fond

medium_BDJUNGLE.2.jpgLa jungle est dans tous ses états avec la sortie de deux albums qui lui donnent chacun à sa façon le premier rôle.  Rien de très étonnant pour ce qui est de l'adaptation du roman de Kipling par Desberg et Reculé. En fait avec le quatrième et dernier tome du Dernier Livre de la jungle (Le Lombard) Desberg a carrément finalisé le destin de Mowgli. Au crépuscule de sa vie l'enfant sauvage se souvient de sa jeunesse auprès de ses amis de la jungle et de son attirance incontrôlable pour la ville. Roi des animaux Mowgli par amour pour Vedra devient le jouet d'un officier anglais sans scrupules. Comme il a trahi Balou ou Bagheera le petit d'homme va trahir ses frères humains résistants. Une version à la fois poétique car Mowgli initie à son tour par ses récits un jeune garçon et une leçon philosophique dans laquelle la jungle est le paradis perdu. Reculé a un dessin qui colle bien à l'ambiance, un trait souple, sans enluminures inutiles avec beaucoup d'émotion (13 €). 

medium_BDNAVIS.jpgJungle encore mais sur un autre monde mais avec de grandes similitudes entre Mowgli et la jeune Nãvis dont la série raconte l'enfance avant qu'elle ne grandisse pour devenir la reine de Sillages, autre saga phare de Delcourt... Morvan et Munuera désormais en rupture avec Dupuis qui a mis un terme à leur reprise de Spirou offrent à Nãvis un monde bourré d'humour et d'aventures avec des créatures délirantes. Cette fois c'est le Latitzoury qui se nourrit des dents de ses victimes. Munuera sait d'un trait enlever son dessin proche du cartoon (12,90 €).

02/03/2007

Les nouveautés d'avril 2007

Largo en Chine

medium_BDWINCH.jpgDe Saint-Trop à Hong-Kong le séduisant et richissime Largo Winch a repris du service avec un quinzième album qui sort aujourd'hui. Cette fois c'est sa jeunesse qui remonte à la surface et une aventure mouvementée qu'il a eue au Tibet. La Chine est donc le cadre de cet album dans lequel Philippe Francq qui sera au prochain salon de la BD de Nîmes et Jean Van Hamme ont comme d'habitude bien ficelé leur bébé. On retrouve les copains de Largo à ses côtés et un piège dans lequel il tombera pour mieux rebondir dans le prochain album qui en verra la suite et la fin. Les Trois yeux du gardien du Tao, Dupuis, 9,50 €.

Shangaï surprise

medium_BDTRUST.jpgLa Chine encore par le hasard des sorties avec le destin d'une jeune eurasienne que sa carrière conduit dans son pays natal. La belle et intelligente Shan est une spécialiste des fusions d'entreprises, une économiste qui pourtant n'a pas renié ses racines. Propulsée à Shangaï où elle retrouve ses souvenirs d'enfance Shan va découvrir la réalité de la métamorphose sociale et politique de son pays natal. Un dessin à quatre mains signé Salavatori et Faina très réaliste bien qu'un peu froid, un scénario sous les plumes de Fleuriet et Weber, Shan débute en force avec ce premier album. Trust Shangaï fusion, Casterman, 9,50 €.

Saga fraternelle

medium_BDMAITRE.jpgUne histoire forte qui débute avec celle des frères Benson à l’aube du siècle, le dernier. Calder est l’ainé des Benson, le méchant qui accumule les ennuis. Le second, Richard, c’est le gentil au moins provisoirement . Il revient à Boston diplomé. Espoir de la famille et de son père chef de clan despotique Richard va subir le mauvais génie de son frère. C’est pourtant Calder qui sera forcé de quitter la ville mais le destin des deux frères va se recroiser tout au long de cette nouvelle saga. Du solide avec au scénario Fabien Nury et Renaud Garreta au dessin dans cette fresque réaliste et colorée. Le Maître de Benson Gate, T1, Adieu Calder, 13 €.

01/03/2007

Coups de coeur de mars 2007

 Reine inspiratrice

medium_BDREINE.jpgElle a inspiré plus que toute autre. Voici de nouveau Cléopâtre, reine d'une série qui fait ses premiers pas. Mais le vrai héros sera un jeune liseur de songes, Rahotep, dont le destin et celui de l'ambitieuse soeur de Ptolémée dont elle aura la tête se croisent. Flanqué de Tsy, sa cadette, Rahotep sera le jouet d'une lutte qui le dépasse et dont Cléopâtre tire les ficelles. C'est Patrick Weber qui est aux manettes de cette histoire qui va séduire aussi les fans d'Égypte ancienne car bien menée et qui rebondit quand il le faut. Caracuzzo au dessin a donné du souffle à ce péplum. Son trait est sec, sans fioritures nécessaires. Il devra pourtant au fil des albums le travailler un peu plus. On y retrouvera César, bien sûr, ce vieux Jules, subjugué lui aussi par la belle qui lui fera cadeau de la dépouille de son vieil ennemi Pompée La Dernière Reine T1 Le Cobra du Nil, Dupuis Empreintes, 13 €

Retour d'un duo

medium_BDBASIL.jpgUn retour, celui d'un jeune duo, Basil et Victoria, qui sévit en Angleterre à Londres à la fin du XIXe. Les corbeaux de la Tour de Londres, si chère à Jacobs, disparaissent. Un mauvais signe. Sur les toits, rode le mystérieux Ravenstein, dont ont peur les petits ramoneurs, dirigé par Félix qui rencontre par hasard Basil et Victoria. Elle en tombe amoureuse du beau Félix la jeune Victoria et abandonne donc Basil à son sort. Mais ce serait trop simple. On finira par tout savoir sur l'étrange Ravenstein. Les personnages ont toujours autant de charme, de tendresse mais ausi de rudesse sous le trait d'Edith dont on connaît tout le talent avec le Trio Bonaventure. Quant à Yann au scénario, il excelle dans des histoires qui ont originalité et la passion pour cavenas. Basil et Victoria, Ravenstein, Humanoïdes Associés, 12,90 €

Edgar le maudit

medium_BDEDGAR.jpgC'est un personnage mythique et controversé de l'histoire des États-Unis. Patron à vie indéboulonnable du FBI, Edgar Hoover a inspiré Chardez et Dugain qui a adapté son propre best-seller en BD. Homme à dossiers Hoover a tenu en laisse pendant cinquante ans politiciens, artistes ou hommes d'affaire américains. Son apogée sera celle de l'anticommunisme des années cinquante puis ses manipulations afin de ne pas être viré par l'administration Kennedy. On lit cet album comme un vrai polar mais rien n'est fiction. Tout est vrai. Hoover a emporté semble-t-il ses secrets dans la tombe. La Malédiction d'Edgar, Casteman, 12,90 €

Fantôme patate

medium_BDCRECY.jpgNicolas de Crécy nous emmène sous d'autres cieux avec étape au Japon et au Brésil. Enfin c'est lui sous la forme d'une petite patate flanquée d'un manager imbécile qui va tout au long de ce journal d'un fantôme nous faire partager son univers, ses craintes, ses passions. Et ses espoirs. De Crécy finit par se dédoubler pour répondre aux interrogations de l'ectoplasme fort sympathique, son fantôme. Carnet de route ou introspection, De Crécy se livre avec humour et réalisme, avoue sa solitude, la difficulté à créer. Le tout a donné un bel ouvrage en noir et blanc teinté parfois sépia tout en finesse. Journal d'un fantôme, Futuropolis, 24 €

Valamon le vengeur

medium_BDVALAMON.jpgUn jeune et beau novice, Valamon, qui a des dons pour l'épée, une charmante lavandière, Fassendre, dont il est amoureux, une vengeance à accomplir, voilà le décor. Nicolas Jarry et Reno au dessin ont fait le bon choix pour le tome 1, profession de foi, de cette nouvelle saga. On est dans un monde mélange de XVIIe siècle et d'imaginaire dominé par des prêtres et une mystérieuse impératrice. Duels, trahisons, esclaves en fuite, réglements de comptes, sur un trait et des décors réalistes ce Jacamon est hardi, haut en couleur et accrocheur. Cinq tomes devraient permettre à Jacamon d'accomplir son destin. Jacamon, t 1, Delcourt, 12,90 €.

Clara la mégalo

medium_BDCLARA.jpgClara Pilpoile a des soucis. Écrivain public qui raconte la vie sans intérêt de ses clientes elle frime un bon coup et se vante d'avoir à rédiger la biographie d'un champion de F1, Alexis Trupichon. Beau gosse sans cervelle le roi du volant fait un caprice. Il refuse d'abhorrer sur sa combinaison la pub pour Toutou Love. Comme il y a un bon dieu pour les nunuches Clara finira par s'imposer. Un style planche gag pour un album à suivre, des rebondissements, un graphisme à parfaire mais dans le ton des personnages branchés qu'Anne Simon, scénariste et dessinatrice, croque dans ce premier tome. Clara Pilpoile, Pour l'honneur d'un coureur, Dargaud, 9,80 €.

Gaston, un quinquagénaire qui n'a pas pris une ride

Un précurseur, un visionnaire, Gaston Lagaffe aura été écolo, en faveur de la réduction du temps de travail, pacifiste, anar souriant, cinquante ans avant tout le monde de Hulot à Bové ou Voynet. Que des copieurs. Mais en le mettant au monde fin février 1957 d'un génial coup de crayon son papa, André Franquin, ne se doutait pas un instant de la carrière brillante d'un rejeton qui lui ressemblait beaucoup.

medium_BDGASTON.jpgIl a donc cinquante ans Gaston. A ses débuts c'est un gentil faire-valoir qui hante les couloirs du journal Spirou en espadrilles, un vrai mou qui passe son temps à glander et à exaspérer Fantasio, le complice de Spirou justement, personnage mythique de la BD dont Franquin avait repris le dessin. Gaston jouera même les seconds rôles dans l'une de leurs aventures, La Foire aux gangsters. Personne ne croit vraiment en cet antihéros pas du tout dans la lignée de l'école franco-belge qui séduit pourtant les jeunes lecteurs de Spirou.

On va retrouver Gaston désormais chaque semaine dans le journal et peu à peu il s'impose, prend du relief, devient le héros d'un strip puis d'une planche gag et d'une façon très personnelle classe le courrier. Autour de lui Prunelle, le rédacteur en chef dont il pourrit la vie, Demesmaeker qui ne signera jamais ses contrats, Mademoiselle Jeanne son amoureuse ou Longtarin agent de police qui rêve de réussir à lui coller une amende. Il y a aussi les copains, l'ineffable Jules-de-chez-Smith et Bertrand Labévue avec lesquels il forme un trio redoutable dans l'accomplissement de bourdes diverses.

Imperturbable Gaston. Il devient une star et Franquin s'en donne à coeur joie, lui invente des aventures cocasses, tendres ou surréalistes sous l'oeil de sa mouette rieuse et de son chat hargneux. Franquin délire à pleines cases mais Gaston n'aura jamais de vraies aventures en 46 planches.

Gaston aime la fête et, comme c'est son anniversaire, les éditions Marsu Productions lui ont offert un bel album qui regroupe ses plus belles gaffes et ses gags les plus délirants. Roi de l'ambiance Gaston a inventé les déguisements les plus improbables et un instrument de musique qui charme les baleines. Il a une belle Fiat jaune à damier noir.

Gaston est un brave type, un pierrot lunaire auquel s'était identifié Franquin qui, lui, était un angoissé grand maître de la BD, égal sans nul doute de Hergé. Son Gaston n'a pas pris une ride en cinquante ans et son humour est toujours autant percutant (Gaston 1957-2007, 48 pages, 8,50 €).