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30/01/2007

Coups de coeur janvier 2007

"L'actu tue"

medium_BDMAESTER.jpgMaëster tire à vue Maëster ouvre le feu. Heureux papa de la plus déjantée des bonnes soeurs, Marie-Thérèse des Batignolles, il signe un recueil de caricatures et dessins de presse qui ne fait pas dans la dentelle. C'est sur son blog que Maëster a commencé son décapage en profondeur. Aujourd'hui, l'album qu'il en a tiré et qui vient de sortir pour Angoulême, est un petit bonheur de dérision, d'humour à tous les degrés et de politiquement incorrect. L'actu par Maëster, c'est des pièges à loup dans tous les sens. Ça fait mal mais c'est tellement bon (Le Lombard, 11 €).

"L'Ordre des Pierres"

Valérian souffle fête son vingtième album Vingt albums pour Valérian, la belle Laureline et l'inséparable duo Christin et Mézières. Un bel anniversaire en quelque sorte qui sera fêté pendant le festival. Valérian et Laureline, sous couvert de marchands de l'espace, recherchent un objet rare et perdu, la Terre. Avec L'Ordre des Pierres, le couple atteint sa pleine maturité. On attendra quand même le prochain album pour savoir si la Terre existe encore. Un album charnière dans le destin de Valérian (Dargaud, 9,80 €).

"Boro, reporter photographe"

medium_BDBORO.jpgFranck et Vautrin adaptés en BD La Dame de Berlin est le premier épisode adapté des excellents romans de Franck et Vautrin, dont Bilal avait assuré le dessin des couvertures. Pour ses premiers pas en BD, le reporter Borowicz se voit dessiné par Marc Veber. On va suivre Boro en pleine Allemagne nazie où il retrouve sa cousine, devenue vedette du grand écran. Entre espionnage et humour, Boro est un héros dandy qui n'est pas sans ressembler au célèbre Robert Capa (Casterman, 9,80 €).

"Le Rêve de Jérusalem"

Magie et aventures au Moyen âge Hermance Languedolce, enfant aux terribles pouvoirs, et Karlis, mercenaire sans scrupule, vont s'associer pour la défense de la foi. Sous leurs ordres, la Milice Sacrée va se lancer dans une croisade destinée à reprendre Jérusalem. Cette nouvelle série historique offre tous les ingrédients bien dosés pour connaître le succès. Marty et Thirault sont aux commandes pour le dessin et scénario. Ambiance fantastique, décors généreux, personnages atypiques, il y a du nerf dans ce rêve (Dupuis, 13 €).

"Kia Ora"

medium_BDOKA.jpgNouvelle-Zélande et Maoris Encore une nouvelle série qui a beaucoup de charme et de tendresse. On part en Nouvelle-Zélande dans les années trente pour retrouver, au quotidien, la vie des Maoris pris entre leurs envies de modernisme et leur volonté de conserver leurs traditions ancestrales. Chômage, fierté perdue, exploitation à des fins douteuses et folkloriques, Olivier et Virginie Jouvray, à travers le destin d'une petite fille Nyree, racontent le destin d'un peuple, ceux des étrangers qui vont quitter leur pays pour un avenir qu'il souhaite meilleur sur le sol de l'Amérique. Un premier tome qui met l'action en place et donne très envie de lire la suite (Vents d'Ouest, 12,50 €).

Accident nocturne et mortel au Congo

medium_BDFLEURS.jpgUn accident de la route qui tourne mal, un noir écrasé par un blanc au Congo Belge dans les années cinquante. Le commissaire Beker doit affronter ses supérieurs pour que l'accident ne soit pas classé sans suite. Une enquête à hauts risques, l'accidenté était un leader politique. Warnauts et Raives continuent leur belle et sensuelle déclinaison africaine, fresque d'une colonisation qui finira dans le sang. On suit Beker pris entre son amour d'un pays qui ne sera jamais le sien et l'aveuglement de petits chefs affairistes. Un vrai pamphlet. (Fleurs d'ébène, Casterman, 14 €).

medium_BDAMES.jpgDes âmes sombres et sans pitié

C'est un vrai polar urbain. Une vénérable grand-mère intègre bien malgré elle la vie quotidienne d'une poignée de voyous sans pitié sous la coupe de Ralf, leader philosophe et violent. Avec sa foi en la bonté humaine elle va avoir du mal la mamie face à des loubards que rien n'arrête, désespérés et jusqu'auboutistes. Seul Brice petit nouveau dans la bande et pas encore trop corrompu sera épargné. Marc Vlieger assure dessin et scénario de ce récit sur la marginalité et l'espoir en l'homme. Un trait régulier et réaliste pour une histoire forte.( Les Ames sombres, Delcourt, 14,95 €).

 

José Muñoz et le manga primés à Angoulême 2007

Le 34e Festival d’Angoulême a fermé ses portes hier en attribuant au dessinateur argentin José Muñoz le Grand Prix de la Ville 2007. Il sera donc le successeur du Montpelliérain Lewis Trondheim à la présidence de la prochaine édition.

La veille, le jury d’Angoulême avait attribué le prix du meilleur album à un manga, Non Non Bâ de Shigeru Mizuki (éditions Cornelius).

Le festival a joué à fond deux cartes, celle de l’international et celle des petits éditeurs. Côté Grand Prix, on ne peut que saluer le talent de Muñoz, spécialiste du dessin en noir et blanc. José Muñoz est un auteur phare de la bande dessinée sud-américaine. On lui doit des dizaines d’albums avec son scénariste Sampayo. Il a travaillé avec Hugo Pratt avant de quitter l’Argentine sous la dictature dans les années 1970.

medium_BDMUNOZ.gifC’est son personnage vedette, le privé Alack Sinner, qui lui ouvre les portes du succès. Ambiance glauque et sans pitié des grandes métropoles, héros paumé et looser sur fond de boîtes de jazz et ségrégation raciale, Muñoz signe chez Casterman une BD novatrice et aboutie, superbe graphiquement. Elle lui a valu d’être déjà primé deux fois à Angoulême.

Pour le prix du meilleur album, le manga fait donc ses débuts au palmarès. Avec un tiers des albums édités et un quart du chiffre d’affaires de la BD en France, le manga est, il est vrai, incontournable. Ce qui n’empêchera pas de regretter que même parmi les autres albums primés, aucun poids lourd "classique" de la BD franco-belge ne figure. Mais c’est depuis quelques années une habitude bien ancrée.

Manga donc un brin confidentiel avec Shigeru Mizuki, 84 ans, qui signe une œuvre d’auteur en rien comparable avec la production stéréotypée japonaise vite faite et à consommer encore plus vite. Mizuki a su dans Non Non Bâ mêler folklore et observation de la société japonaise contemporaine.

Pour ce qui est de l’édition 2007 du festival, dont on avait redouté le manque de cohésion, les éditeurs ayant été regroupés loin du centre-ville, elle s’est déroulée semble-t-il sans anicroches selon les organisateurs. Pas vraiment le même son de cloche de la part des participants. Angoulême va retrouver le calme pendant un an. Le petit monde de la BD en profitera sûrement pour prédire la mort annoncée d’un festival qui survit pourtant au fil des éditions.

Jason, le Norvégien de Montpellier qui a raté Hitler

Il est norvégien et montpelliérain. Comme quoi la BD abolit les frontières. Il est aussi nominé à Angoulême. Depuis deux ans, Jason a élu domicile à Montpellier. Il en avait marre d'Oslo, « trop cher et où il n'y a pas de marché pour la BD hormis pour du strip de presse » . Avec l'aide de Trondheim, il s'installe alors à Montpellier, après un bref passage à Paris « trop grand pour moi ».

Un sage Jason qui a choisi volontairement de donner à ses personnages un look animalier après un premier album dont il n'était pas content : « J'avais passé beaucoup de temps pour rien à peaufiner un style réaliste et j'ai voulu essayer une autre façon de dessiner avec des personnages universels. » Surprenant Jason qui, pour son album nominé à Angoulême, J'ai tué Adolf Hitler (Carabas), avoue ne pas écrire de scénario : « J'avance en dessinant. Je veux me surprendre par mes propres idées et surtout éviter l'ennui en sachant par avance la fin de l'histoire. » Pas banal comme façon de travailler mais qui a pour résultat un album où se mêle fantastique, amour et aventure. Un tueur est engagé pour, grâce à une machine à remonter le temps, tuer Hitler et éviter ses monstruosités. L'ennui, c'est que Hitler survivra et s'échappera dans le futur. Échec et tout à refaire.

medium_BDANGOU2.jpgJason a su, mine de rien, monter avec brio son histoire qui rebondit allégrement. Son tueur anonyme est un amoureux transi au grand coeur dans un monde cynique. Un contrat réussi sur Hitler lui aurait permis de prendre sa retraite et d'épouser sa fiancée. Un romantique aussi, Jason, qui compare ses cases à autant d'écrans de cinéma, huit par pages, sur lesquels coule le regard comme sur autant d'images.

Son trait est efficace, sobre. On y sent l'influence d'Hergé, mais assimilée. Surpris et flatté par sa nomination à Angoulême, Jason ne boude pas son plaisir : « C'est important. C'est une reconnaissance que l'on souhaite concrétisée par les lecteurs. » Jason est déjà sur un autre album, les aventures d'un mousquetaire qui a pour cadre Montpellier. Lui qui n'aime pas travailler avec un scénariste, a un projet avec Fabien Vehlmann, autre nominé pour l'excellent Marquis d'Anaon.

Hormis Jason, un autre auteur régional est au tableau d'honneur d'Angoulême. L'Audois Pierre Maurel a été sélectionné pour Michel (L'Employé du mois), ou les vicissitudes professionnelles d'un preneur de son au chômage. Avec humour et tendresse, Maurel raconte le parcours erratique d'un homme confronté à une réalité sans pitié. À méditer.

Angoulême 2006, année en demi-teinte et une sélection très ouverte

 Le 34e Festival d'Angoulême ouvre ses portes aujourd'hui et se poursuit jusqu'à dimanche. Présidé par le Montpelliérain Lewis Trondheim, il ponctue une année BD en demi-teinte 2006 ne sera pas l'année de tous les records. Encore qu'avec près de 40,5 millions d'albums vendus et 383 millions d'euros de chiffre d'affaires (sources GFK), le neuvième art n'ait pas vraiment de quoi se plaindre. À Angoulême, on criera encore une fois au surrégime, à l'impossible défense des titres par des libraires submergés d'un trop-plein de parutions perturbant le lecteur, lequel ne sait plus à quelle case se vouer.

medium_BDANGOU1.jpgCertes, la BD marque le pas en 2006 comme en 2005, avec un recul de - 5,4 % en volume et - 4,2 % en valeur, mais elle représente tout de même 12,4 % des ventes du marché du livre. Vive Titeuf, de Zep (vendu à 700 000 exemplaires) ou Lucky Luke, de Laurent Gerra (reconverti dans le scénario) et Achdé qui flirte avec les 300 000. Plus quelques poids lourds qui tournent autour des 200 000 exemplaires, tel l'étonnant Face cachée de Sarkozy, auquel on préférera, peut-être, dans le genre, le succulent Pétillon, L'Affaire du voile. La BD couvre tous les genres, aventure, humour, histoire, jeunesse ou politique. Et le manga est désormais incontournable. Comme on dit chez Azimuts, librairie spécialisée BD de Montpellier : « Le manga nous a fait créer une librairie dans la librairie. » Si la BD franco-belge domine encore, le genre marque des points avec un manga vendu sur trois BD. La série Dragon Ball se vend plus que Tintin ou Astérix. BD jetable, vite mais bien faite, et à dessinateurs multiples, le manga permet une publication presque mensuelle des suites. Ses ventes se stabilisent mais ne régressent pas. Angoulême ne propose que 9 mangas sur les 44 titres sélectionnés cette année. Preuve que la reconnaissance du phénomène n'est pas encore évidente.

Côté sélection 2007, Angoulême a fait dans l'éventail le plus large. Black Hole (Delcourt) de Charles Burns, J'ai tué Adolf Hitler de Jason (Carabas, lire ci-dessus), Le Marquis d'Anaon de Bonhomme et Vehlmann (Dargaud), Le Sang des voyous de Loustal (Casterman), ou La Volupté de Blutch (Futuropolis) sont autant de facettes d'un art qui a su ouvrir ses portes à tous les talents. On y verra aussi la volonté affirmée du président Trondheim de faire évoluer le festival. Le palmarès, samedi soir, dira s'il a vraiment atteint son but.

22/01/2007

Pirates et trésor perdu sur l'Île Bourbon de Trondheim

Lewis Trondheim est sur tous les fronts. Non seulement l'auteur montpelliérain est le président du festival d'Angoulême qui ouvre ses portes jeudi prochain, mais il est aussi l'heureux papa co-écrit avec le scénariste Appollo, d'un généreux pavé bien joufflu, Île Bourbon 1730 qui sort tout chaud des presses de Delcourt.

Et voila donc Lewis Trondheim parti sur la trace des pirates et de l'histoire de cette Île Bourbon devenue de nos jours La Réunion. L'auteur de Lapinot a, avec beaucoup d'instinct et de passion, redonné vie à ces années lointaines où la France s'exportait envers et surtout contre tous les droits des populations locales.

medium_BDBOUR.jpgAvec Appollo, scénariste de La Grippe Coloniale et réunionnais Trondheim a mis en scène deux ornithologues métropolitains embarqués pour un long voyage qui va les mener en plein Océan Indien à la recherche du mythique Dodo, volatile emblématique que tout ex-touriste à destination de l'Île Maurice ne peut méconnaître.

Sur les pages de quatre carnets Trondheim a dessiné en noir et blanc le destin de ses deux héros, le chevalier Despentes, ornithologue distingué, et de son adjoint le libéral et très social Raphaël Pominery qui voue un culte inavouable à la piraterie.

A leur arrivée à Saint-Denis ils découvriront très vite la réalité de l'Île Bourbon en ce début du XVIIIe siècle. Planteurs, esclaves, métis, petits Blancs ou représentants royaux forment une colonie où règnent tension, inégalité et violence.

Le gouverneur, un ancien pirate lui-même, a mis la main sur le capitaine La Buse dont on dit que le trésor fruit de ses rapines est fabuleux. Avant de le pendre il aimerait bien savoir où il est caché.

La belle Virginie qui a pris fait et cause pour les Marrons descendants d'esclaves pourchassés viendra troubler les sens de Raphaël qu'elle prend pour un abruti. La Buse sera-t-il libéré pas ses anciens complices en piraterie ? Où est son trésor ? Le Dodo a-t-il vraiment vécu à La Réunion ? Vous aurez 280 pages pour le découvrir.

Trondheim dont on ne dit pas assez à quel point il sait en douceur maîtriser cadrage, dessin et bien sûr texte a vraiment apporté une grande part de lui même dans cet ouvrage. Il y décline des personnages riches en couleur mais aussi pitoyables, brosse avec Appollo un tableau sensible et authentique sur fond de romanesque et d'aventure. Île Bourbon 1730, 280 pages, Delcourt. 14,95 €.

 

18/01/2007

Les voies du Seigneur ne sont plus impénétrables

Dieu est parfois pris de court. Mais, comme on le sait, il a de la ressource et trouve toujours un spécialiste entre purgatoire et paradis pour lui donner un coup de main contre une récompense de son choix.

Et voilà donc comment Tonino Benacquista, écrivain, scénariste, dialoguiste, auteur de Malavita ou de Tout à l'Ego, de La Boîte Noire et Barral au dessin ont donné au créateur le premier rôle de leur nouvel album, Dieu n'a pas réponse à tout (Dargaud) , petit modèle d'humour et de tendresse bercé par des portraits fignolés de ces seconds couteaux dont le noble vieillard a un besoin vital.

medium_BDDIEUNA.jpg« C'est l'éditeur qui nous a rassemblés avec Barral. Il a été l'homme de la situation ». Un destin divin en quelque sorte selon Benacquista : « Dieu est le personnage récurrent parfait sur des histoires courtes pour donner un effet série à l'ensemble. Il aurait été impossible de faire un album par épisode ». Dieu a donc des soucis et des cas à résoudre pour lesquels il se sent un peu faiblard. Il fait donc appel à des spécialistes, des pros, qu'il va envoyer en mission sur Terre. « Je devais trouver des gens connus par tous et que ce soit drôle. Le thème venait ensuite et devait illustrer leur talent personnel ». Un casting universel pour Benacquista avec cette saison un qui voit Freud, Louis XIV, Marilyn ou Mozart aller aider un pauvre mortel déglingué. « Dieu est sympa avec ses humains qui se plaignent de tout », précise Barral, sourire aux lèvres, qui a travaillé en totale liberté. « Peu d'indications descriptives sauf que Dieu, aimable mais autoritaire vieillard chenu dans son bureau high-tech, peut douter et avoir des sentiments finalement humains ».

Et le dessinateur qui a relooké Sherlock Homes ou Blake et Mortimer a travaillé avec Benacquista en parfaite osmose avec plusieurs allers-retours jusqu'à la planche finale. « Homère a été le premier à passer sous mon crayon. On ne voulait pas que du politiquement correct et ne pas tomber dans la caricature. Le décalage est plus efficace », précise Barral d'où un Al Capone savoureux, venu aider trois flics un brin idéalistes. Mozart quant à lui fait passer une bonne dose d'émotion.

Dieu est donc à la Une BD de ce début d'année. Avec Benacquista et Barral, il semble bien que Dieu, dont les voies ne sont plus impénétrables, ait reconstitué une sacrée Trinité.