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30.01.2007

José Muñoz et le manga primés à Angoulême 2007

Le 34e Festival d’Angoulême a fermé ses portes hier en attribuant au dessinateur argentin José Muñoz le Grand Prix de la Ville 2007. Il sera donc le successeur du Montpelliérain Lewis Trondheim à la présidence de la prochaine édition.

La veille, le jury d’Angoulême avait attribué le prix du meilleur album à un manga, Non Non Bâ de Shigeru Mizuki (éditions Cornelius).

Le festival a joué à fond deux cartes, celle de l’international et celle des petits éditeurs. Côté Grand Prix, on ne peut que saluer le talent de Muñoz, spécialiste du dessin en noir et blanc. José Muñoz est un auteur phare de la bande dessinée sud-américaine. On lui doit des dizaines d’albums avec son scénariste Sampayo. Il a travaillé avec Hugo Pratt avant de quitter l’Argentine sous la dictature dans les années 1970.

medium_BDMUNOZ.gifC’est son personnage vedette, le privé Alack Sinner, qui lui ouvre les portes du succès. Ambiance glauque et sans pitié des grandes métropoles, héros paumé et looser sur fond de boîtes de jazz et ségrégation raciale, Muñoz signe chez Casterman une BD novatrice et aboutie, superbe graphiquement. Elle lui a valu d’être déjà primé deux fois à Angoulême.

Pour le prix du meilleur album, le manga fait donc ses débuts au palmarès. Avec un tiers des albums édités et un quart du chiffre d’affaires de la BD en France, le manga est, il est vrai, incontournable. Ce qui n’empêchera pas de regretter que même parmi les autres albums primés, aucun poids lourd "classique" de la BD franco-belge ne figure. Mais c’est depuis quelques années une habitude bien ancrée.

Manga donc un brin confidentiel avec Shigeru Mizuki, 84 ans, qui signe une œuvre d’auteur en rien comparable avec la production stéréotypée japonaise vite faite et à consommer encore plus vite. Mizuki a su dans Non Non Bâ mêler folklore et observation de la société japonaise contemporaine.

Pour ce qui est de l’édition 2007 du festival, dont on avait redouté le manque de cohésion, les éditeurs ayant été regroupés loin du centre-ville, elle s’est déroulée semble-t-il sans anicroches selon les organisateurs. Pas vraiment le même son de cloche de la part des participants. Angoulême va retrouver le calme pendant un an. Le petit monde de la BD en profitera sûrement pour prédire la mort annoncée d’un festival qui survit pourtant au fil des éditions.

Jason, le Norvégien de Montpellier qui a raté Hitler

Il est norvégien et montpelliérain. Comme quoi la BD abolit les frontières. Il est aussi nominé à Angoulême. Depuis deux ans, Jason a élu domicile à Montpellier. Il en avait marre d'Oslo, « trop cher et où il n'y a pas de marché pour la BD hormis pour du strip de presse » . Avec l'aide de Trondheim, il s'installe alors à Montpellier, après un bref passage à Paris « trop grand pour moi ».

Un sage Jason qui a choisi volontairement de donner à ses personnages un look animalier après un premier album dont il n'était pas content : « J'avais passé beaucoup de temps pour rien à peaufiner un style réaliste et j'ai voulu essayer une autre façon de dessiner avec des personnages universels. » Surprenant Jason qui, pour son album nominé à Angoulême, J'ai tué Adolf Hitler (Carabas), avoue ne pas écrire de scénario : « J'avance en dessinant. Je veux me surprendre par mes propres idées et surtout éviter l'ennui en sachant par avance la fin de l'histoire. » Pas banal comme façon de travailler mais qui a pour résultat un album où se mêle fantastique, amour et aventure. Un tueur est engagé pour, grâce à une machine à remonter le temps, tuer Hitler et éviter ses monstruosités. L'ennui, c'est que Hitler survivra et s'échappera dans le futur. Échec et tout à refaire.

medium_BDANGOU2.jpgJason a su, mine de rien, monter avec brio son histoire qui rebondit allégrement. Son tueur anonyme est un amoureux transi au grand coeur dans un monde cynique. Un contrat réussi sur Hitler lui aurait permis de prendre sa retraite et d'épouser sa fiancée. Un romantique aussi, Jason, qui compare ses cases à autant d'écrans de cinéma, huit par pages, sur lesquels coule le regard comme sur autant d'images.

Son trait est efficace, sobre. On y sent l'influence d'Hergé, mais assimilée. Surpris et flatté par sa nomination à Angoulême, Jason ne boude pas son plaisir : « C'est important. C'est une reconnaissance que l'on souhaite concrétisée par les lecteurs. » Jason est déjà sur un autre album, les aventures d'un mousquetaire qui a pour cadre Montpellier. Lui qui n'aime pas travailler avec un scénariste, a un projet avec Fabien Vehlmann, autre nominé pour l'excellent Marquis d'Anaon.

Hormis Jason, un autre auteur régional est au tableau d'honneur d'Angoulême. L'Audois Pierre Maurel a été sélectionné pour Michel (L'Employé du mois), ou les vicissitudes professionnelles d'un preneur de son au chômage. Avec humour et tendresse, Maurel raconte le parcours erratique d'un homme confronté à une réalité sans pitié. À méditer.