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29/12/2006

Un duo pour le début d'année

Albatros prend son envol

Ombeline, petite danseuse de quinze ans, a des tracas. Recherchée par son oncle de gouverneur elle a mis les voiles du cabaret dans lequel elle travaille pour échouer à bord d’un vaisseau pirate commandé par la redoutable Emerance. On en était là à la fin du premier tome. Vincent en assure scénario et dessin. C’est donc sa première série. On retrouve la douce Ombeline dans le tome 2, Mauvais Œil,  au moment où elle s’apprête à faire au sens propre du terme un vol plané. Poursuivi par l’armée et les ballons de son oncle qui tient à la récupérer Ombeline et les pirates d’Emelance se lance dans un combat désespéré. Ombeline se découvre des talents d’aventurière.

medium_BD_ALBATROS.jpgSi l’influence Loisel est indéniable en particulier sur certaines trognes dont celle du cuistot, si aussi il manque parfois un peu de mouvement plus coulé dans le trait de Vincent, si enfin le scénario et le cadrage mériteraient plus de cohésion, il n’en reste pas moins que cet Albatros a de quoi séduire.

Son héroïne d’abord. On sent bien qu’elle prend son envol sans jeu de mot. Elle mûrie et s’impose peu à peu. Graphiquement Vincent a des ambitions que son talent lui permettra d’assumer. Ses personnages savent en plus séduire. (Albatros, le mauvais œil, Glénat, 12,50 € °°°)

Le Légataire 2, méli-mélo

C’est ce qu’on appelle une suite à la suite. Dès fois qu’on n’aurait pas bien compris toutes les subtilités de  la première salve. Cela se fait de plus en plus. On décline à tour de bras au point que pour y comprendre quelque chose il faudrait reprendre les uns après les autres les albums de la série maîtresse. Préambule certes mais de circonstance puisque ce tome 2 du Légataire est une extension du Décalogue, série au demeurant de qualité concoctée par Frank Giroud en dix tomes avec une sourate méconnue du Coran comme fil rouge.

medium_BD_LEGATAIRE.gifOn est reparti pour un tour cette fois à la suite de Merwan Kadder qui a sauvé la belle Gwen attaquée par des intégristes barbus qui veulent à tout prix mettre la main sur les documents que lui aurait laissé son ex-copains suicidé au sujet du Nahik, ce bouquin qui reproduit l’omoplate sur laquelle Mahomet a consigné ses dernières volontés de paix et de tolérance. Comme Kadder est lui-même un ex-intégriste qui a des doutes et en prime un meurtre sur le dos  il veut en savoir plus. Et il se lance dans sa propre enquête avec toujours les barbus aux basques, un flic gentil qui ferme les yeux, Gwen qui n’arrête pas de prendre des baffes et des protecteurs supplémentaires mystérieux. On y ajoute pour la route un psychopathe et Dieu reconnaîtra les siens. Que dire de plus ? Que c’est Béhé qui dessine le tout. Pas certain que l’on n’ait pas connu ces deux auteurs plus inspirés et surtout plus convaincus. (Le Légataire, Le songe de Médine, Glénat, 12,50 € °)

21/12/2006

L'exorcisme pudique d'un enfant perdu

Ils ont signé l'album le plus courageux, le plus réussi de l'année. Et sur un sujet grave, difficile, dérangeant, celui de la pédophilie. Une histoire vraie, celle d'Olivier Ka scénariste de Pourquoi j'ai tué Pierre (Delcourt) sélectionné parmi les nominés du prochain festival d'Angoulême avec des chances de prix.

medium_BDALFRED_001.jpgAu dessin Alfred, qui a vécu jour après jour, case après case l'exorcisme d'Olivier Ka, un ami proche. « Une vraie thérapie pour Olivier. Enfant il vivait dans un milieu ouvert, mélange de hippies libérés et de personnages hors normes, sans vraies frontières morales. On est au début des années soixante-dix. Et il lui est arrivé le pire, un accident peut-être mais dans un milieu favorable à cela ». Premier constat d'Alfred qui plante le décor du drame qu'Olivier va vivre en toute innocence, l'arrivée d'un nouveau copain de ses parents, un prêtre, Pierre, qui l'amènera en colonie de vacances et deviendra pour le petit garçon un héros, un ami, un grand frère. Dérapage un beau jour. Alfred colle au récit. Olivier culpabilise et se tait pendant plus de vingt ans. Jusqu'au jour, précise Alfred, « où sa fille a eu douze ans en attente de l'aide des adultes. Le déclic. Olivier a fait le choix de raconter. A moi ensuite de trier, d'élaguer dans le scénario, succession d'anecdotes. Olivier a voulu créer la surprise en adoptant une chronologie, une progression, un compte à rebours ».

Ultime remède, Olivier Ka et Alfred vont retourner sur les lieux sans savoir que Pierre que l'on croit mort vit encore et y habite toujours. L'incroyable rencontre se produit. Olivier dit à Pierre qu'il va raconter son histoire, sans haine ni mépris, voire avec un reste de tendresse du petit garçon trompé pour son ami devenu un vieux monsieur voûté. « Une tension insupportable, l'enfer. On ne s'attendait pas à cette confrontation. On voulait finir le bouquin où il avait commencé. On n'était pas préparé à cette rencontre. Pierre a essayé de se justifier, a demandé pardon à Olivier ».

Pas évident de sortir intact d'une telle aventure, pour le lecteur non plus d'ailleurs : « La pagaille dans la tête. Olivier s'est senti libéré. Il avait résolu quelque chose. Je sais désormais qu'on a fait ce bouquin pour nous. Je sais aussi que je suis un dessinateur qui ne veut plus époustoufler le public ». Pas sûr car Alfred a pourtant bluffé, apporté toute sa créativité, son talent à cet album atypique et si vrai, émouvant. Une belle page d'écriture authentique.

17/12/2006

Les albums de Noël 2006

Sur les traces de Dracula

 

medium_BDDRACULA.gifCoucou, fais moi peur. On retrouve Dany et Yves H. dans un périple transylvanien. Dracula, le mythe est revisité comme on dit. Mais il y a parfois des visites qui ne s’imposent pas vraiment. Un couple, lui est dessinateur, elle très belle. Il va écrire et dessiner un album sur Vlad l’empaleur mais a besoin d’un bon scénario.

Et qui pourrait mieux le l’aider qu’un roumain aux canines luisantes. Pris au piège le couple. Trois sœurs mutines et taquines, superbes pin-up à la Dany, une paire de nobles vieillards hors d’âge et un Dracula d’opérette qui a besoin d’un permis de travail, voila pour le casting. Bien sûr les deux agneaux vont se faire transfuser. On se perd un peu en route et la pirouette finale est, osons le, banale. Reste le dessin de Dany qui lui a toujours autant de charme et de force (Casterman, 13,75 €). O

 

Bouncer, la proie des louves

 

medium_BDBOUNCER.gifUne belle apothéose que ce tome 5 de Bouncer signé bien sûr par Boucq et Jodorowsky. Le manchot droit dans ses bottes va mettre un terme définitif aussi bien à sa carrière de bourreau qu’à la domination sanglante d’une famille toute puissante.

On est vraiment dans la plus grande tradition  du western. Trahisons, vengeance, duels, chevauchées, personnages hors du commun, Boucq explose. Le scénario est très bien écrit. Ce tome 5 finit une cycle. Il faudra que la suite si il y a soit à la hauteur. C’est l’inconvénient pour avoir flirté avec la perfection (Humanoïdes Associés, 12,90 €). OOOO

Secrets l’écharde, la fin

medium_BDSECRETS.gifOn l’a attendu deux ans. L’histoire secrète de deux sœurs en pleine tourmente sous l’occupation, la déportation et puis une jeune fille qui veut savoir ce qui est arrivé à sa mère et qui va remonter la piste au grand regret de sa tante. Déballage à tous les étages et la vie n’a pas du être simple à cette époque.

Montée en puissance de la haine ordinaire, mortelle. Duvivier et Giroud au scénario ont bouclé une histoire un brin complexe mais qui a du coffre et une héroïne à tempérament (Dupuis Repérages, 13 €). OOO

Loisel, une œuvre et un homme

L’ouvrage est impressionnant. C’est d’abord un gros album, bien ventru, du solide, de vert couvert sur fond de regard de Clochette, la fée jalouse. Au centre Loisel est à sa table à dessin. Peter Pan à nous deux. Le maître et son sujet sont désormais face à face sous la houlette de Christelle Pissavy-Yvernaut qui va arbitrer les rounds.

 

medium_BDLOISEL.gifEntretiens donc. Loisel se livre, s’explique, se raconte, s’identifie. Quand on la chance d’un peu le connaître on le retrouve. Totalement encore que pas sûr que talent de la chroniqueuse ou pas il n’ait pas gardé sa part de mystère.

 

On le suit de l’enfance au Grand Prix d’Angoulême, une anecdote voire une parenthèse. En fait c’est l’auteur qui intéresse. Il a voulu Peter Pan, il l’a eu. A moins que ce ne soit le contraire. On en bavé avec lui. L’accouchement des deux derniers tomes a été difficile. On apprécie sa sincérité et la lettre à son père. Loisel c’est le talent et le cœur.

 

Chaque tome de Peter Pan est passé au crible. Christelle sait mener le bonhomme. Mine de rien elle change d’aiguillage, le ramène, le canalise. Qui a interviewé Loisel sait que ce n’est pas parfois simple. Il sait causer dans le poste et en plus il aime même si il dit le contraire.

 

Donc Dans l’ombre de Peter Pan c’est une sorte d’hommage, de témoignage surtout, très vivant et bien illustré. Des fées Clochette signées par les plus grands.

 

Et puis il y a un autre face à face, celui de Régis Loisel avec Gibrat. Deux monuments de la même génération, vous savez, ces auteurs que l’on qualifie et c’est bien de grand public. Pourquoi ? Mais simplement parce qu’ils ont du talent contrairement à d’aucuns qui la ramènent et qu’ils nous font rêver, qu’ils nous donnent un plaisir que nous aurions bien tort de bouder (Vents d’Ouest, 39, €).

 

16/12/2006

Quand Cothias et la capitaine Nemo s'associent

Une vraie surprise, un vrai plaisir, découvrir un Patrick Cothias, émérite scénariste de BD dont Les Sept Vies de l’Epervier, signer un roman bourré de souffle, d’envie, de fougue et de panache. Un roman qu’il est pratiquement impossible de lâcher tant on est pris au piège de l’écriture, de l’intrigue et des personnages qui, bien que connus et pour cause, trouvent avec ce diable d’auteur une seconde jeunesse.

medium_BDEMO.gifCothias épaulé par Patrice Ordas a pris l’Empire pour décor. Et la mort pour jouer un beau second rôle. Au beau soir d’un réveillon glacé Cothias va rencontrer son héros, le capitaine Nemo, improbable créature de Jules Verne pour lequel il affiche une admiration sans bornes. Nemo a besoin de Cothias pour contrer la machination des ombres capables de changer le cours de l’Histoire. On va donc embarquer à la suite de Bonaparte qui deviendra grâce à une trouvaille égyptienne un Napoléon qui volera de victoire en défaite sous l’œil d’un jeune fils, le roi de Rome aux dons psychiques évolués, pour lequel il va conquérir un empire. Mais à vouloir jouer cavalier seul, l’empereur aura la fin qu’on sait.

Cothias en mots de couleur anime son roman comme une BD. Et le miracle a lieu. On est aux côtés des grognards ou plus sensuel de Marie-Louise. Fouché et Talleyrand sont plus vrais que nature. Textes ciselés, débordants de force, de vie et de souffrance, créateurs d’images, Cothias signe un vrai roman historique et fantastique. Un premier tome donc pour ce Monsieur Nemo et l’Eternité digne par exemple d’un Fajardie et de ses corsaires. Vivement la suite. (Editions Passavent, 279 pages, 15 €).

Triomphe à Hollywood , le retour des zinzins

Les deux zinzins sont de retour. Après Londres et New York, Louis Le Vétilleux, héritier des îles de Jersey et Guernesey, et son alter ego Dico débarquent à Hollywood bien décidés à en devenir les rois. La Côté Ouest n’a qu’à bien se tenir. Et ils ne vont pas faire dans la dentelle les agités du bocal. A croire que Pétillon et Rochette, leurs créateurs, leur ont transmis quelques gènes en trop, ceux dont ils ne pouvaient décemment pas se servir en temps normal dans leur vie quotidienne.

 

medium_BD_TRIOMPHE.gifCar Louis et Dico sont des improbables ingérables. Rien ne les effraie. Louis fera son film envers et surtout contre tous réunis sous la houlette de Jack Hardboiler, agent des stars et cocaïnomane professionnel. Dico, mythomane et schizophrène de service, séduit la belle Gloria Silk qui en redemande. Ce n’est pas tous les jours qu’on met dans son lit Sinatra, Gary Cooper, Superman et Michael Jackson réunis en un seul et même amant. Sans oublier Woody Allen en rupture de psy. De quoi voir la vie en rose et accepter le premier rôle du délire cinématographique que ce bon Louis a concocté.

 

On aurait tendance à penser que Pétillon et Rochette se sont fait un gros plaisir avec leurs deux zinzins. A noter qu’un zinzin à Hollywood il y en a déjà eu un. C’était Jerry Lewis dans une comédie déjantée. Reste donc qu’ils sont impayables Louis et Dico. Pétillon et Rochette ont su transmettre leur complicité en écriture à leurs héros. Les textes font mouche. Rochette apporte cadrage et dessin percutant. Pas mort les Marx Brothers dans cette seconde étape américaine de Louis et Dico (Triomphe à Hollywood, Albin Michel, 12,50 €).

Le Bouddha bleu, le Tibet avant tout

Il y a toujours eu chez Cosey la volonté de s’impliquer politiquement et sociologiquement dans les histoires qu’il livre à ses lecteurs. En signant le Bouddha d’Azur sur une trame finalement très romanesque d’amour fou entre deux êtres que tout oppose Cosey nous a aussi offert à nouveau un pamphlet acerbe sur l’occupation chinoise du Tibet, un pays qui le passionne, la reprise en main hégémonique d’un peuple dont on détruit volontairement toute la culture et auquel on refuse toute reconnaissance. Le tout dans l’indifférence générale sauf quand le Dalaï-lama passe au journal de 20 heures.

 

medium_BDBOUDDHA.jpgOn avait donc suivi dans le tome 1 les aventures enneigées de Gilford, jeune adolescent  anglais au début des années soixante et sa  rencontre dans une lamasserie tibétaine avec la douce et jolie Lhal. Comme Lhal était censée être la réincarnation d’une prêtresse gardienne du mystérieux Bouddha d’Azur, gigantesque statue d’or massif, leur amour naissant était rapidement contrarié, l’occupant chinois s’ajoutant en plus au débat.

 

C’est sa quête pour retrouver Lhal treize ans plus tard que Cosey dans le tome 2 en 72 pages a tracé mêlant avec beaucoup de subtilité chasse au trésor, amours contrariés, ésotérisme, aventures et grands espaces, coups de théâtre divers et happy end de rigueur. On suit Gilford avec plaisir au fil du dessin de Cosey toujours aussi envoûtant, surfant entre gravité, réalisme et détails ethnologiques. La balade vaut le détour. Elle apporte en plus une bonne dose d’espoir et d’optimisme (Le Bouddha d’Azur, Empreintes Dupuis, 13,50 €).

 

15/12/2006

Ces caricatures censurées

Jean-Michel Renault a la foi chevillée au corps, celle du journaliste homme libre par excellence, de l'éditeur aussi qui se réserve la liberté, encore elle, de publication. Ce dessinateur, désormais montpelliérain, a été l'un des piliers de Pilote. Il ne pouvait que signer Censure et caricatures, un superbe recueil travaillé, illustré des images de combat de l'histoire de la presse en France et dans le monde, avec la collaboration de Reporters sans Frontières.

medium_BDCARICATURES.gifEt le sous-titre n'est en rien prétentieux. Sous ses airs d'éternel adolescent souriant, Jean-Michel Renault s'en est payé une sacrée tranche. Avec objectivité, il a épluché journaux quotidiens ou hebdomadaires, fait des recherches sur la peinture, la BD, tous les moyens d'expression imprimés, grosso modo du Moyen Âge à cette belle année 2005 où Mahomet et son turban ont fait la Une de l'actualité, exemple parfait de ce que peut-être une manipulation par l'image.

On va de surprise en découverte. En marquant chronologiquement ses exemples Renault propose une galerie qui flirte avec l'exhaustivité. Qui sait que Michel-Ange a lui même été censuré ? La Révolution, grand moment de liberté, a connu aussi son lot de caricatures mais Robespierre y mit fin en promettant la guillotine aux diffuseurs de « messages contre-révolutionnaires ». Vaste programme.

La censure n'est pas une nouveauté sous le soleil de la liberté. Ses pourfendeurs non plus : Daumier, Caran d'Ache dans L'Assiette au Beurre, plus près de nous Charlie Hebdo ou Hara-Kiri avec un certain "Bal tragique à Colombey".

Jean-Michel Renault le dit bien haut : « Je veux pouvoir dessiner au deuxième degré, pour dédramatiser parfois, pour dénoncer souvent, mais toujours pour le rire ». Quand on dévore son album, on se doit de constater qu'un certain "politiquement correct" a désormais aujourd'hui bridé cette liberté.

Trondheim et Angoulême

Lewis Trondheim, Montpelliérain d'adoption et auteur complet, talent en recherche perpétuelle, est aussi le président en titre du prochain festival BD d'Angoulême de janvier prochain. La sélection officielle des albums en course a été officialisée hier à Paris (voir ci-dessous).

A quelques semaines de l'édition 2007 d'un festival qui a fait plus ou moins d'Angoulême La Mecque de la BD, Lewis Trondheim s'est exprimé sans détours sur les limites d'un festival alors « qu'il y a encore un mois, on ne savait pas s'il aurait lieu. 2007 sera une année décisive ».

« Problème de budget, de lieu, car le festival contraint et forcé abandonne le centre-ville, une municipalité qui ne comprend pas qu'Angoulême n'est finalement reconnue que par la BD, la Région qui soutient du bout des lèvres une manifestation qui a lieu dans une ville de couleur politique différente, les éditeurs qui voulaient à tout prix être ensemble sous le même chapiteau et ne pas être répartis dans la ville » : Trondheim égrène les écueils qui ont failli faire couler définitivement le paquebot festival et qui pourraient bien le faire s'échouer sous les remparts de La Rochelle. Et d'ajouter : « les auteurs sont exclus des prises de décision. Ils sont pris en otage entre les financiers et les organisateurs. Ce n'est pas pour rien qu'un syndicat d'auteurs toutes tendances confondues va voir le jour ». Lewis Trondheim, grand prix 2006, est un président qui a toutefois totalement joué le jeu et a apporté ses idées. Côté exposition ou manifestations, il avoue « avoir privilégié le spectacle comme les 24 h de la BD pendant lesquelles des auteurs dessineront en public, ou la réalisation d'une planche en direct par des Davodeau, Sapin ou Sattouf. Il y aura aussi dans des endroits divers de la ville les 7 Merveilles de la BD, une autre vision de l'exposition, un match d'improvisations, un concert de BD ». Mine de rien, Lewis Trondheim a accroché. Comme il a aussi dans l'idée « qu'il n'y a pas de raison que la BD soit exclue de La Comédie du Livre de Montpellier, boiteuse sans elle. On va en discuter tous ensemble car la fascination pour le dessin est inaliénable, magique. On sait dessiner enfant avant d'écrire ».

Pour l'heure, Trondheim se prépare à la sortie chez Delcourt de son dernier ouvrage, une saga sur l'Ile Bourbon au XVIIIe siècle. Mais c'est une autre histoire.

Une sélection atypique

Au total, cinquante albums sont nominés cette année dont six pour le prix du patrimoine, rééditions de classiques introuvables. On sent la patte du président sur les choix qui donnent la part belle à une majorité d’éditeurs indépendants et à des albums peu connus auxquels un prix apporterait notoriété et impact. Cette sélection limite les albums grand public. Éternel dilemme d’Angoulême pour qui le succès est un défaut. On retrouve pourtant Loustal avec "Le Sang des Voyous" (Casterman), Loisel et Tripp avec "Magasin général" (Casterman), "Le Photographe" (Dupuis), l’excellent "Marquis d’Anaon" de Bonhomme et Vehlmann (Dargaud), le bouleversant "Pourquoi j’ai tué Pierre" d’Alfred et Ka (Delcourt) sur lequel on reviendra.

01/12/2006

"Le chant des Malpas" , Bara s'affirme

Quand un auteur sait mettre en images une belle histoire qui allie avec bonheur réalisme et fantastique, on applaudit. Et quand ce même auteur, Bara, rencontre ses lecteurs à Montpellier chez Virgin pour la sortie de son album Le chant des Malpas (Dargaud), on se fait un plaisir de le dire.

medium_BDMALPAS.jpgC'est sur un scénario de Pierre Boisserie, désormais reconnu non plus comme le kiné qu'il était mais comme le scénariste de La croix de Cazenac, dessinée par Éric Stalner, que Bara a bâti son travail. On trouve donc dans cet album une douce enfant, Eiledon, sur laquelle tombe la foudre. Pas banal, certes, mais ce qui l'est encore moins, c'est qu'elle se met désormais à guérir tout le monde dès qu'elle ouvre la bouche.medium_BDMALPAS2.jpg

Comme dans le royaume où elle vit se déroule une guerre de succession entre le prince héritier, triste à en mourir, et un cardinal flanqué d'une milady pas tendre de rouge vêtue, la jeune Eiledon devient enjeu de tous les combats. Si on sent dans le dessin de Bara une légère influence de Loisel, en particulier dans les visages, son trait a de la forme et ne demande qu'à s'émanciper. Ses décors et son découpage sont de qualité. Cette histoire a un côté roman de cape et d'épée très sympathique qui fonctionne bien. A découvrir.

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