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27/11/2006

Les albums de décembre

Secrets bancaires, magouilles d’actualité

medium_BDSECRETS.jpgAvec deux albums qui se lisent d’une traite Pierre Wachs au dessin et Philippe Richelle ont mis en images Secrets Bancaires qui en fait est un résumé bien ficelé de toutes les magouilles de blanchiment d’argent que l’actualité met en évidence régulièrement. On y retrouve un brave type qui n’a plus le choix pour obtenir l’argent d’une opération immobilière qui est sa dernière chance. Un copain d’enfance va lui rendre service à condition qu’il devienne un passeur de fonds, une fourmi du blanchiment. Le mouton va se rebeller. Les coups de théâtre vont pleuvoir. L’histoire tient bien la route en particulier grâce à des personnages secondaires typés. Un vrai roman bien écrit et ramassé en deux albums (Glénat, 12,50 € chaque album).

Histoire secrète, fin du cycle

medium_BDHISTOIRE.gifDepuis le premier album on avait aimé cette série qui raconte comment les forces du mal et du bien vont lutter au cours des siècles et être à l’origine des plus grands conflits ou évènements politiques. Ce tome 7, Notre Dame des ténèbres a la guerre de 14 pour cadre. Les familles Archontes s’affrontent pour le pouvoir sur Terre. A Sarajevo le drame se noue et la guerre commence. Jean-Pierre Pécau au scénario et Kordey au dessin ont réussi le tour de force d’associer une histoire bien bâtie, simple à une trame historique, le tout assez crédible et qui repose sur une mise en images très fortes. On peut à la limite lire chaque album en solo et la fin de ce cycle promet bien du plaisir pour la suite. A relire quand même du premier au dernier d’une traite, c’est un bonheur (Delcourt, 12,90 €).

Massoud l’Afghan, portrait

medium_BDMASSOUD.gifC’est aussi l’une des qualités de la BD que de pouvoir tracer clairement un portrait d’une personnalité aussi complexe que celle du commandant Massoud assassiné deux jours avants l’attentat des Tours Jumelles le 11 septembre 2001. Maryse et Jean-François Charles auteurs de India Dreams ont réalisé cette biographie  portrait  avec beaucoup de chaleur mais aussi d’objectivité, le scénario étant de Frédéric Bihel. Personnage charismatique Massoud était avant tout un combattant de la liberté, un résistant à toutes formes d’aliénation, religieuse, morale, politique. En cela il était condamné et l’Europe ne peut que regretter de ne pas l’avoir écouté à temps quand il parlait entre autres du pouvoir de nuisance d’Al-Kaida. Cet album permet d’avoir une vision claire d’un personnage qui restera malgré sa complexité emblématique (Casterman, 9,95 €).

Shirley et Dino, héros de Margerin

medium_BDSHIRLEY.gifIls sont sympathiques, du style qu’on aimerait avoir dans la famille. Shirley et Dino ont crevé l’écran médiatique avec leur talent et le coup de pouce de Sébastien. Et maintenant cette BD marrante à souhait que Margerin leur a concoctée pour rappeler leurs débuts et leurs galères. Un univers un brin surréaliste sans méchanceté et submergé d’humour, Shirley et Dino sont des personnages de BD à part entière. L’idée est bonne, le ton donné. C’est vrai que Margerin les a bien adoptés au point tant en fait ils donnent l’impression de faire partie de son monde. Margerin a romancé bien sûr et inventé des situations encore plus loufoques pour le duo. Superbe (Humanoïdes Associés, 12,90 €).

Thorgal, la fin d’une époque

medium_BDTHORGAL.jpgLe Sacrifice, tel est le nom de ce dernier Thorgal signé par le duo désormais mythique Rosinski Van Hamme. Un titre à consonance prédestinée, une sorte de point final à une collaboration que l’on croyait immortelle. Et bien non. En 29 albums Thorgal en aura vu de toutes les couleurs, courageux voyageur flanqué de sa petite famille aux pouvoirs divers. Cette fois, en guise d’épilogue, il écrase une larme à la dernière case. Son fils part vers son destin. Il s’est sacrifié pour son père. Rosinski a donné à Thorgal plus que ses lettres de noblesse. Son art a pris toute sa mesure au contact du personnage de Van Hamme. Un autre désormais prendra le relais au scénario. Rosinski ne pouvait que continuer la saga de l’enfant des étoiles. On gardera cependant au duo fondateur une affection toute particulière pour nous avoir fait tant rêver (Le Lombard, 9,80 €).

Belem, embarquement pour la grande aventure

medium_BDBELEM.gifOn en prend plein la vue, embruns en prime. Ce Belem que Jean-Yves Delitte nous offre de prendre à l’abordage est un fier vaisseau qui a toute une histoire, celle qui est connue et maintenant celle que nous avaons lu dans ce tome 1, Le Temps des naufrageurs. En juillet 96, le Belem traverse l’Atlantique, se sort d’un incendie, d’une mutinerie et revient à bon port. Point. Mais entre temps le Belem prendra à son bord de curieux naufragés qui se disent marins mais en sont bien incapables. Tangage sur le pont et pirates comme au bon vieux temps de La Tortue. Delitte n’a pas fait une erreur. Larguez les amares. Son dessin est superbe, précis. L’album du mois (Glénat, 12,50 €).

Rapaces, il reviendra

medium_BDRAPACES.2.gifD’accord. On pouvait s’en douter mais avec ce hors série splendide, Rapaces et donc Dufaux et Marini annoncent la couleur. Dans Je reviendrai il suffit de tourner en douceur et avec gourmandise les pages pour comprendre que l’univers de Rapaces n’est pas bouclé. Richesse des personnages, beauté fatale et envoûtante des silhouettes, Marini et Dufaux ont tracé des portraits de leurs héros. Il faut lire les poèmes de Dufaux et écarquiller les yeux devant la finesse, l’érotisme du trait de Marini. A classer dans les indispensables (Dargaud, 13 €).

Kaamelott, de M6 à la BD

medium_BDKAAMEL.jpgDire que c’est la plus innovante, drôle, déjantée, des séries télévisées est une évidence. Kaamelott a quatre millions de fans tous les soirs qui suivent avec passion les péripéties sur M6 d'un Arthur et de ses chevaliers revisités. Alexandre Astier, valeureux Roi Arthur mais aussi créateur et réalisateur de Kaamelott est passé au scénario de cette BD que dessine Dupré. On y retrouve toute la troupe de joyeux lurons de Lancelot  à Merlin en passant par Guenièvre ou Perceval. Tous les incompétents notoires, les obsédés du litron, les travaillés du Grall sont de la fête dans laquelle de bien curieux morts-vivants sèment le trouble. Arthur et ses bras cassés vont affronter des zombies qui veulent leur faire un sort. C’est rigolo, écrit dans l’esprit de la série avec des personnages bien sûr très reconnaissables. Kaamelott  à la télé est une merveille. L’Armée du Nécromant titre de ce premier album ouvre une série qui aura aussi ses adeptes d'inconditionnels (Casterman, 11,95 €).

Lefranc revient, Alix réédité, Martin est toujours là

C’est un plaisir que de découvrir le dernier Lefranc. Tout simplement parce que ce Maître de l’atome a été préparé et prévu en son temps par Jacques Martin après la parution de La Grande Menace. On y retrouve donc toute la créativité de Martin et surtout son trait. Bien sûr il n’y a que quelques planches dont Martin avait assuré le crayonné. Mais l’ambiance, le ton et le rythme s’inscrivent parfaitement dans le vrai univers Martin. Autre point et non des moindres le dessin reprit par André Taymans avec beaucoup de sensibilité, de créativité sans trahison, au contraire. Taymans comme d’autres avant lui sur Blake et Mortimer a su s’approprier Lefranc et y apporter ce qui nous plaisait dans sa série Caroline Baldwin.

medium_BDLEFRANC.jpgL’histoire de cette lutte contre le méchant Borg qui veut devenir le maître du monde est assez conventionnelle. On est en pleine guerre froide au milieu des années cinquante avec en prime des services secrets qui se concurrencent, et la menace de la mort atomique qui plane en permanence sur les préoccupations du monde. Même si on peut regretter parfois la place écrasante des bulles, cet album est un beau retour (Casterman, 9,50 €).

medium_BDGRIFFE.jpgA noter aussi la réédition de La Griffe Noire dans sa livrée originale de 1959. Alix en est à ses débuts. Les puristes diront que la tranche rouge n’est pas vraiment la même. Reste que pour ceux qui ont eu la chance d’avoir l’original entre les mains les sensations se retrouvent avec bonheur. La couverture fait encore un peu peur comme à l’époque où le rêve et l’évasion était un royaume que seule la BD offrait (Casterman, 17,95 €).

 

23/11/2006

Geluck, un inquiet au sourire de Chat

Philippe Geluck, de passage à Montpellier chez Sauramps, est à l'image de son Chat, égal à lui-même. D'une simplicité désarmante, souriant, se pourléchant presque les babines, comme quand pendant ses années à Vivement Dimanchesous la houlette de Drucker, Geluck "portraitisait " les invités.

medium_BDGELUCK.2.jpgSes chroniques, Geluck en a choisi une cinquantaine pour en faire un bouquin, Oh Toi le Belge ta gueule (Casterman). « Ce sont les téléspectateurs qui m'ont demandé de pouvoir retrouver ces lettres quand je suis parti de chez Drucker, je tiens à le préciser, volontairement. En fait, non, j'ai quitté l'émission de Michel parce que son chien a voulu mordre mon Chat ». Humour à la Geluck, spontané et ironique, jamais agressif ou méchant. « Il faut savoir s'arrêter, ne pas risquer la perte de vitesse ».

Décision courageuse en plein succès pour ce touche-à-tout qui avoue avoir réalisé ses rêves de gosse : « Enfant j'écrivais des pièces de théâtre, je joue sur scène. J'enregistrais des émissions radio, idem. Je dessinais, le Chat est là. Il n'y a que le train électrique. Je ne suis pas chef de gare ». Il sourit encore, Geluck.

Le dessin d'humour, ce n'est pas de la BD : « Je n'ai pas l'impression d'être un auteur de BD. Je me sers de ses codes quand cela m'arrange. Je fais plutôt du cartoon à l'américaine ». Et le Chat de vivre sa vie depuis vingt ans, « un personnage qui fait réagir et que les lecteurs s'approprient ensuite au point de le transformer en mascotte » constate Geluck. Alors pourquoi avons-nous tant d'amour pour un personnage aussi atypique et roi de l'humour décalé ? « Nous les Belges avons une histoire mouvementée imprégnée de cultures différentes, très surréaliste. Nous sommes capables d'auto dérision ». Pas comme certains voisins.

medium_BDCHAT.2.jpgEt le dessin politique, alors ? « Je suis moins bon dans cet exercice. Mes dessins doivent rester drôles par eux-mêmes longtemps après leur publication ». Un Geluck toutefois démenti par l'excellent dessin exclusif qu'il a accepté de signer pour Midi Libre (voir ci-contre) avec pour sujet la désignation du candidat au PS pour les présidentielles.

Finalement Philippe Geluck est un éternel inquiet : « J'ai toujours peur de décevoir. Je ne suis pas prisonnier du Chat, je ne boude pas mon succès et j'ai une chance énorme. Je ne fais que ce que j'aime ». Beau bilan comme on dit.

19/11/2006

Intégrales et albums haut de gamme, plein d’idées cadeaux

C’est un peu une tradition. Décembre est le mois en BD des intégrales même si ramasser en un gros bouquin plusieurs titres de la même série est devenue une habitude chez les éditeurs. Cela dit l’intégrale est agréable. Elle évite de se promener avec plusieurs albums. Elle est souvent agrémentée d’inédits, dessins ou histoires courtes. Enfin elle est un beau cadeau d’autant que le tirage en étant bien sûr limitée elle peut devenir selon le titre une valeur sûre.

medium_BDNOEL.jpgEn voici donc une sélection qui va vous permettre d’avoir un choix disponible en cas de besoin. On commence par un maître, Franquin dont les plus beaux dessins sur Noël ont été rassemblés dans un album à l’italienne paru chez Marsu Productions (39 €). Chaque année dans les années cinquante Franquin assurait la Une du journal Spirou pour Noël ou racontait avec poésie un conte moderne toujours tendre. Ce seront aussi des calendriers et des illustrations, un monde qui aujourd’hui peut sembler lointain mais que l’on retrouve avec plaisir et émotion, le talent de Franquin n’ayant pas pris une ride.

Franquin encore mais cette fois avec Spirou et Fantasio, le tome 2 de l’intégrale de leurs aventures chez Dupuis (16 €). Le Marsupilami pointe le bout de sa queue et Champignac partage le mystère de ses champignons magiques. On est admiratif devant la jeunesse encore actuelle des personnages.medium_BDSPIROU.jpg

medium_BDTRILOGIE.gifQuand une intégrale est à juste titre rééditée cela donne Une trilogie anglaise signée bien sûr par Rivière et Floc’h. Ils ont été très largement des précurseurs dans leurs travaux sur la ligne claire à laquelle ils ont apporté tant de brio. Avec le duo Olivia Sturgess et Francis Albany les deux auteurs signèrent des bijoux comme Le Rendez-vous de Sevenoaks, Le Dossier Harding et A la recherche de Sir Malcom. On retrouve ces titres dans la réédition mais agrémentée et revue. Très british, soignée et ironique cette trilogie est à relire pour en savourer la fraîcheur (Dargaud 29 €).

Dick Hérisson, détective qui sévit entre Arles et Marseille sous la plume de Savard a droit lui aussi à sa première intégrale chez Dargaud (34 €). On retrouve ses enquêtes savoureuses et fantastiques dont les cinq premiers épisodes sont réunis en un seul album. L’Ombre du torero, drame sentimental sous le soleil camarguais comme Les Voleurs d’oreille sont du grand Savard. Un cahier spécial de 16 pages enrichit l’ouvrage.

medium_BDDJINN.gifDeux autres intégrales sont à citer car portées par des titres phares de la BD. Djinn, envoûtante, superbement dessinée par Ana Mirallès sur le scénario de Dufaux, s’offre dans son premier cycle. Les dessins complémentaires de Mirallès valent un détour obligé par cette série (Dargaud 38 €). Idem pour Bételgeuse de Léo qui réunit les cinq épisodes de la série (Dargaud, 35 €).

Pour en terminer (provisoirement) deux albums haut de gamme tirent leur épingle du jeu par leur qualité. François Avril a enfin droit à un vrai recueil anthologique, Paris-Tokyo-New York-Bruxelles (Champaka, 60 €) tiré à 3000 exemplaires numérotés. Artiste magique capable de créer ses univers en trompe l’œil Avril est le roi du dessin des grandes métropoles. Un hommage en 120 pages dans lequel on plonge à l’aventure. Serge Clerc a lui été la vedette de Métal Hurlant et illustrateur de Rock’n folk. medium_BDNIGHT.jpg

Dans Nightclubbing desperados (Champaka 60 €)  ce sont ses illustrations qui forment un panorama séduisant et pour cause de son style qui, si il a été imité, l’a toujours sans son génie. Un superbe bouquin.

01/11/2006

Coup de coeur : La malédiction du parapluie, un Trondheim dans le texte

Tranches de vie à la Lewis, angoissé mais qui aime la vie, ses enfants, sa femme Brigitte, ses amis. Sur un format bouquin il a jeté ses aventures, mésaventures au quotidien, planche à planche. Voyages au bout de mondes peuplés de moustiques, lui l’éternel hypocondriaque qui flirte avec le risque colossal d’être loin, coupé de ses bases. Même si les copains sont de la partie.

medium_BDMALEDICTIO.2.jpgChroniques si vraies, si authentiques Lewis bouge sur le papier, l’air sérieux. Superstitieux mais si fin, pétillant et parfois, allez, agaçant, fidèle et drôle, pince sans rire, il patine, le Grand Prix d’Angoulême en souplesse mine de rien. Un vrai témoin de nos petits travers ou des siens. Histoires pleines d’humour, ce cahier se déguste sans fin ni faim (Delcourt, collection Shampooing, 11,50 €).