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29/10/2006

Photos d'auteurs en liberté

medium_BD_Salon_Livre_06_001.jpgUn duo de choc et de charme pour une détective reconnue, Edith de l'Agence Hardy(Dargaud)  Pierre Christin et Annie Goetzinger.

 

 

medium_BD_Salon_Livre_06_013.jpgLoisel et Tripp au dernier salon du Livre pour la sortie de Magasin Général dont le tome 2 est paru chez Casterman.

medium_Angouleme_06_003.2.jpgEncore Loisel mais avec Coyotte  à Angoulême en 2006. Un grand amour naissant.

medium_Angouleme_06_014.jpgFloch' à Angoulême aussi mais sans Rivière. Sturgess et Albany ne sont pas loin.

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Rosinski et Yves Sente, méditations sur les aventures d'un certain comte qui revient de Monte-Cristo. (Photos DR. JL TRUC)

Les nouveautés de novembre 2006

Comés signe un Dix de der gagnant

 

medium_BDDIX.gifNe pas voir dans cette chronique une dessein ou dessin guerrier. Le jeune GI’s qui va rencontrer dans son trou en pleine bataille des Ardennes fin 1944 la mort sous toutes ses formes ne sera que le réceptacle, le haut-parleur de la connerie humaine, de ceux, les fantômes qui l’entourent, qui en ont été les victimes. Et quand on est trois âmes perdues normal de chercher un quatrième pour jouer aux cartes. Sauf si on se prend d’amitié pour le jeune garçon qui aurait si bien fait la paire à condition qu’il soit mort. Comès manie humour glacé sur noir et blanc, dessin de plomb léger comme la neige, ambiance surréaliste et fantastique. Pas une leçon cette histoire mais un constat ironique et superbe (Casterman, 12, 95 €). ☺☺☺☺

 Le Lapin bleu fait de jolis bonds

medium_BDLAPIN2.gifC’est sympa un album qui a un petit côté rétro avec un bon scénario, bien ficelé, un dessin de qualité et un héros à la Simenon. Le commissaire Raffini reprend du service dans le Paris des années cinquante pour retrouver l’assistante d’un magicien disparue en direct mais définitivement en plein spectacle. Mais la belle enfant n’avait une vie aussi simple qu’on va vouloir le faire croire au commissaire. Bonds et rebondissements, suspects ou coupables, l’enquête est un joli moment de bravoure et de divertissement. Parfait et délectable. Rodolphe et Maucler ont du bien s’amuser (Albin Michel, 12,50 €) ☺☺☺

Gulliver repart en voyage

medium_BDGULLIVER.gifKokor a pris entre ses mains d’auteur une nouvelle adaptation des aventures du bon docteur Gulliver mais en y ajoutant sa part de fantaisie et de poésie. On savait que Gullliver avait bourlingué chez les géants ou à Lilliput mais rien d’autre. Swift avait un brin fait l’impasse. Kokor a ajouté, rajouté, construit les bases du destin de Gulliver. Il joue de la guitare et philosophe avec ses copains indiens de Lilliput. Gulliver a un bon fond. Kokor de la fantaisie et un coup de crayon, des couleurs et un graphisme qui n’est qu’à lui (Vents d’Ouest, 17, 99 €). ☺☺

Soul Hunters, un duo qui ira loin

Le premier volume d’une série est toujours un miroir dans lequel à quelques détails près on a une idée précise de ce qu’elle donnera. Pas facile de cacher son jeu alors autant dire de suite que ces chasseurs d’âmes, ce duo constitué d’un  brave type et d’une tigresse aux fesses évocatrices ira loin. Diane est une immortelle qui a fini par agacer fortement sa hiérarchie quand elle tue par erreur Achille, petit truand dont l’heure n’avait pas encore sonnée. Punis tous les deux ils vont devoir comme des humains normaux traquer les âmes des damnés malfaisants. Diane est passé au rang de minette sans pouvoir qui ne peut s’éloigner d’Achille sinon ça brûle. Le premier tome est une mise en bouche. Jeroda et Meirinho ont bien préparé leur coup. On va suivre (Soleil, 12,90 €). ☺☺

Henri Désiré Landru, non coupable

medium_BDLANDR.gifChabouté a eu une idée de génie. Donner à Landru dont bien sûr on sait, mais il faut le préciser car la culture générale de nos concitoyens est lamentable, qu’il a vraiment trucidé et brûlé une dizaine de veuves dans sa cuisinière un profil d’innocent. Il faut se souvenir que Landru s’active en pleine guerre de 14 où les disparus ce n’est pas ce qui manque ni les déserteurs. Alors Landru manipulé, Landru innocent qui n’avouera jamais mais sera guillotiné quand même ? Chabouté faufile son sujet, étaye et trouble les esprits en menant de main de maître ce destin chamboulé d’un Landru pour lequel on finirait par avoir de la sympathie. Chabouté revisite l’histoire. Bien certes mais pour un roman graphique (Vents d’Ouest, 17,99 €). ☺☺☺

La Licorne, médecins d’avant-garde

medium_BDLICORNE.gifOn ne sait plus que la médecine est un art auquel seul le génie humain a parmi de progresser. Il faut imaginer ce que la médecine était il y a quatre ou cinq siècles. Et pourtant les médecins soignaient avec les moyens de leurs connaissances et à la frontière de ce que nous nommons aujourd’hui sorcellerie. Gabella et Antony Jean ont mis en scène Ambroise Paré médecin du roi qui va mettre son nez dans les meurtres de quelques confrères. L’Eglise semble au milieu d’un complot dans lequel d’étranges créatures s’agitent diaboliques ou non. Le mélange de réel et de fantastique peut au départ perturber puis on plonge pour suivre Paré et sa galerie de morts-vivants (Delcourt, 12,90 €). ☺☺

Le Maître Rouge, un bourreau enquêteur

medium_BDMAITRE2.gifOn est à Rome au XVIII e siècle. Mori est bourreau avec en prime mais c’est peut-être une idée un petit air de Depardieu. Il va vouloir savoir pourquoi on a assassiné un officier du Pape dont la fiancée a été enlevée. Bien qu’on lui déconseille Mori suit la piste avec l’aide des truands de Rome dirigés par le mystérieux Père Loup. Il retrouvera morte la jeune fille mais par le vrai meurtrier. Au moins dans le tome 1.

medium_BDMAITRE1.gifIdée ingénieuse l’éditeur publie en même temps les tomes 1 et 2 et donc offre la solution de l’énigme dans le second. Cela dit Artibani et Milazzo ne font pas dans la dentelle. Sur fond politique la violence justifiée est omni présente. Un vrai polar très noir avec un héros atypique (Humanoïdes Associés, 10,40 € l’album). ☺☺

David B. et sa promenade dans le Jardin armé

medium_BDJARDIN.gifDes contes pas aussi légers que ça, des promenades dans un jardin qui devrait mener au paradis mais conduit en fait à la mort et à la ruine, David B. a ce talent inimitable de raconteur d’histoires, de traceur de routes sinueuses mais si belles ou si tristes. Les trois récits se déroulent en osmose. Le prophète voilé annonce la trahison d’un prophète vampire des âmes. Le Jardin armé sera la fausse route du paradis et le tambour amoureux apportera l’espoir. David B. a vraiment les qualités grands illustrateurs si la BD avait été connue à leur époque, celle d’Hansi par exemple. Superbe et si riche dans le discours, un grand artiste (Futuropolis, 16,50 €). ☺☺☺

 

 

Lily Love Peacock, Fred Bernard envoûte

On l’avait rencontré à Angoulême en 2003 pour le premier Jeanne Picquigny, La Tendresse des Crocodiles, un vrai bonheur novateur, de talent en action. Avec ce tome 3, les deux premiers ont paru au Seuil, les aventures de Lily petite-fille de Jeanne ont atteint la perfection, l’ivresse envahissante et envoûtante d’un album, d’un roman, de ce qu’on voudra mais qui a le souffle et le tempérament d’une très belle œuvre.

 

 

medium_BDLILY.gifLily est mannequin pas par passion, par facilité. Elle a passé sa jeunesse en Afrique avec un père qui l’a laissée vivre. Sa rencontre avec Rubis va lui flanquer un coup au cœur. Elle va chanter, bien, se retrouver leader d’un groupe rock. Pas sans faire des retours en arrière, sur elle-même, sur sa vie et pour couronner le tout écrire des chansons qui ponctuent les chapitres. Et qu’il faut lire, à la fois courtoises, érotiques, amoureuses.

 

Fred Bernard fait un pas de géant. Son dessin ne s’est pas trahi mais a pris de la force, s’est affirmé, a grandi. Lisez ce bouquin, c’est un vrai bonheur (Casterman, 15,95 €).

 

 

 

20/10/2006

Le Portail s'est ouvert sur Bakemono et Wisher

Une nouvelle collection, c'est toujours une bonne nouvelle. Et quand en plus l'éditeur, en l'occurrence Le Lombard, l'inaugure avec deux superbes séries, on applaudit et on en demande un peu plus aux auteurs.

Le Portail est donc le nom de cette collection. Ouverture sous-entendue bien sûr vers un monde différent dans lequel fantastique, réalisme, contes vont se côtoyer, se mélanger. Premier dans l'ordre d'apparition au catalogue, Bakemono totalement signé par Jean-Luc Sala. « Je suis parti d'une légende médiévale japonaise. J'avais envie de faire une série plus zen que celle que je terminais. J'avoue que je ne suis pas un dessinateur virtuose mais avant tout un scénariste, pour qui l'écriture prime », concède Sala.

medium_BDBAKEMONO.jpgDans Bakemono c'est un demi-dieu, le Tengu, samouraï de son état qui remet de l'ordre dans un royaume convoité par un empereur malfaisant. Au passage il doit retrouver trois princesses héritières pour assurer l'avenir. « On peut parler de mythologie finalement, la lutte du bien et du mal avec une bonne dose de fantaisie et d'action ». Sala ne cache pas ses influences, les films de sabre made in Hong-Kong, les mangas mais avec cette touche classique et poétique qui lui est propre. Son dessin est souple, très vivant, imprégné de l'art délicat des estampes.

Le Tengu de Bakemono doit maintenir un équilibre précaire entre le terrestre et le céleste. Sala multiplie les clins d'oeil avec humour. Le héros solitaire tombera amoureux et les femmes, princesses ou pas, sauront s'imposer. Sala a donc réussi malgré ses craintes. Son samouraï mi-homme mi-corbeau a de l'avenir et de la prestance.

Second titre, Wisher, avec Sébastien Latour au scénario et De Vita au dessin. Démarrage sur les chapeaux de roue. Un beau gosse aux pouvoirs étranges magouille dans les faux tableaux. Il a aux trousses des tueurs bristish en diable, chapeau melon sur la tête, qui font le vide autour de lui. Londres est le cadre de ce polar fantastique qui, comme le souhaitait De Vita « a bénéficié de toutes les influences qui m'ont nourries, de la BD franco-belge aux comics américains. Je suis une vraie éponge à images ».

medium_583DASILVA.jpgDe Vita a créé en toute indépendance son Wisher, un djinn qui s'ignore et que le monde des trolls tente de protéger de la trahison des fées manipulées par les humains. Son dessin est superbe, réaliste et pétillant. L'histoire fonctionne à merveille car parfaitement dosée. De Vita sait associer réalisme pur et dur à la fantaisie. Pas de fausses notes et des rebondissements scénaristiques en pagaille appuyés sur un tour demain étonnant : « J'ai de l'espace pour m'exprimer. Je suis capable d'adapter n'importe quelle histoire. Et il y a des passerelles aussi entre BD et télé. Vous verrez. Souvenez-vous du Prisonnier ou d'Amicalement vôtre ». Résultat, on ne décroche pas un instant de ce premier tome qui voit Merlin débouler à la dernière case. Le Portail s'est ouvert et il devrait rester longtemps ouvert pour de la BD novatrice.

Zep revient avec Titeuf et ses copains

medium_BDJUILLARDZEP_009.jpg« C'est quand j'écris mes histoires que mes souvenirs d'enfance, au moins les plus forts, me reviennent. Je note mes idées dans un cahier, d'une écriture quasi automatique. » Et pour Zep, le papa de Titeuf, le plus célèbre des petits garçons de la BD qui publie aujourd'hui son onzième album (1 800 000 exemplaires, Glénat, 9,40 €), des histoires il en faut. Beaucoup.

medium_BDZEP.jpgAlors quoi de neuf dans ce tome onze qui a pour titre Mes meilleurs copains ? : « D'abord le format. Je suis revenu à une planche par histoire, ce qui me correspond le mieux. Quant au sujet il rassemble une galerie de portraits des copains de Titeuf, Manu, Vomito, Ramon, Hugo, Nadia bien sûr, confrontés à des sujets très variés, de l'anecdote aux grands thèmes de société. » Avec son Titeuf devenu au fil des ans un phénomène éditorial Zep s'amuse : « Titeuf a été et reste une sorte de récréation dans ma carrière de dessinateur même si aujourd'hui il me prend une grande partie de mon existence. » Un espace total de liberté cependant, pas vraiment le boulot qui le fait craquer. Se mettre dans la peau d'un petit garçon confronté aux dures réalités de la vie dans lequel parents et enfants pouvaient se reconnaître c'est sûrement ce qui a assuré le succès de Titeuf : « Je trie mes sujets mais je ne me censure jamais. Cela dit je vieillis, j'ai à mon tour des enfants et cela me permet d'aborder de nouveaux thèmes comme la pédagogie. Vous le verrez dans l'album où Titeuf et ses copains sont confrontés à un jeune prof qui vient remplacer leur inamovible maîtresse. » Même si à un moment Zep a été tenté de faire grandir Titeuf il y a renoncé : « J'aurai dû le faire basculer dans le monde des pré-ados puis des ados dont je gardais des souvenirs encore plus clairs et précis que ceux de mon enfance mais je me serais coupé justement de ce monde et de ses utopies, de sa spontanéité. » Dans les 46 planches de l'album Zep déclinent avec humour et tendresse sujets graves et souriants. Le racisme et son « gène qu'on pourra opérer un jour », tata Alice qui a une « love affair » ou le handicap et « le monsieur qui a des roues », autant de réactions, de mots qui sonnent juste d'un enfant qui n'arrête pas de vouloir comprendre le monde qui l'entoure. On appréciera d'autant plus volontiers ce nouveau Titeuf qu'il a conservé toute sa spontanéité. A l'image de son papa.

08/10/2006

André Juillard, un voyageur en chambre, pour un voyage avec escales

« Je ne suis pas un grand voyageur. Ma table à dessin me manque très vite. C'est l'endroit où je me sens le mieux ». Difficile d'être plus clair. Et pourtant André Juillard vient de dessiner Le Long voyage de Léna (Dargaud, 13,50 €), un périple étonnant, ciselé, signé Christin au scénario, spécialiste de politique internationale et père de Valérian. Pour venger la mort de son fils et de son mari dans un attentat, Léna « une bourgeoise éclairée » d'après Juillard devient une honorable correspondante des services de renseignements.

medium_BDJUILLARDZEP_001.jpgEt de Berlin (ou quand même Juillard est allé avec Christin en repérages) à Budapest, Kiev ou Damas elle tisse une toile mortelle sans le savoir, une porteuse de valise en somme. « On m'a fait remarquer que la progression narrative était particulière, l'action latente. Mais j'ai aimé faire découvrir Léna peu à peu, construire son univers. Ce n'est pas vraiment une vengeance. Léna aimerait que les terroristes soient simplement arrêtés. Elle est très réservée et a une mission difficile. Je crois que je me suis très attaché à elle », ajoute Juillard en souriant. Un aveu et une femme de plus parmi les plus belles, parmi celles que Juillard a donné à la BD. « Au départ ce voyage aurait dû être unique mais je pense qu'avec Christin nous allons offrir un avenir et d'autres escales à Léna dans un prochain album ». André Juillard s'est piqué au jeu avec ce voyage : « Même si je préfère les histoires mouvementées comme le prochain Blake et Mortimer que j'ai commencé et qui se déroulera en Tanzanie, j'ai pris beaucoup de plaisir à la difficulté que représentait Léna par sa construction atypique ».

medium_BLOGLENA.jpgEn parallèle au Voyage de Léna André Juillard va proposer aux Éditions Daniel Maghen Entracte préfacé par Bilal, un recueil de dessins choisis, d'esquisses, de travaux préparatoires qui sort bientôt. Sur plus de 400 pages le talent de Juillard s'expose, s'offre.

Des femmes bien sûr, Ariane, Clara, Louise, Léna mais aussi New York ou les toits de Paris, Blake ou Masquerouge. Juillard n'avait que l'embarras du choix pour n'accrocher dans cette galerie qu'une infime partie mais très intime de son talent.

Berlion et le privé de Saint-Trop'

Olivier Berlion venu en voisin d'Avignon à Vaison a préféré créer un héros masculin : « Je ne connais pas bien la psychologie féminine ». Son privé Tony Corso (Dargaud) dont le tome 3 vient de sortir exerce à Saint-Tropez. « Je voulais créer mon personnage, le balader. Au départ je voulais seulement écrire le scénario ».

medium_BLOGBERLION.jpgTony Corso s'est imposé au public. « Il est politiquement incorrect ce qui plaît. Corso est un héros libre dans un monde pourri ». Berlion considère s'être embarqué au début de sa carrière dans une BD d'auteurs. Cet éternel insatisfait peut être content de son retour à la BD populaire. Même s'il affirme qu'il faut être prétentieux pour raconter des histoires.

Tony Corso a une belle gueule et de l'humour. Berlion un dessin perfectionniste. Le cocktail est savoureux.

 

Les héroïnes, femmes de rêve, de coeur et de papier

Les femmes étaient les reines du dernier festival de Vaison-la-Romaine placé cette année sous le signe des héroïnes en BD. La présidente ne pouvait en être qu'Ana Miralès qui avec sa série Djinn a donné le jour à un trio de jeunes femmes splendides qui se sont imposées en cinq albums. « Croyez-moi, c'est beaucoup plus facile pour une femme d'en dessiner d'autres. Je sais instinctivement comment elles se comportent, s'habillent, se tiennent mais ce n'est pas plus simple par contre de me glisser dans un personnage féminin ».

medium_BLOBMIRA.jpgAlors Ana Miralès affirme que « les héroïnes en BD, c'est une affaire de scénariste, Jean Dufaux en l'occurrence. Et je ne tiens pas à m'enfermer, porter une étiquette. Donc je ne vais pas m'éloigner de la belle Djinn mais j'ai besoin d'évoluer même sur le plan graphique ». Et puis comme dit Ana en BD tous les grands mythes sont masculins. Reste que le tome VI de Djinn sortira en novembre chez Dargaud avec toujours ses femmes de rêve et de tête.

Pour Renaud dessinateur de la troublante Jessica Blandy (Dupuis) et aujourd'hui de Vénus H. (Dargaud) « dessiner une jolie femme est agréable surtout quand on les aime comme moi. Jessica est un cas à part. Elle est dure, atypique mais elle n'est pas une super-héroïne ». Jessica va prendre provisoirement sa retraite au bout de vingt-cinq albums. « Il ne faut pas tirer sur la corde. Le public risquait de s'essouffler et avec Dufaux (encore lui) nous avons décidé de faire une pause ».

Ce qui a permis à Renaud de se lancer dans Vénus H. une galerie de portraits de femmes toutes call-girls. Chaque album aura une héroïne différente au destin. Et comme le lit Renaud qui rêve de Sharon Stone et de Kim Basinger « on finit par tomber amoureux de ses héroïnes de papier ».

Et comme une héroïne peut commencer par être une petite fille place à Marzi (Dupuis), petite polonaise qui grandit pendant les années de plomb. « Marzi c'est moi », avoue Marzena Sowa compagne du dessinateur Savoia. La vie en Pologne sous Jaruzelski ce sont les privations, la débrouille. « J'ai mis les souvenirs de Marzena en images. J'avais envie comme elle de les faire partager ». Plus émouvant, impossible. Le tableau est précis, sans haine. La preuve, les jeunes lectrices françaises ont fait le succès de Marzi petite fille heureuse malgré tout. Savoia a apporté à Marzi son talent du cadrage et du trait. Petite héroïne deviendra grande.

01/10/2006

Les nouveaux albums d'octobre 2006

Bunker, le retour musclé de Bec

 

medium_BDBUNKER.gifHaute altitude pour ce retour attendu de Bec, le dessinateur de Sanctuaire. Et pas question d’être déçu. On se retrouve embringué dans une sacrée histoire signée Betbeder dans un univers à la fois très carré mais aussi délirant. Une poignée de soldats d’élite dans un monde hostile où une force maléfique règne en maître. Les décors sont à la hauteur des plus grandes compositions cinématographiques. Bec excelle à nous flanquer la trouille. Il y réussit. Ce premier tome et il y en aura cinq est une belle entrée en matière. (Dupuis, 12,90 €) ☺☺☺☺

 

Tiffany, une petite nouvelle qui va grandir

 

medium_BDTIFFAY.gifElle est belle, escrimeuse, descendante de Jeanne d’Arc, pas moins, et a le don de lire dans les pensées. Enfin quand elle n’est pas amoureuse. Yann a encore concocté un scénario bien ficelé dont Tiffany, c’est elle, est l’héroïne. Le dessin est lui le travail de Herval et il faut dire que dans le style, réaliste, souple, un peu de ligne claire et de cartoon réunis, on a vraiment aimé. Donc Tifffany par hasard devient détective privé pour trouver qui a bien pu trucider son gentil petit frère. En plus elle va pouvoir récupérer le château de ses ancêtres. Cet album qui inaugure une nouvelle série est une vrai détente et puis Tiffant est vraiment craquante. (Delcourt, 12,50 €) ☺☺☺

 

Les fantômes de Hanoï, balade tendre

 

medium_BDHANOI.gifGérald Gorridge aime le Vietnam. Il a su y aller quand il le fallait et y retourner souvent, y donner des cours de dessin. Son Hanoï est une belle balade tendre et réaliste dans une ville qui ne cesse de muter mais qui a toujours séduit ses visiteurs. Avec tact et délicatesse Gorridge trace le portrait de cette ville et des ses habitants. Il a su trouver le ton juste entre un simple carnet de routes et un album narratif. Il donne aussi quelques pistes pour mieux appréhender l’âme vietnamienne. Un bel ouvrage. (Casterman, 14,75 €) ☺☺☺

 

Le secret de l’étrangleur, Tardi en grande forme

 

medium_BDSECRET.gifEn fait un Tardi c’est toujours un évènement. On a même quelques scrupules à en parler tant sa notoriété est forte, écrasante. Reste que ce nouvel ouvrage sur un texte de Siniac est vraiment bien foutu. La construction en est très élaborée, méticuleuse même si l’intrigue ne fait pas dans la simplicité. On se sent dans l’Assassin habite au 21. Noir et blanc, rues de Paris désertes, un brouillard léger et des personnages fort en gueule, une ambiance comme disait Arletty. En prime pour les difficiles, les alambiqués de la formule, Tardi leur a offert plusieurs fins à cette étrange affaire d’hypnotiseur étrangleur. Mais chut (Casterman, 15 €) ☺☺☺☺

La loi du Kanun, l’Amazone

medium_BDKANUN.gifC’est toujours agréable quand un tome 2 tient les promesses d’une série. Avec cet Amazone on repart dans une aventure bien glauque, mélange savant de réalisme bien violent et de fantastique. Il ne fait pas bon de remettre la main sur le livre des vengeances. Surtout quand on a fait déporter une famille entière qui vous considérait comme un fils et dont la fille vous aimait. Résultat même si vous êtes un caïd enfermé dans un château il y a tracas. Bon, la suite découvrez la dans cet album bien fait et dont le dessin de Chevereau est parfait. (Glénat, 12,50 €) ☺☺

 

Spirou à Tokyo, touristique

 

medium_BDSPIROU.gifSpirou en kimono flanqué d’un Fantasio en touriste insatiable de nouveautés électroniques, deux gamins qui lévitent tout autour d’eux et bien sur de vrais méchants japonais, le nouvel album des aventures du l’ex groom peuvent surprendre. Munuera a toujouirs le coup de crayon magique, celui qui donne souffle à ces péripéties asiatiques. Morvan pour le scénario donne l’impression de ne pas toujours savoir où il va mais sait se rattraper aux branches en bon pro. Rien de plus à en dire. (Dupuis, 8,50 €)

 

La nuit des chats bottés, enfin Fajardie adapté

 

medium_BDNUIT.2.gifDire que Fajardie est l’un des plus grands auteurs français serait d’une banalité affligeante. C’est vrai. Point. Polar, aventures, poèmes, romans, le tout en finesse et avec panache, tendresse et désespoir, une écriture pleine et entière. Donc un polar  de Fajardie qui se couvre de cases, c’est un plaisir. On retiendra que les chats bottés c’est un peu une autre époque, celle des desperados des années soixante-dix où la vie est encore très calme et il faut la bouger. Il va donc y a voir du rififi dans la capitale et deux malotrus sympas vont s’en donner à cœur joie. Et ils vont aussi aimer une belle, le rêve un peu anar de Fajardie. Allez, on pardonne tout mais côté dessin par Beuzelin il y a un petit manque. (Casterman, 12,95 €) ☺☺

 

Pourquoi j’ai tué Pierre, difficile mais nécessaire

 

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 Autant le dire, c’est la chronique d’une manipulation sexuelle, celle d’un gamin de douze ans par un adulte, un prêtre. Basé sur un scénario autobiographique de Olivier Ka, Alfred, l’étincelant auteur d’Abraxas, signe un ouvrage poignant. Olivier ne va pas comprendre ce que cet adulte en qui il a mis toute sa confiance lui demande de toucher son corps. Olivier plus tard et c’est le sujet de l’album raconte et veut aller jusqu’à comprendre pourquoi. Un travail de reconstruction délicat, sans haine et pourtant si fort. (Delcourt, 14,95 €) ☺☺